Ce que Marguerite lit

21 février 2019

Soren disparu - Francis Dannemark, Véronique Biefnot

Soren-disparu

Une nuit, traversant un pont, Soren disparaît. Accident, fuite, suicide ? 
Pour percer le mystère, une centaine de témoins racontent Soren tel qu’ils le connaissaient. Homme multiple, tour à tour producteur, musicien, organisateur de festivals, il n’avait guère cessé, depuis la fin des années 1970, d’arpenter avec passion le monde de la musique. Mais que sait-on vraiment de ses proches ?

 

J'aurais voulu publier ce billet avant la Foire du livre de Bruxelles, où les deux auteurs vous attendaient, mais prise par les formations et les évaluations, il est malheureusement resté à l'état de notes et de brouillon jusqu'à ce soir. Et j'en suis désolée...

Véronique Biefnot et Francis Dannemark nous ont habitués depuis quelques années aux romans à 4 mains. Voici qu'ils nous surprennent avec une histoire à 100 voix. 

Ces voix sont celles des proches - et moins proches - de Soren, qui a disparu un soir, sur un pont surplombant la Garonne. Les voix de ses amis d'enfance, sa famille, son ex, ainsi que tous ceux qui l'ont côtoyé dans sa longue carrière. Dans ses multiples vies, devrais-je dire. C'est que ces 100 voix couvrent presqu'autant de facettes de son parcours, aussi bien personnel que professionnel (musicien, producteur, amateur de musiques...), mais aussi de sa personnalité. On le découvre admiré ou envié, énervant ou touchant, attendu ou décevant, espéré ou délaissé. On y vit des existences qui se rejoignent, se séparent, s'influencent, se découvrent, bref se tissent autour de ce personnage dont on se demande si on entendra finalement la voix, ce Soren que l'on découvre par petites touches, ni tout à fait le même ni tout à fait différent. Au fil de ces voix qui s'enchaînent, se suivent, se croisent et se contredisent, on apprend à le connaître - si peu - avec ses qualités et ses défauts, ni tout blanc ni tout noir; en bref : humain, et vivant, toujours. 

J'ai trouvé le travail sur les voix (combien de fois déjà ai-je écrit ce mot?) absolument remarquable. Chaque personnage (et je rappelle à quel point ils sont nombreux!) possède la sienne. On a l'impression de les entendre, tantôt murmurant, tantôt grondant, chacun avec son timbre, son phrasé, sa sensibilité, et les souvenirs de Soren qui affleurent à la surface des mots. Entendre Véronique et Francis interpréter (plus que lire) certains de ces personnages lors de la présentation du roman m'a confirmé qu'ils avaient pensé, créé, élaboré ces différentes voix comme des personnages ayant leurs mots et leurs émotions à dire sur Soren et sur sa vie, et non pas simplement comme de simples miroirs en montrant le reflet au moment de sa disparition. Je craignais de me perdre dans les nombreux personnages, de perdre le fil en raison de la chronologie bouleversée; mais ça n'a pas du tout été le cas (et ça doit tenir du prodige, vu ma petite mémoire!) 

Ç'aurait pu être un roman sur la disparition ou sur l'absence. Ou l'histoire d'une recherche. C'est en fait le récit d'une vie, vue à travers de multiples prismes. Un roman sur ce qu'on laisse de nous, sur ces petites choses parfois insignifiantes qui restent chez les uns et chez les autres une fois que l'on s'est quitté. Sur la façon dont on (et certains plus que d'autres, sans doute) laisse, chez ceux que l'on a côtoyés, une trace. Légère ou profonde, positive ou négative, mais une trace. Toujours.

Chère Véronique, cher Francis, merci pour votre petite musique au creux de l'hiver... et votre patience.

Posté par missmarguerite à 22:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags :


14 février 2019

Les oscillations du cœur - Anne Idoux-Thivet

oscillations du coeur


Discrète et fleur bleue, la Japonaise Aïko Ishikawa est une designer textile talentueuse. Veuf inconsolable, l'écrivain Jean-Marc Poulain se définit lui-même comme une " ancienne gloire de la littérature ". Quant à la déroutante Angélique Meunier, elle est mathématicienne au CNRS. 
Que peuvent bien avoir en commun ces trois personnages ? En apparence rien, sauf peut-être leur amour pour de curieux petits jouets vintage appelés culbutos. Par hasard, ils découvrent que certains de ces joujoux renferment de mystérieux messages : " Le phare m'appelle ", " Les amants sont des âmes sœurs ", " Demain je pars "... 

