Ce que Marguerite lit

10 août 2016

Point final - William Lafleur

point final

Un billet qui attend son heure pendant un mois, ce n'est généralement pas fort bon signe. Oui, bon, il y a les vacances, les enfants, les trajets, le bruit des enfants, l'absence d'ordi, les enfants, les visites, le bruit, les enfants... Alors forcément, pas mal de billets concernant mes (pourtant nombreuses) lectures d'été ne verront jamais le jour. Mais pour celui-ci, je devais m'y coller, et j'ai un peu de mal, disons-le clairement.

Au départ, il y avait ce résumé qui me branchait franchement. Puis -tilt!- le fait que son auteur n'est autre que Monsieur le Prof, que je suis avec plaisir sur les réseaux sociaux et que j'étais heureuse de découvrir dans un genre différent et un format plus long. Bref, ce bouquin, je le voulais, je l'attendais.


L'homme mort est le journal de bord d'un père de famille ayant mis en scène son propre décès pour observer les réactions de sa famille. Reclus derrière son ordinateur, il les regarde vivre au travers de ses écrans, grâce aux caméras et micros dont il a truffé son domicile avant de disparaître.



Bah alors, où est le problème? 

Le problème, c'est que je suis un peu dubitative, voire perdue. Je n'irai pas jusqu'à dire que je n'ai pas aimé. Je ressens que ça ne correspondait pas du tout à ce à quoi je m'attendais, alors que je ne sais pas, objectivement, ce que j'en attendais... Oui, je sais, c'est confus, mais ça colle assez bien avec mon ressenti en refermant le livre.

Je n'ai, à aucun moment, réussi à entrer dans le récit et dans la tête des personnages, à comprendre leurs motivations ou leurs réactions, ni même à m'interroger à leur sujet. Bien que lu rapidement, je n'ai pas éprouvé le besoin de savoir ce qui allait leur arriver, comment ils allaient évoluer. Bref, j'y suis restée totalement extérieure, au point que même la chute ne m'a que brièvement intéressée. En fait, pendant toute ma lecture, je me suis demandé si j'aimais ou pas, me disant que je ne serais sans doute fixée qu'à la fin. Et puis vient cette fin, cette chute, qui donne une orientation particulière au récit, mais sans me permettre de comprendre les motivations de l'auteur, le sens qu'il a voulu donner à son texte.

J'ai du mal à dire ce qu'est ce livre. Alors parlons plutôt de ce qu'il aurait pu être au regard de son thème, mais qu'il n'est pas. Ce n'est pas une dénonciation du voyeurisme ou de la manipulation du père. Ce n'est pas une réflexion approfondie sur les relations familiales, sur l'absence, le manque ou le regret. Ce n'est pas un récit au 36ème degré, où le père a priori totalement immoral s'apercevrait finalement qu'il ne connaissait pas du tout sa famille. Ce n'est pas un texte tire-larme sur le deuil ni une satire sur certains aspects de notre société.

L'auteur expliquant que son livre était auparavant un blog, je me suis dit que j'allais le parcourir, pour voir comment il s'est construit, comment il a évolué, comment ses lecteurs y avaient réagi "en temps réel". Mais ma recherche s'est conclue par un flop, le blog n'étant plus accessible dans sa totalité. Me revoila donc au point de départ : je ne sais pas ce qu'est ce texte, et je suis donc incapable de l'apprécier. 

Bon... William Lafleur restera pour moi Monsieur le Prof, caustique et cynique, et c'est finalement très bien comme ça.

Merci à Michel Lafon

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14 juillet 2016

Insoumises - Cosnava, Ruben

insoumises

1934, Espagne. Pendant la révolution des Asturies, trois femmes se mêlent aux combattants : Fé, Esperanza et Caridad. On les surnomme les Insoumises. Elles combattent pour la liberté, pour leurs idéaux, pour montrer, aussi, peut-être, qu'elles y ont autant leur place que les hommes. Elles croisent Albert Camus, sont amoureuses, fortes souvent, perdues parfois, se déchirent, se retrouvent. Chaque partie est centrée sur l'une d'elles, dans ses rapports avec les autres et à l'action, et ce n'est qu'à la fin que le lecteur possède une vision tout à fait complète de leur histoire.

J'ai beaucoup aimé ce récit, pour ces personnages de femmes surtout, pour Caridad encore plus. C'est elle qui m'a le plus intéressée et marquée, pour ses convictions, pour l'importance qu'elle accorde à l'éducation, pour ses choix.
J'ai apprécié que l'auteur se centre surtout sur les personnages, leurs relations, leurs réactions, sans se perdre dans de nombreux détails historiques et politiques (même si cet arrière-plan est bien dépeint)... ou plutôt sans m'y perdre, moi qui suis une quiche en la matière.
Je suis moins "fan" du versant graphique. Je pense simplement que tout le monde ne peut pas forcément aimer à la fois Picasso et Cézanne, c'est une question de goûts et de sensibilité personnelle, sans qu'il s'agisse nullement d'un jugement sur la qualité de l'oeuvre en elle-même. Mais même si je n'ai pas accroché à certains aspects, tels que les expressions des personnages, j'ai trouvé néanmoins que le graphisme était tout à fait en phase avec l'histoire : les tons de brun, associé au noir et blanc, sont idéaux pour illustrer ce thème de la révolution et des combats.

En réalité, j'aurais voulu lire cette histoire dans un format plus long, dans un roman, tant je me suis attachée, l'espace d'une heure ou deux, à ces trois femmes exceptionnelles. Les thèmes abordés sont nombreux, tournant autour de l'émancipation, de la liberté de choix, et j'aurais aimé qu'ils soient plus longuement développés

Merci aux Éditions du Long Bec et à Babelio, sans qui je n'aurais pu faire cette jolie découverte.

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25 juin 2016

En attendant Bojangles - Olivier Bourdeaut

Bojangles


C'est une histoire d'amour, de folie, de soleil, de lumière... avec un bémol.

J'ai aimé plein de choses dans ce roman, et surtout plein de petites choses. Une liste, peut-être?
La couverture. La fantaisie. Les émotions toujours présentes. Les personnages fantasques. Le père qui appelle sa femme chaque jour par un prénom différent. Mademoiselle Superfétatoire, grand oiseau exotique membre à part entière de la famille. La musique omniprésente. Le ton léger du début et doux-amer de la suite. L'amour sans faille du père pour sa femme. Leur vouvoiement. L'absurdité des situations. Les petites phrases que j'avais envie de "post-iter" (j'invente des mots si je veux). La lutte contre le quotidien et les habitudes. La vérité toujours sur un fil. La tendresse et la drôlerie. La nostalgie. Le lent basculement vers la folie. Le regard du jeune narrateur, son interprétation au pied de la lettre de ce qu'il entend. Le contre-voix du père dans son journal. La plume fluide et le rythme du roman, dont les pages se tournent, et se tournent encore, sans voir le temps passer. Pour un premier roman, c'est extrêmement bien écrit, plein de verve. J'ai souvent pensé à l'écriture et aux romans d'Alexandre Jardin, durant ma lecture, en plus de L'écume des jours, qu'il m'a donné envie de relire.

Et le bémol, me direz-vous? Un détail, sans doute. J'ai trouvé les parents tellement égoïstes, que l'impression dérangeante qui en a résulté m'a empêché d'en profiter totalement. On est donc passé à "ça" du coup de cœur.

Je craignais, vu l'engouement généralisé, que ça retombe comme un soufflé (comme c'est trop souvent le cas lorsqu'on attend beaucoup d'un roman), mais pas du tout : hormis cet élément (mais on sait combien me chiffonnent toutes ces histoires qui posent la question de l'éducation, des choix personnels et de la vie que nous offrons à nos enfants), je l'ai trouvé très réussi tantôt sensible, tantôt jubilatoire, et surtout touchant de bout en bout.

 

L'avis de Nath, et celui de Scarlett

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23 juin 2016

La vie des autres - 50 récits de vie incontournables

La vie des autres : 50 récits de vie incontournables par Albernhe

 

Où je tente de rattraper un peu de mon retard abyssal... 

 

De jeunes auteurs, tels que Pacôme Thiellement, Julie Bonnie et Caroline Boidé, se sont penchés sur 50 récits de vie, tous incontournables, pour transmettre les pulsions de vie qui habitent ces écrits. 