 

En ce début d'année (quoi, je ne vous ai pas encore souhaité une bonne année? on n'est que le 14 février, je suis large!), j'ai eu envie  besoin  une nécessité vitale de légèreté. Je ne me précipite pourtant pas, habituellement, sur les feel good, craignant les rires en boîte un peu forcés. Mais il faisait froid, la période s'annonçait longue et les élèves pénibles, j'étais fatiguée, alternant réunions, formations et rdv médicaux. Bref, c'était pas le moment pour un bouquin hyper sérieux, il me fallait un truc sans prise de tête. Et puis y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis (et oui, j'utilise des tournures familières si je veux).

On suit ici trois personnages qui n'ont a priori aucune raison de se rapprocher, mais qui vont se retrouver autour d'un jouet de notre enfance : des culbutos (dont j'ai appris au passage qu'on les appelle également des poussah). Angélique est une mathématicienne, une "tête", sans le moindre ami, et qui vit toujours chez ses parents à 35 ans. Aïko, japonaise, est designer. Elle est venue vivre dans le sud de la France pour se rapprocher de Claudine Casserole, une chanteuse des années 70 que sa grand-mère admirait, et créer des imprimés textiles inspirés par des poussah. Enfin, Jean-Marc, auteur d'un unique succès littéraire, tente de faire le deuil de sa femme, décédée dans un accident de voiture. Chacun découvre un jour un court message à l'intérieur d'un culbuto. Au fil de leurs recherches sur la toile, ils finissent par se rencontrer et tenter de découvrir l'origine de ces mystérieux bouts de papier. 

Trois personnages très différents donc, chacun ayant un rôle à jouer, au sein de ce trio improbable, dans cette quête tout aussi improbable. Pensez donc : les voici qui traversent la France pour trouver des traces de la fabrication des fameux culbutos, dont l'usine a fermé ses portes depuis des années. Si je regrette un peu qu'ils soient stéréotypés, j'ai par contre beaucoup apprécié le personnage d'Angélique : une héroïne, autiste, comme on a peu l'habitude d'en voir dans les romans. La fin m'a également paru un peu facile, prévisible et trop remplie de bons sentiments à mon goût.

Néanmoins, c'est un roman qui a parfaitement accompli sa mission : léger, il m'a vidé la tête, tout en me proposant des personnages somme toute plutôt attachants et un point de départ très original. Il m'a aussi fait découvrir le Gömböc (wiki est votre ami) dont j'ignorais absolument tout et ... auquel je n'ai RIEN compris malgré ledit wiki (mais on trouve sur la toile des vidéos à l'effet un peu hypnotisant, ça contribue à vider la tête, donc Gömböc fut - brièvement - mon pote :p

Merci aux éditions Michel Lafon pour cette découverte, entre nostalgie, tendresse et sourire.

Posté par missmarguerite à 22:42 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

03 février 2019

Mon ombre assassine - Estelle Tharreau

ombre-assassine

En attendant son jugement, du fond de sa cellule, Nadège Solignac, une institutrice aimée et estimée, livre sa confession.
Celle d'une enfant ignorée, seule avec ses peurs.
Celle d'une femme manipulatrice et cynique.
Celle d'une tueuse en série froide et méthodique.
Un être polymorphe.
Un visage que vous croisez chaque jour sans le voir.
Une ombre. Une ombre assassine.

 

Après L'impasse qui ne m'avait pas totalement convaincue (sur le plan de l'écriture plus que de l'intrigue), j'ai trouvé ce nouveau roman d'Estelle Tharreau franchement réussi. Pour tout avouer, je l'ai lu pratiquement d'une traite à sa sortie, mais - une fois de plus - le temps m'a manqué pour rédiger ce billet, entre corrections, formations, réunions (et petits malades à la maison). Ce dimanche où je n'avais rien (mais vraiment rien) à faire (si vous saviez comme ça fait du bien!) m'a permis de rattraper un peu de mon retard de publication.

Le roman commence avec l'arrestation d'une jeune institutrice. Appréciée de tous, dévouée, Nadège Solignac est accusée d'un meurtre qu'elle aurait maquillé en légitime défense. Du fond de sa cellule, et alors qu'elle sait que la justice a décidé de se pencher sur d'autres morts ayant jalonné sa vie, elle nous livre ses pensées et ses souvenirs, au gré de chapitres alternant l'enquête actuellement en cours et son enfance. 