 

Je fus un peu étonnée de prime abord : je m'attendais à un ouvrage collectif, présentant la vie de 50 personnalités. En réalité, il s'agit de la présentation de 50 récits de vie, chaque présentation étant faite par un autre auteur, en une page.
Ainsi, par exemple, Julie Bonnie parle de Bad Girl, l'autobiographie de Nancy Huston; Pacôme Thiellement présente une biographie de Arthur Rimbaud par Enid Starkie; Laure Albernhe se penche sur biographie de Picasso par Clément Oubrerie et Julie Birmant. Peu de réelles découvertes concernant la vie de ces grands personnages, donc; il s'agit davantage d'un catalogue que de véritables récits. Mais outre l'envie de découvrir l'un ou l'autre des ouvrages présentés, j'en retiens notamment la sensibilité qui émane de certains textes, sorte de mise en abîme où un (jeune) auteur relève ce qu'il trouve intéressant dans la vie d'une personne vue par un autre auteur (vous me suivez? j'imagine que non...). On sent l'admiration qu'ils éprouvent pour ces célébrités, même à travers les mots d'un autre.
Ce n'est pas le genre d'ouvrage que l'on lit de A à Z. Plutôt un recueil dans lequel on va grappiller quelques idées, selon nos centres d'intérêt ou nos envies du moment.

J'ai été particulièrement emballée par le récit que fait Julie Bonnie de sa passion pour Nancy Huston (auteure que j'apprécie beaucoup, au demeurant) et de sa rencontre avec elle. Elle a mis en mots ce que j'ai moi-même tant de mal à exprimer quant à ce que m'inspire et m'apporte Olivier Adam depuis que je le lis. C'est là que l'on s'aperçoit qu'au-delà des différences, de ce que l'on recherche dans un texte ou chez un auteur, des caractéristiques de son écriture ou des thèmes qu'il aborde, il y a dans la lecture quelque chose d'universel, une expérience qui, bien que fondamentalement différente (chaque lecteur, chaque auteur, chaque texte, chaque moment de lecture est unique), s'avère finalement partagée par nous tous. Ce texte, je l'ai relu plusieurs fois, et je n'aurais pu mieux exprimer mon ressenti. L'entretien avec Nancy Huston, abordant Romain Gary, est en lui-même également très intéressant.

J'allais dire que je n'avais pas abordé ce recueil en tant que lectrice, mais plutôt en tant qu'enseignante (c'est un outil que j'utiliserai, je pense, pour aborder le récit de vie avec mes élèves), mais finalement, je m'aperçois que c'est bien la lectrice en moi qui y réagit ici.

 

Merci à Babelio et aux Editons du Portrait.

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16 juin 2016

Les derniers jours de Rabbit Hayes - Anna McPartlin

Rabbit Hayes

Quand Mia, surnommée affectueusement Rabbit, entre en maison de repos, elle n'a plus que neuf jours à vivre.
Tous ses proches sont présents à ses côtés pour la soutenir. Jack et Molly, ses parents, incapables de dire adieu à leur enfant, Davey et Grace, son frère et sa soeur, qui la considèrent toujours comme la petite dernière de la famille, Juliet, sa fille de 12 ans qu'elle élève seule, et enfin Marjorie, sa meilleure amie et confidente. Au fur et à mesure que les jours passent et que l'espoir de la sauver s'amenuise, sa famille et ses amis sont amenés à s'interroger sur leur vie et la manière dont ils vont continuer sans celle qui leur apporte tant.
Car, si Rabbit a elle-même perdu la bataille, celle-ci ne fait que commencer pour son entourage.

 

Il est de ces romans auxquels, quoi que vous en écriviez, vous n'arriverez pas à rendre justice...

Que dire d'un roman aussi fort et remuant, émotionnellement? Qu'il m'a mis les larmes aux yeux et m'a noué la gorge? Vous vous en doutez bien... Les peurs de Rabbit, ce sont les miennes, à l'idée de faire vivre ça à mes loulous. La colère de son père, son incapacité à admettre qu'il n'y aura pas de miracle, ce sont aussi les miennes, face à cette maladie qui m'a déjà pris, notamment, mon grand-père. Le déni de sa fille, l'envie des autres de lui cacher l'ineluctable, c'est sans doute la tentation par laquelle nous passons tous, le moment venu. Je n'étais d'ailleurs pas forcément rassurée en commençant ma lecture. Et pourtant... 

Pourtant, il y a aussi dans ces pages de la lumière, de l'humour, des sourires, des rires (parfois nerveux, peut-être) (Barrez-vous!), des souvenirs, de l'espoir, et énormément de vie. Il y a Rabbit, entre force, faiblesse et humour ravageur. Il y a une famille absolument incroyable (et dans "famille", j'inclus la meilleure amie et la petite bande de potes, puisqu'ils ont toujours été considérés comme en faisant partie) dont tous les membres, absolument tous, sont attachants et donnent envie de les rencontrer, de leur serrer l'épaule et de les remercier, en même temps, pour toute la douceur, l'amour, la joie et l'humanité qu'ils apportent à Rabbit durant ses derniers jours, malgré leur propre peine. Molly qui ne rate pas une occasion de faire une gaffe. Le petit-salé de Grace. L'oeil au beurre noir de Lenny et l'amour qui lui dégouline par tous les pores. Davey, super tonton qui gère bien plus qu'il ne le croit. Juliet, forcément. Johnny, tellement présent malgré l'absence. Je me serais bien fait adopter par les Hayes, en fait. Parce que s'il n'était plus possible d'ajouter des jours à la vie, ils ont admirablement ajouté de la vie aux jours, puisque telle était leur nature.

Il y a l'envie de se coucher sur le ventre pour écouter de la musique. De taper contre la tôle d'une camionnette. Ou de lui courir après; je n'ai pas réussi à savoir ce qui m'aurait le plus amusée. De jurer comme Molly (Putain de merde. Putain de bordel de saloperie de pompe à merde. Saloperie de merde en briques) (rien que ça). De donner des surnoms ridicules et de faire des blagues pourries. De me cacher dans une cabane. De préparer des oeufs. D'emmerder Alandra. De m'asseoir sur un muret. De dire "Bouh!" au curé. D'offrir un lapin en peluche, parce que c'est plus facile que de parler.

Rarement un roman m'aura autant fait rire et pleurer à la fois. J'y étais tellement, que je chercherais presque où téléphoner pour prendre des nouvelles de Juliet...

Reste ce moment où il faut lâcher prise. Où il faut accepter, face à la douleur, que chaque jour de plus n'est plus vraiment un jour de gagné, mais peut-être un jour de trop, pour lui/elle. Que malgré la peine, l'absence et le vide, l'essentiel est peut-être qu'il/elle ne souffre plus, après ses années de combat.

 

Et puis, ma S., la vie (cette merde en brique) a voulu que ce soit justement aujourd'hui que tu dises adieu à ta Rabbit. Je pense très fort à toi, à elle que je n'ai pas vraiment connue mais à qui j'avais fait peur ce jour-là, et à ta famille que (j'espère que tu le sais, même si ce sont des choses que je ne dis pas souvent) j'aime tant. 

 

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07 juin 2016

Challenge - Coupe d'Europe des livres 2016

Souvenez-vous l'été dernier... Il y a deux ans, Cajou nous avait proposé de survivre face à la déferlante de ballons ronds en lisant (comment ça, "ça ne change pas de d'habitude"?). J'avais terminé la compétition sur le score -assez honorable, n'est-ce pas La Fée?- de 6 buts, dont une mémorable séance de tirs au but.

On remet ça cette année pour survivre à l'Euro?

 

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Ils sont 11 joueurs par équipe alors ce « challenge-qui-n’en-est-pas-vraiment-un » consiste tout simplement à créer votre équipe parfaite de 11 livres pour ce mois de Coupe d'Europe :

 

  • Le gardien de but : THE roman que vous voulez à tout prix lire, celui qui n'a pas le droit de passer à travers les mailles du filet des profondeurs de votre PAL.
  • Les attaquants : les 4 romans de votre PAL que vous voulez ABSOLUMENT lire.
  • Les milieux de terrain : les 3 romans de votre PAL qu'il serait temps de sortir de là.
  • Les défenseurs : les 3 romans que vous n’avez pas encore dans votre PAL mais que vous voudriez vous offrir -sans attendre le Mercato- pour parfaire votre équipe.

 

  • Les réservistes : pour celles/ceux qui pensent que 11 ce ne sera pas assez, voici encore 4 places sur le banc, pour porter votre équipe à 15.