La question de la culpabilité est ici secondaire. Celle de la (future) condamnation l'est rapidement devenue également. Nadège ne cache pas qu'elle a effectivement commis le crime dont on l'accuse. Et qu'elle soit reconnue coupable ou pas à l'issue de l'enquête m'importait finalement assez peu. La vraie question, celle que nous pose Estelle Tharreau tout au long de ces pages, c'est de savoir si on naît assassin ou si on le devient, sous l'effet d'une famille dysfonctionnelle et d'une enfance malheureuse. En retraçant dans le détail l'enfance de Nadège, en nous la faisant vivre depuis sa naissance parallèlement à l'affaire en cours, plutôt qu'en la résumant au cours du procès par exemple, elle place le lecteur entre deux feux, entre deux mouvements assez naturels mais opposés : condamnation et rejet d'une froide meurtrière d'un côté, tristesse et compassion pour une petite fille solitaire et délaissée de l'autre. Jusqu'au moment où les deux se rejoignent, créant un malaise palpable. Les plongées dans l'esprit froid et calculateur de Nadège alternent avec les souvenirs d'enfance, approchant par petites touches du point de bascule.

Grâce à cette narration, on voit peu à peu grandir à la fois Nadège et sa sociopathie, en sachant où cela va la mener. Et on (pardon, je) cherche le moment où tout aurait pu s'arrêter. Pour découvrir que rien n'aurait pu arrêter la jeune femme. Parce qu'il était trop tard. Parce que les dégâts étaient là, trop profonds. La question qui se pose alors est de savoir jusqu'où on peut expliquer ses actes par les conditions dans lesquelles elle a vécu ses premières années. Qu'est-ce qui est explicable, à défaut d'être excusable? Quand devient-on un monstre?  Et du coup, à quel moment doit-on s'inquiéter de la compassion qu'on éprouve pour elle? 

Le tout rédigé d'une écriture nette, sans fioriture, comme si tout cela était parfaitement normal. 

Une belle réussite !

Merci aux éditions Taurnada pour cette nuit blanche belle découverte

Posté par missmarguerite à 20:25 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags :

27 décembre 2018

Simon Thorn tomes 1 à 3 - Aimee Carter

Simon1 Simon2 Simon3

 

Simon Thorn est le héros d'une série de romans de fantasy adressés aux jeunes lecteurs, dont 3 tomes sont pour l'instant parus. J'ai eu l'occasion de recevoir le 3ème lors de sa sortie (merci Camille) et, les histoires n'étant absolument pas indépendantes, j'ai commencé par me procurer et lire les deux premiers. Normalement, l'avis du grand loulou devrait suivre, mais il a préféré re-re-lire Harry Potter (mon fils!). Il commence à l'instant Le sceptre du Roi animal.
Plutôt que trois billets successifs et forcément répétitifs, j'ai choisi d'en rédiger un seul, que je tenterai de centrer malgré tout sur le tome 3, tout en essayant de ne pas trop spoiler, pour ceux qui débuteront seulement la lecture de la série.

Simon Thorn a le pouvoir de parler aux animaux. À douze ans, il découvre le secret de ses origines : il est un Animalgame, un être capable de se transformer en animal. Et sa première métamorphose pourrait bien décider du destin de tout un peuple, car il l'ignore mais il est l'héritier du roi des aigles et de la reine des loups... en guerre depuis toujours.

Simon, douze ans, vit à New York avec son oncle. Il n'a pas connu son père et ne voit que rarement sa mère : voyageant constamment à travers les États-Unis pour son travail, elle ne lui rend visite qu'une ou deux fois par an, lui envoyant régulièrement des cartes postales depuis l'endroit où elle se trouve. Harcelé par des gamins de l'école, Simon s'est découvert ces derniers temps la capacité de parler aux animaux... ce qui ne risque pas d'améliorer ses rapports avec les sales gosses en question. Lorsque sa mère est enlevée sous ses yeux par une armée de rats, il apprend qu'il n'est pas un garçon comme les autres : il fait partie des Animalgames. Non seulement il peut parler aux animaux mais il aura bientôt le pouvoir, comme tous les membres de sa famille, de se transformer en l'un d'eux. Ces Animalgames sont répartis en cinq peuples (Mammifères, Insectes, Reptiles, Oiseaux et Animaux marins) entre lesquels l'entente n'est pas toujours cordiale. Manque de chance pour lui, sa mère et son père sont issus de deux peuples en guerre, et il ignore encore en quoi il se transformera.