 

En direct du vestiaire, voici donc mon équipe (suis-je la seule à revoir les images de Chirac tentant vainement de faire croire qu'il connaissait les noms des joueurs? ) : 

 

Mon gardien de but

Bojangles

LC oblige.
Il est chaud, il trépigne sur la ligne de touche

 

Mes attaquants

Rabbit Hayes  promesse

chasseurs d'oiseaux écris dans le noir

 

Mes milieux de terrain 

secret inventeur2 chorale du diable effacée

 

Mes défenseurs

nous étions une histoire amie prodigieuse lady susan

 

Mes réservistes 

 loups à leur porte bilqiss

daniel ascher samedi entre amis

 

Et puis... Vous n'êtes pas sans savoir qu'on n'est jamais à l'abri d'une blessure ou d'un carton rouge, et que les équipes comportent en réalité 23 joueurs sélectionnés, donc il y en a encore quelques-uns qui jouent des coudes sur le banc : La passe-miroir, Carnaval, Americanah, Black-out, mais aussi et surtout Et tu n'es pas revenu (mais comme je ne l'ai pas encore acheté, bah... il n'est pas là... mais il aimerait bien...). Heureusement, ils ne perdent rien pour attendre : après l'Euro, on pourra envisager la PAL des vacances 

Si vous voulez nous rejoindre, c'est ici que ça se passe !

 

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02 juin 2016

Miss Dumplin - Julie Murphy

missdumplin

 

Willowdean ne s'est jamais préoccupée de son corps. Oui, elle est ronde, et alors ? Comme elle le dit toujours, un corps parfait pour la plage, c'est son corps dans un bikini, pas besoin d'être super slim pour s'assumer. Jusqu'au jour où elle se retrouve à travailler au fast-food du coin et qu'elle rencontre Bo, qui porte un peu trop bien son nom. Et autant Will n'est pas du tout surprise de le trouver attirant, autant elle est sous le choc lorsqu'il lui vole un baiser. Mais au lieu de se sentir pousser des ailes, Will commence à douter. Comment peut-il l'aimer quand le monde entier dit que les filles comme elle doivent être cantonnées aux seconds rôles ? 


Donc, Bo "porte un peu trop bien son nom". Je vous l'avoue franchement : en lisant ça, j'ai eu peur que ça parte en vrille directement. Ouf, on y échappe, malgré quelques bémols en ce qui me concerne.

Dumplin, Boulette en français, c'est le surnom donné à Willowdean (Will, pour les intimes) par sa mère. Sympa. D'autant plus quand on sait que la mère en question est la présidente-organisatrice-grand-manitou du concours de beauté Junior de Clover City (ce nom...), qu'elle a elle-même remporté avant la naissance de sa fille, après avoir perdu quelques dizaines de kilos. Elle est encore plus sympa que ça, la mère, quand elle lui passe en douce des émissions de télé-réalité dans lesquelles une coach tente de faire maigrir une pauvre fille enrobée ou quand elle compte en cachette les chips restant dans l'armoire. 

Ne nous leurrons pas, c'est US et clichés à mort. Les p'tites jeunettes minces comme des lianes, sportives, saines et dont on imagine les longs cheveux blonds et lisses cascadant dans leur dos pendant qu'elles vous lancent un sourire hypocrite mais ultra-brite. La petite ville de l'Amérique profonde qui vit 6 mois par an pour le concours de beauté junior. Ces dames du jury, ces "ma chérie!", les tables rondes avec des nappes bien repassées et des fleurs en crépon en décoration. Les élèves qui ont pratiquement tous leur voiture pour se rendre en cours dès leurs 16 ans (et qui bossent dans un fast-food le week-end). La moche acariâtre, la grosse-sympa-qui-a-quand-même-un-joli-visage-en-fait, le petit ami exemplaire, le mec pénible qui se croit drôle, le sportif, et une petite louche de jalousie. 

Bref, y a des clichés et le tout est plus ou moins prévisible. 

Oui, mais.