Il entre alors au REPAIRE (une sorte d'école pour les Animalgames, cachée sous le zoo de Central Park), où il fait la rencontre de jeunes ados issus des autres peuples (Jam, Winter, Ariana) ainsi que... de son frère, Nolan.

Le tome 1 concerne la découverte par Simon de son identité et d'une partie de l'histoire de sa famille. Par la suite, chaque épisode est centré sur un peuple animalgame, nos héros devant y récupérer une partie d'une puissante arme, pouvant permettre de régner sur l'ensemble des cinq peuples.

Si j'ai trouvé parfois l'histoire un peu trop enfantine à mon goût (mais il faut bien admettre que je n'appartiens pas au public visé, malgré mon éternelle jeunesse) (oh! ça va!), elle se complexifie nettement à certains moments, notamment lorsqu'on aborde les rapports de pouvoir entre les différents peuples animalgames et la façon dont certains personnages tentent de manipuler les autres. Cela nécessitera selon moi une bonne dose d'attention de la part des jeunes lecteurs. Nous verrons ce qu'en pensera le grand loulou (9 ans et demi). Il y a du Potter dans cette série (de jeunes ados, une école planquée, des humains "normaux" à qui il faut cacher l'existence des Animalgames, des missions à accomplir en cachette des adultes, des secrets de famille...), ce qui ne devrait pas lui déplaire. L'auteur n'épargne pas Simon, qui non seulement se met dans des situations périlleuses à force de foncer au lieu d'écouter les grandes personnes, mais doit aussi vivre avec les vieux mensonges de sa mère et les décisions qu'elle prend au fil de l'histoire.

Au fil des pages et des tomes, certains personnages secondaires prennent une place plus importante et sont davantage développés, ce qui n'est pas pour me déplaire. Nolan, par exemple, est un personnage très "satellitaire" au début, et les deux frangins sont dans une relation d'opposition, mais son rôle se développe dans le tome 3, et j'espère que l'auteure suivra cette voie par la suite. Chaque tome étant centré sur un peuple, le personnage qui en est issu se révèle également à cette occasion, et le lecteur en apprend ainsi plus sur sa vie, son enfance et le fonctionnement de son monde. Ainsi, le tome 3 nous emmène dans une cité sous-marine, ce qui est très différent des deux épisodes précédents. Chaque monde est construit et décrit, en lien avec la personnalité qu'on imagine être celle des animaux concernés, de même que l'organisation de la société (très militaire, dans le cas du monde sous-marin). La façon dont chaque peuple cache et protège la pièce qu'il détient lui est également propre, et les stratégies des uns et des autres se dévoilent au fil de l'histoire.

Ce choix de passer d'un peuple à l'autre est à mon sens un coup gagnant de la part de l'auteure, car on referme chaque livre avec l'envie d'ouvrir le suivant, pour savoir où vivent les autres Animalgames, quelle cachette et quels systèmes de défense ils ont imaginés, et qui sont réellement les compagnons de Simon. La série peut donc vite se révéler très addictive pour les amateurs du genre.

 

Merci aux éditions Michel Lafon

Posté par missmarguerite à 11:33 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

20 décembre 2018

Porter sa voix. S'affirmer par la parole - Stéphane de Freitas

Porter sa voix

Nous n'avons jamais autant eu l'illusion de pouvoir nous exprimer sur tout, partout et tout le temps. Mais sommes-nous écoutés ? Pour que nos envies, nos rêves puissent exister ailleurs que dans notre esprit, il nous faut apprendre à prendre la parole en public, à défendre clairement nos idées et à instaurer le dialogue. Pourtant la pratique de l'oral reste une compétence peu enseignée dans notre cursus scolaire. Pour beaucoup d'entre nous, elle est source de fragilité sociale et professionnelle.
Stéphane de Freitas a créé et anime depuis 2012 des ateliers de prise de parole auprès de nombreux élèves et d'étudiants. Les résultats sont remarquables. En apprenant à puiser au fond d'eux la force d'un discours authentique, en s'initiant aux techniques oratoires, ils retrouvent confiance et se révèlent aux autres et à eux-mêmes.  


Développer la prise de parole chez les élèves. Ah ça ! pour parler, ils parlent... mais pas forcément quand on le leur demande. Avec certaines classes, je me dis parfois, avec un brin d'ironie, que le meilleur moyen d'obtenir le silence est encore de les évaluer à l'oral...

Blague à part...