Mais ça fonctionne pas mal, finalement.
Ça fonctionne pas mal, parce que ça fait plaisir de voir Boulette, pardon, Will s'assumer ainsi. Elle est touchante, dans sa confiance en elle qui se fissure peu à peu, dans ses doutes, dans ses rapports avec sa mère et, surtout, avec son corps. Ce corps qu'elle pensait accepter, ne serait-ce que parce qu'il fallait bien faire avec, mais qui finit par lui poser problème dès lors qu'il devient un corps "en relation", qui peut être regardé et touché. Elle est rafraîchissante, aussi, avec sa langue bien pendue et sa passion pour Dolly Parton qui lui donne un petit côté décalé. J'ai par contre moins adhéré à la dispute entre Will et sa meilleure amie, dont j'ai trouvé qu'elle manquait un peu de naturel.
Ça fonctionne pas mal, parce que même si c'est un peu facile (il faut quand même admettre qu'elles n'en ch*ent pas autant qu'on pourrait le croire, les 4 mousquetaires du concours), il se dégage de ces pages une belle énergie qui fait plaisir et qui offre un bon moment de détente. Bref, Miss Dumplin, c'est un roman feel good pour les vacances (ce fut ma lecture post-remise de travail de fin d'études, c'est pas les vacances, mais ça y ressemble).  

Une adaptation par Disney est apparemment en projet, ce qui n'est pas vraiment une surprise à la lecture.

Pas un coup de cœur, donc, mais un bon roman jeunesse, qui multiplie, en filigrane, les thèmes touchant les ados, au premier rang desquels figure bien sûr l'acceptation de soi. Mention spéciale pour la couverture, dont j'ai vraiment aimé le rendu et le toucher.

 

Allez zou ! Un bonus !

 

Merci à Michel Lafon pour cette découverte.

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26 mai 2016

La petite dame en son jardin de Bruges - Charles Bertin

damebruges

 

Charles Bertin, qui est né en 1919, a rêvé de sa grand-mère, morte depuis un demi-siècle. Au matin, ce rêve lui est apparu comme le signe qu'il fallait sans délai rendre visite à la petite dame en son jardin de Bruges. 


Un bail que La Fée m'avait conseillé ce roman. Elle l'a de nouveau fait l'été passé, dans des circonstances particulières, pour "quand le moment serait le bon". C'est à la faveur d'une lecture commune avec Scarlett et Nath que je me suis dit, à moitié rassurée seulement, qu'il était peut-être venu...

Bruges est une ville que j'ai toujours aimée. Chacun de mes séjours entre ses canaux et ses bâtisses m'a laissé un excellent souvenir. Même en pleine canicule, après une opération, avec le stress de perdre un élève en cours de route. Elle me laisse toujours une impression de calme, de sérénité. Même quand la foule déborde de partout et que l'impossibilité de trouver la moindre place de parking en une heure nous pousse à nous replier sur Damme. De toute façon, Damme, c'est aussi Bruges. Et y manger une crêpe fait désormais partie de nos rituels. J'ai toujours trouvé que les lumières prenaient une teinte particulière, chaude, le soir derrière ses vitres. Bruges, c'est un certain hôtel près d'une petite place; une certaine statue près d'un musée; une certaine maison près d'un pont, aux fenêtres donnant sur l'eau et derrière lesquelles j'ai toujours imaginé des bibliothèques. C'est un loulou qui fait rire un serveur et des voisins de table. Et même un point de chute pour un concert de Bon Jovi à Ostende (au premier rang) (midinette que j'étais).

Bref, je n'avais guère de doutes quant au fait que ce roman avait beaucoup pour me plaire; même si, soyons clair, Bruges n'occupe pas une grande place dans l'histoire, dont elle constitue plutôt une toile de fond, un décor toujours présent en filigrane. En réalité, je pense que j'avais un peu peur de m'y plonger, et de remuer des souvenirs.

Et des souvenirs, j'en ai vu remonter, au fil des pages et des mots de Charles Bertin. Des tas. Tous mes "vieux" y étaient. L'arrière-grand-père qui m'avait inlassablement répété la devise de Larousse, jusqu'à ce que je la retienne, et dont j'ai cru qu'il allait s'évanouir le jour où j'ai corné une page devant lui (depuis, j'utilise toujours un marque-page, un billet, un emballage de chocolat ou une fourchette s'il le faut, mais plus jamais je n'ai corné une page) (et je vous préviens : je vous ai à l'oeil). Celui qui venait nous voir en vélo le dimanche matin et qui ramenait des pâtisseries à sa femme pour se faire pardonner d'avoir tant traîné (d'autant qu'il repassait chez l'autre arrière-grand-père : il avait donc un sacré retard à se faire pardonner) (sauf qu'attachées à l'arrière du vélo, les carottes à la crème pâtissière arrivaient dans un sale état). Le même, qui avait voulu me filer des San Antonio, "vu qu'elle aime les livres". L'arrière-grand-mère dont l'esprit nous a quittés bien avant le reste. L'autre arrière-grand-mère qui, au contraire de la première, faisait semblant d'oublier. Celle (ma préférée) qui se disputait sans arrêt avec son mari (à cause des San Antonio, notamment) mais qui était perdue dès qu'il s'absentait. Qui avait voulu aller au home, mais qui m'avait retenue après ma première visite, me demandant de la sortir de là. Et puis papy, celui de l'été dernier, qui n'attendait que de voir son premier arrière-petit-fils entrer à l'école primaire et apprendre à lire... 

Tout cela m'est revenu au fil des pages et des souvenirs égrenés par Charles, 50 ans après le décès de sa chère petite dame : la promenade en vélo, les lectures partagées et la vieillesse qui approche, inexorablement. Des souvenirs à hauteur de l'enfant qu'il était et qui passait chaque année les deux mois d'été auprès d'elle, comme une récompense après ces semaines studieuses.

Ce livre, c'est un mélange de nostalgie, de tendresse et d'émotion. A la fois un magnifique portrait, un superbe hommage à sa grand-mère et un retour sur les souvenirs d'enfance de ce petit garçon dans lesquels on pourra souvent se reconnaître, malgré la différence d'époque et de génération. Il est court, bien trop court, mais j'en ai savouré, je crois, le moindre mot, comme je l'aurais fait de la toute dernière miette de cette pâte d'amande que l'enfant affectionnait tant. L'écriture de Charles Bertin est un ravissement : légère, poétique, elle fait naître les souvenirs comme si le lecteur s'y trouvait lui-même. J'ai eu l'impression de sentir le parfum des fleurs dans le jardin de la petite dame, le goût des gaufres et du chocolat, le sable qui finit irrémédiablement dans les sandwichs lors d'une journée à la plage. J'aurais voulu de ce roman qu'il dure un peu plus longtemps et, même si je l'ai refermé les larmes aux yeux (euphémisme?), je sais que je le lirai de nouveau, et sans doute souvent. Quel beau cadeau nous a offert ce vieux monsieur en plongeant dans ses souvenirs... 

 

A lire également : l'avis de Nathalie pour qui ce fut presque un coup de coeur et celui de Julie des Petites lectures de Scarlett

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24 mai 2016

Les lutins urbains - Tome 2 : Le dossier Bug le Gnome / Tome 3 : Les lutins noirs - Renaud Marhic

Je fais un tir groupé pour les tomes 2 (Le dossier Bug le Gnome) et 3 (Les lutins noirs), mes commentaires étant sensiblement les mêmes et concernant davantage l'écriture que l'histoire elle-même.

 

Tome 2 : Ordinateurs en folie... Smartphones ensorcelés... Quel est donc ce "virus" qui menace la Grosse Cité ? A peine remis de sa rencontre avec le Pizz'Raptor, Gustave Flicman doit se rendre à l'évidence : un nouveau lutin menace la ville ! Comme par hasard, revoilà le Professeur B. Avec son aide, le jeune policier se lance sur la piste du redoutable Bug le Gnome. Vite ! Ça sent déjà le grillé... 

COUV-LUTINS-URBAINS-2


Tome 3 : Rien ne va plus dans la Grosse Cité ! Voilà que trois Lutins noirs ont été signalés. Aussitôt, des travailleurs africains sans-papiers sont devenus millionnaires. Tandis qu’une dangereuse société secrète tente de s’infiltrer dans les quartiers…

 

Présentés pour les petits lecteurs à partir de 7 ans, je pense qu'ils en profiteraient davantage avec 2 ans de plus. Mon grand est en première primaire (équivalent du CP) et lit seul, mais le rythme assez soutenu, le vocabulaire, les jeux de mots et les nombreuses notes en bas de page me semblent trop compliquer la lecture pour qu'il puisse s'en dépêtrer seul. Il est bien sûr tout à fait possible de le lui lire à haute voix, mais on perd alors un peu de l'originalité "visuelle" du roman, ce que je trouve dommage. Ceci ne constituant absolument pas une critique en soi, mais simplement un ajustement quant à l'âge préconisé (à titre de comparaison, pour l'instant, il lit les "Cabane magique" et dévore en 2h un tome de Chi).

Cette petite mise au point étant effectuée, venons-en au fait. 