Une grande part de notre enseignement repose sur l'écrit, plus que sur l'oral. Parfois pour de mauvaises raisons : taille des classes, hétérogénéité des groupes, résistance des élèves, manque d'assurance dans nos cotations, inadaptation des locaux... L'obstacle le plus important d'après mon expérience - toute relative - me semble avoir trait au manque d'audace, à une certaine timidité des élèves, voire à une réelle angoisse chez certains. Aussi grande gueule qu'ils puissent être dans le groupe, ils n'osent pas prendre la parole quand ils lui font face, notamment par peur du jugement des autres. Certains de mes élèves ont connu des parcours difficiles, faits d'échecs, de troubles de l'apprentissage, de difficultés en lecture, qui les bloquent totalement au moment de prendre la parole, ne serait-ce que pour se présenter ou parler brièvement d'un sujet qui les intéresse. Ce n'est pas la connaissance qui fait défaut, ni la mémorisation qui pose problème, mais la prise de parole elle-même.

D'autre part, les programmes ne nous aident pas toujours (je précise que j'enseigne en Belgique, où nous découvrons actuellement un nouveau programme, très axé sur l'argumentation, à la fois écrite et orale). Nous devons, entre autres compétences, amener les élèves à argumenter, mais dans une relation asymétrique . Autrement dit, en les plaçant dans une position d'infériorité, en situation de demande. Pas forcément passionnant pour eux, à 14-15 ans. Le caractère artificiel des situations d'apprentissage proposées ne les motive alors pas à prendre la parole en veillant à ce que leur message soit le plus clair, le plus convaincant possible... ni à écouter réellement l'autre pour ensuite réagir. 

Pourtant, c'est durant toute leur vie qu'ils devront par la suite s'exprimer correctement, qu'ils seront pénalisés par une communication bancale et une confiance en soi déficiente.

Sans aller forcément jusqu'à l'organisation d'un concours d'éloquence, les enseignants trouveront dans les différentes parties composant cet ouvrage des pistes de réflexion mais aussi des activités qui leur permettront de mettre l'oral davantage au centre de la classe. En proposant aux élèves de prendre conscience de la situation dans laquelle ils prennent place. En instaurant un peu plus d'écoute active, de bienveillance, d'empathie. 

On pourra sélectionner les pistes en fonction du groupe avec lequel on travaille (caractère des élèves, moment de l'activité, but poursuivi : brise-glace, préparation à un examen oral, à un entretien...) et en utiliser certaines dans le cadre de l'entrainement à l'argumentation en général, qu'elle soit orale ou écrite.

Un (gros) livre à découvrir pour la réflexion qui le porte, et à garder à portée de main pour enrichir et diversifier ses pratiques. J'avoue ne pas encore en avoir totalement fait le tour, et attendre de pouvoir d'y pencher de nouveau, à tête reposée, pendant les congés.

Merci à Babelio et aux éditions le Robert.

Posté par missmarguerite à 22:16 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :


16 décembre 2018

Mauvais genre - Isabelle Villain

Vous vous souvenez de mon toc? Celui qui dit de ne jamais lire une série dans le désordre? Pardonnez-moi, mes frères et soeurs toqués, car j'ai fauté. Mais rassurez-vous : tout s'est bien passé.

mauvais genre

Hugo Nicollini est un garçon différent des autres gamins de son âge. Un père brutal. Une maman protectrice. Un soir, il est témoin d'une dispute entre ses parents. Une de plus. Une de trop. Cette fois-ci, sa mère succombera sous la violence des coups.
Vingt-trois ans plus tard, l'équipe du commandant Rebecca de Lost enquête sur la mort d'une jeune femme, sauvagement poignardée dans son appartement. Pas d'effraction. Pas de vol. Pas de traces de défense. L'entourage de la victime est passé au crible, et l'histoire du petit Hugo va refaire surface bien malgré lui.

 

Mauvais genre est le troisième volet des enquêtes du commandant de Lost. Quelques allusions aux précédents romans sont faites ici (surtout vers la fin), mais tout est parfaitement lisible. Par contre, on risque un peu de se gâcher le suspense en attaquant "Peine capitale" après celui-ci. 

Bref.

C'est un page turner plutôt agréable et efficace que les éditions Taurnada m'ont permis de découvrir. Un bon page turner, parce que cette histoire m'a, à certains moments, menée en bateau, persuadée d'avoir découvert l'identité du coupable, titillée par le comportement d'un des protagonistes, avant finalement de me laisser sagement conduire vers la vérité. 

Le récit mêle plusieurs enquêtes, entre un assassinat isolé, le retour d'un serial killer et des menaces visant le commandant Rebecca de Lost. Si elle tire sur quelques ficelles connues (une équipe qui se cherche encore, entre anciens et nouveaux coéquipiers pas forcément sur la même longueur d'onde, et une héroïne qui doit refaire sa vie après la perte de son mari), l'auteur a par contre choisi un thème (me semble-t-il) tout à fait inédit (que je passerai volontairement sous silence, pour garder un minimum de suspense sur la première partie du roman). C'est pour moi le gros point fort de ce roman, en plus d'une intrigue maitrisée.

Seul vrai bémol pour moi : l'aspect un peu artificiel de certains dialogues entre flic et expert, qui donnent malheureusement l'impression de lire un page de manuel. Je comprends tout à fait la nécessité d'apporter ces informations, à la fois au lecteur et à l'enquêtrice, mais j'ai trouvé que ça manquait un peu de subtilité. 

Ceci mis à part, c'est une très chouette découverte, et je pense lire la suite parce que la fin m'a clairement laissée sur ma faim (oh! ça va...). Quant à lire les deux premiers volets, pourquoi pas, mais je vais d'abord me laisser le temps d'oublier ce que j'ai appris les concernant.

Merci aux éditions Taurnada.

 

Posté par missmarguerite à 22:17 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

07 novembre 2018

Trois fois la fin du monde - Sophie Divry

divry

Ça commence comme un roman noir : Joseph Kamal, arrêté lors d'un braquage manqué au cours duquel son frère a été abattu, découvre la prison, ses occupants, sa violence. Première fin de son monde.

Ça se poursuit comme un roman post-apocalyptique, tendance nature writing (on pense à "Dans la forêt" de Jean Hegland) : après une catastrophe nucléaire, une partie de la France est vidée de ses habitants. Deuxième fin du monde. L'occasion pour Joseph de repartir de zéro, en se terrant dans une maison abandonnée, profitant, dans un premier temps, des potagers délaissés et des provisions laissées sur place. Il n'a d'ailleurs pas vraiment le choix : il sait que, s'il rejoint la civilisation, il devra terminer de purger sa peine.

Le temps passant, ce qui était au départ une obligation, sa seule chance de rester libre, devient un plaisir : le goût de la liberté retrouvée. Le temps d'observer la nature qui l'entoure. La fierté de faire pousser ses propres légumes, de se coucher fatigué d'avoir jardiné. S'il peste bien sur la difficulté de ces tâches toujours à recommencer, il s'accroche, prenant goût à cette vie d'ermite, redécouvrant la nature dont la prison l'avait privé. 

Le temps passant toujours, l'hiver s'installant, la (sur)vie devient pourtant de plus en plus difficile... 

C'est un récit tout en intériorité, en introspection, en monologues, à partir du moment où Joseph passe de l'enfermement à la liberté. Un récit empreint d'une telle solitude, qu'on s'attendrait presque à le voir parler à une boîte de cassoulet pour briser ce silence qui n'en finit pas. J'exagère, c'est vrai. Mais je n'étais pas loin de trouver tout ce silence oppressant; je pense que je deviendrais vite folle, dans la même situation. Joseph, cependant, sort de prison et goûte donc ce calme et cet isolement autant qu'il le peut, après la violence et l'humiliation. Malgré tout, le manque de nouvelles du monde extérieur, de contacts, de chaleur, lui pèse.

Il y a quelque chose de poétique, d'hypnotique, dans la partie principale de ce roman. Une ode à la nature, un remerciement pour ce qu'elle nous offre - nourriture et ressourcement - doublé d'une mise en garde. Il m'est venu des envies de m'étendre dans l'herbe, de refaire des confitures, d'apprendre les arbres et les oiseaux. Avant qu'il ne soit trop tard? 

 

C'était le cru 2018 des Matchs de la Rentrée Littéraire #MRL18 #Rakuten

Posté par missmarguerite à 22:37 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

03 novembre 2018

Rubiel e(s)t moi - Vincent Lahouze

" Si je devais me souvenir d'une chose, d'une seule chose, ce serait la vision des murs gris de l'Orphelinat du Bienestar de Medellin et des portes qui claquaient lorsque nous courions dans les couloirs, le bruit sourd de mes pieds nus sur le parquet de bois délavé et poussiéreux. Oui, d'aussi loin que je me souvienne, la couleur n'existait pas. 
Je suis né en Colombie, à la fin de l'année 1987, mais je n'ai commencé à vivre qu'en 1991. "

 

Rubiel e(s)t moi, c'est n'est ni tout à fait un roman, ni tout à fait une autobiographie. Ce n'est ni totalement la réalité vraie, ni l'imagination débridée. C'est à la fois une autobiographie fictive, et une fiction potentiellement autobiographique.