Une chouette découverte que ces Lutins Urbains. Je n'ai pas eu l'occasion de lire le tome 1, mais un résumé envoyé avec les livres m'a permis de comprendre facilement de qui et de quoi on parlait (les personnages ont en effet déjà été présentés dans le premier tome et le deuxième fait parfois référence à l'histoire passée). C'est bourré d'humour et de jeux de mots. L'auteur s'adresse fréquemment au lecteur, en aparté, ce qui amuse pas mal le loupiot, mais avec le risque de se couper momentanément de l'histoire, vu qu'il est encore en phase d'apprentissage de la lecture (encore une fois, avec des enfants un peu grands, ça doit passer sans problème).

Les lutins urbains, ce sont des lutins (urbains) (oh ça va!) qui existent d'autant plus que vous y croyez. Essayez donc d'oublier leur existence... Pas facile. D'autant que certains d'entre eux, particulièrement amateurs d'espiègleries, semblent très doués pour se faire remarquer, que ce soit en dévalisant des livreurs de pizzas ou en détraquant montres et gsm. Et puisque tout le monde ne veut pas admettre leur existence, il est bien difficile pour Gustave Flicman de les traquer.

Bref, ce sont des romans jeunesse plutôt déjantés (où ce pauvre Gustave se voit obligé de convoyer un rhinocéros bipolaire, nommé Chelou, en utilisant une longue chaîne de menottes en guise de laisse), jouant sur les mots et la mise en page (un titre tarabiscoté par-ci, une interruption publicitaire par-là). On sent un réel désir de jouer avec la langue et d'amuser le lecteur. L'humour est présent du début à la fin, notamment dans les dialogues et les apartés, sans faire de concessions concernant le niveau de langue, assez relevé.  

Mention spéciale pour la dénonciation, comme ça au passage, de la surconsommation, les grandes marques sponsorisant tout et n'importe quoi, jusqu'aux cloches des cathédrales. 

 

Merci à Renaud Marhic pour la découverte de ces romans jeunesse publiés aux éditions P'tit Louis, que vous trouverez notamment sur le site de la Fnac (il n'est pas dans mes habitudes de faire la publicité d'un site, mais les petites maisons d'éditions ne bénéficient malheureusement pas toujours de la même couverture que les grandes ;) )

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09 mai 2016

C'est peut-être une pomme - Shinsuke Yoshitake

pomme

Mise en garde ! Attention, jeune lecteur ! Une fois que tu auras lu ce livre, tu ne pourras plus jamais regarder une pomme de la même façon. Un petit garçon doué d'une exceptionnelle imagination décide de ne pas se fier aux apparences…

 

Une pomme posée sur une table, rouge, brillante, appétissante, quoi de plus banal? Oui, mais... Est-ce vraiment une pomme? Qui vous dit, ami lecteur, qu'il ne s'agit pas plutôt d'une demi-pomme cachant une demi-orange? Ou d'un poisson rouge roulé en boule? D'un oeuf étrange? Et si vraiment c'est une pomme, comment a-t-elle pu arriver là? Et depuis quand existe-t-elle?

Bref, vous l'aurez compris, cet album fait la part belle à l'imagination de nos loupiots. C'est fou tout ce qui peut se cacher derrière ce simple fruit... même une invasion extra-terrestre!

C'est un album drôle, joliment illustré et coloré (avec naturellement une dominante de rouge), aux illustrations claires mais riches d'un tas de détails amusants que les enfants s'amusent à relever. Le parent n'est pas en reste, qui se dit que tout cela est quand même bien trouvé. Fou rire garanti devant la liste des nombreux frères et soeurs que mes loulous me demandent -forcément- de lire très vite sans bafouiller. Tous deux aiment se le faire raconter, mais le grand (7 ans) prend aussi beaucoup de plaisir à le lire au plus petit (4 ans). Et comme l'auteur a réussi à y caser des dinosaures et des Cro-Magnon*, sur une double page qui invite les enfants à raconter par eux-mêmes et à se projeter dans l'histoire, ils sont heu-reux

Note pour l'éditeur : la consommation de pommes a bizarrement augmenté chez nous, ces derniers jours. Merci de prévoir la suite : "C'est peut-être un brocoli"...

 

Merci à Babelio et à Kaléidoscope pour cet album, rapidement devenu un classique du soir.

 

* "Tu leur diras que c'est mes images préférées, maman!"
Voila, loulou, c'est fait ;) 

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