On s'est tous un jour demandé qui on aurait pu être, ce qu'on aurait pu devenir, si on n'avait pas rencontré telle personne, suivi tel chemin. Cette question est d'autant plus importante dans le cas de Rubiel. Ou de Vincent. Que serait devenu ce petit garçon, s'il n'avait pas été adopté? Quel chemin aurait-il suivi, quelles personnes aurait-il rencontrées, quelle vie aurait-il pu construire?

C'est un grand écart que Vincent Lahouze réalise et nous propose de lire. Un grand écart entre ses deux mères, ses deux pays, ses deux langues. Entre ses deux prénoms et ses deux vies.
Il pose en filigrane les questions que l'on se pose forcément à propos de l'adoption : Comment fait-on pour devenir un autre du jour au lendemain? Comment peut-on s'opposer à ses parents, à l'adolescence, tout en reconnaissant qu'il nous ont sorti d'une vie de misère?
Mais il va plus loin, imaginant la vie de Rubiel-resté-en-Colombie et la juxtaposant à celle de Rubiel-devenu-Vincent-en-France. Peut-être faut-il s'autoriser à imaginer la vie qu'on n'a pas vécue pour pouvoir entrer dans celle qui nous a été offerte? Peut-être faut-il accepter d'avoir été choisi - et pas l'autre - pour se sentir pleinement à sa place? Peut-être aussi faut-il qu'une (belle) histoire d'amour se termine pour qu'une nouvelle (magnifique) puisse s'écrire? 

De Vincent Lahouze, grâce aux réseaux sociaux, je connaissais un peu le parcours et les publications parfois à fleur de peau J'appréciais ses textes courts, sensibles et engagés. Je dois bien admettre que j'étais à la fois impatiente et inquiète, à l'idée de le découvrir en tant qu'auteur de roman. Et s'il ne tenait pas la distance? Si l'exercice d'un premier roman est bien sûr différent, si certaines phrases sont parfois un peu bancales, j'ai beaucoup aimé ce texte. J'ai aimé y retrouver son émotion et sa hargne, des doutes et ses espoirs, ses petits pas en avant et ses rencontres. Et puis sa sincérité.
J'ai cependant nettement moins accroché aux chapitres consacrés à Rubiel, sans doute en raison de leur caractère fictif. Je pense que j'ai eu besoin d'opter pour un angle de lecture - soit autobiographique, soit fictif - pour ne pas perdre en cohérence : on ne lit pas un roman comme on lit une autobiographie, et là clairement, c'est l'histoire de Vincent qui a pris le dessus pour moi. Peut-être me faudrait-il relire uniquement ces chapitres-là, comme un "vrai" roman, pour gagner en cohérence et en fluidité. [J'avais eu un peu le même problème avec La part de l'autre d'EE Schmitt, dans lequel j'avais involontairement choisi la voie de la fiction]

Ce livre est à l'image de son auteur (sensible, vrai, tourmenté) et de cette photo qu'il a publiée dernièrement (à la date anniversaire de son adoption) : celle d'un petit garçon, dans une chambre d'hôtel, qui ne s'appelle plus tout à fait Rubiel et pas encore tout à fait Vincent, et qui se salue dans un miroir comme s'il se voyait - déjà - dans une vie qui n'existe désormais plus. 

 

Merci aux éditions Michel Lafon ! 

Posté par missmarguerite à 17:22 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

07 mars 2018

Une longue impatience - Gaëlle Josse

josse impatience

Ce soir-là, Louis, seize ans, n’est pas rentré à la maison. Anne, sa mère, dans ce village de Bretagne, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, voit sa vie dévorée par l’attente, par l’absence qui questionne la vie du couple et redessine celle de toute la famille. Chaque jour, aux bords de la folie, aux limites de la douleur, Anne attend le bateau qui lui ramènera son fils. 

 

De Gaëlle Josse, j'avais lu Le dernier gardien d'Ellis Island, qui m'avait enchantée. Par son histoire, ses personnages et son écriture. J'étais impatiente, et presque inquiète, de la retrouver, tant les attentes étaient élevées. Mais toute inquiétude était inutile, parce que c'est un vrai petit bijou qu'elle nous propose cette fois. Un bijou de délicatesse, d'émotions et d'amour. Au fil de ce roman court - mais intense - elle égrène les heures, les jours, les semaines et les mois d'attente et d'espoir. Anne se souvient de l'enfance de Louis, de la disparition de son mari, de son remariage et de la relation conflictuelle entre le fils et le beau-père, entre lesquels elle peinait à s'imposer. Elle écrit à Louis des lettres dans lesquelles elle imagine leurs retrouvailles, qu'elle met en scène autour d'une table, recouverte de ses plats et desserts préférés, entourés de ceux qui voudront fêter avec eux le retour tant attendu du jeune homme. Et chaque jour, par tous les temps, elle l'attend; elle quitte la maison, et va voir si un bateau s'annonce. 

J'ai été bouleversée par ce roman, et ce n'est pas que parce que je suis la mère d'un Louis qui grandit trop vite qu'il m'a à ce point happée. Bouleversée par ce personnage qui vit notre (ma) plus grande peur. Par ce petit - puis grand - bonhomme qui accepte trop longtemps en silence avant de choisir la seule voie qu'il semble déceler. J'ai été touchée cette fois encore par la plume de Gaëlle Josse, en apparence si simple, mais délicate et travaillée, et qui dit tout. Avec retenue, avec subtilité, elle raconte tout de la fragilité, de l'angoisse, de l'espoir, de l'impuissance et de la culpabilité de cette mère qui nous représente toutes. Le vide au creux du ventre augmente au fil des pages, en même temps que le souhait d'accompagner Anne, de rester à ses côtés pendant qu'elle fixe l'horizon, de lui offrir juste le soutien d'une présence pour affronter l'absence. Entre tendresse et douleur, délicatesse et coup au coeur, Gaëlle Josse tisse un portrait de femme et de mère qui risque bien de me suivre longtemps. 

 

Merci à Babelio et aux éditions Noir sur Blanc pour cette petite merveille.

Posté par missmarguerite à 22:13 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

28 février 2018

Emma dans la nuit - Wendy Walker

Emma nuit

Deux sœurs disparaissent. Trois ans plus tard, une seule revient. Dit-elle toute la vérité ?
Emma, 17 ans, et Cass, 15 ans, sont les sœurs Tanner, devenues tragiquement célèbres depuis leur inexplicable disparition. Après trois ans d'absence, Cass frappe à la porte de chez ses parents. Elle est seule. Elle raconte comment sa sœur et elle ont été victimes d'un enlèvement puis retenues captives sur une mystérieuse île.

Première découverte de cette auteure qui a semble-t-il déjà fait parler d'elle, ce thriller psychologique fait plutôt bien le job, vous poussant à élaborer toute une série d'hypothèses au fil de la lecture. Avec Cass, on plonge dans les eaux (très) troubles d'une famille (très) dysfonctionnelle chapeautée par une mère (complètement) barrée. Une mère narcissique, qui ne vit en gros que pour s'entendre dire qu'elle est la meilleure épouse, la plus belle, la meilleure mère, la plus chouette, la meilleure belle-mère, la plus sexy, bref la meilleure, mais qui voudrait (faire) croire que c'est sa fille enfin retrouvée qui devrait consulter. L'essentiel du roman tourne donc autour de cette femme odieuse et dangereuse, et on se demande franchement comment ses filles ont réussi à ne pas fuguer (ou l'étrangler) avant même de quitter l'école primaire. 

L'auteur tisse sa toile, patiemment, en même temps que Cass déroule le fil de ses souvenirs, tantôt ceux de son enfance, tantôt ceux de sa disparition, convoquant tour à tour son frère, son beau-frère et ses ravisseurs. On voit les personnages perdre pied, se disputer, se manipuler, et on comprend vite que tout, dans cette famille hautement toxique, n'est que calcul et apparence. 

Au final, Emma dans la nuit s'avère un roman dans lequel j'ai aimé me perdre, que j'ai laissé jouer avec moi, mais qui, très honnêtement, m'a paru un peu trop long et répétitif dans sa structure pour que j'en profite pleinement, même si je comprends bien la démarche de l'auteure et la façon dont elle devait le construire.  

Merci à Babelio et aux éditions Sonatine de m'avoir privée de quelques précieuses heures de sommeil 😉

Posté par missmarguerite à 22:33 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :