Ce que Marguerite lit

27 décembre 2018

Simon Thorn tomes 1 à 3 - Aimee Carter

Simon1 Simon2 Simon3

 

Simon Thorn est le héros d'une série de romans de fantasy adressés aux jeunes lecteurs, dont 3 tomes sont pour l'instant parus. J'ai eu l'occasion de recevoir le 3ème lors de sa sortie (merci Camille) et, les histoires n'étant absolument pas indépendantes, j'ai commencé par me procurer et lire les deux premiers. Normalement, l'avis du grand loulou devrait suivre, mais il a préféré re-re-lire Harry Potter (mon fils!). Il commence à l'instant Le sceptre du Roi animal.
Plutôt que trois billets successifs et forcément répétitifs, j'ai choisi d'en rédiger un seul, que je tenterai de centrer malgré tout sur le tome 3, tout en essayant de ne pas trop spoiler, pour ceux qui débuteront seulement la lecture de la série.

Simon Thorn a le pouvoir de parler aux animaux. À douze ans, il découvre le secret de ses origines : il est un Animalgame, un être capable de se transformer en animal. Et sa première métamorphose pourrait bien décider du destin de tout un peuple, car il l'ignore mais il est l'héritier du roi des aigles et de la reine des loups... en guerre depuis toujours.

Simon, douze ans, vit à New York avec son oncle. Il n'a pas connu son père et ne voit que rarement sa mère : voyageant constamment à travers les États-Unis pour son travail, elle ne lui rend visite qu'une ou deux fois par an, lui envoyant régulièrement des cartes postales depuis l'endroit où elle se trouve. Harcelé par des gamins de l'école, Simon s'est découvert ces derniers temps la capacité de parler aux animaux... ce qui ne risque pas d'améliorer ses rapports avec les sales gosses en question. Lorsque sa mère est enlevée sous ses yeux par une armée de rats, il apprend qu'il n'est pas un garçon comme les autres : il fait partie des Animalgames. Non seulement il peut parler aux animaux mais il aura bientôt le pouvoir, comme tous les membres de sa famille, de se transformer en l'un d'eux. Ces Animalgames sont répartis en cinq peuples (Mammifères, Insectes, Reptiles, Oiseaux et Animaux marins) entre lesquels l'entente n'est pas toujours cordiale. Manque de chance pour lui, sa mère et son père sont issus de deux peuples en guerre, et il ignore encore en quoi il se transformera.

Il entre alors au REPAIRE (une sorte d'école pour les Animalgames, cachée sous le zoo de Central Park), où il fait la rencontre de jeunes ados issus des autres peuples (Jam, Winter, Ariana) ainsi que... de son frère, Nolan.

Le tome 1 concerne la découverte par Simon de son identité et d'une partie de l'histoire de sa famille. Par la suite, chaque épisode est centré sur un peuple animalgame, nos héros devant y récupérer une partie d'une puissante arme, pouvant permettre de régner sur l'ensemble des cinq peuples.

Si j'ai trouvé parfois l'histoire un peu trop enfantine à mon goût (mais il faut bien admettre que je n'appartiens pas au public visé, malgré mon éternelle jeunesse) (oh! ça va!), elle se complexifie nettement à certains moments, notamment lorsqu'on aborde les rapports de pouvoir entre les différents peuples animalgames et la façon dont certains personnages tentent de manipuler les autres. Cela nécessitera selon moi une bonne dose d'attention de la part des jeunes lecteurs. Nous verrons ce qu'en pensera le grand loulou (9 ans et demi). Il y a du Potter dans cette série (de jeunes ados, une école planquée, des humains "normaux" à qui il faut cacher l'existence des Animalgames, des missions à accomplir en cachette des adultes, des secrets de famille...), ce qui ne devrait pas lui déplaire. L'auteur n'épargne pas Simon, qui non seulement se met dans des situations périlleuses à force de foncer au lieu d'écouter les grandes personnes, mais doit aussi vivre avec les vieux mensonges de sa mère et les décisions qu'elle prend au fil de l'histoire.

Au fil des pages et des tomes, certains personnages secondaires prennent une place plus importante et sont davantage développés, ce qui n'est pas pour me déplaire. Nolan, par exemple, est un personnage très "satellitaire" au début, et les deux frangins sont dans une relation d'opposition, mais son rôle se développe dans le tome 3, et j'espère que l'auteure suivra cette voie par la suite. Chaque tome étant centré sur un peuple, le personnage qui en est issu se révèle également à cette occasion, et le lecteur en apprend ainsi plus sur sa vie, son enfance et le fonctionnement de son monde. Ainsi, le tome 3 nous emmène dans une cité sous-marine, ce qui est très différent des deux épisodes précédents. Chaque monde est construit et décrit, en lien avec la personnalité qu'on imagine être celle des animaux concernés, de même que l'organisation de la société (très militaire, dans le cas du monde sous-marin). La façon dont chaque peuple cache et protège la pièce qu'il détient lui est également propre, et les stratégies des uns et des autres se dévoilent au fil de l'histoire.

Ce choix de passer d'un peuple à l'autre est à mon sens un coup gagnant de la part de l'auteure, car on referme chaque livre avec l'envie d'ouvrir le suivant, pour savoir où vivent les autres Animalgames, quelle cachette et quels systèmes de défense ils ont imaginés, et qui sont réellement les compagnons de Simon. La série peut donc vite se révéler très addictive pour les amateurs du genre.

 

Merci aux éditions Michel Lafon

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20 décembre 2018

Porter sa voix. S'affirmer par la parole - Stéphane de Freitas

Porter sa voix

Nous n'avons jamais autant eu l'illusion de pouvoir nous exprimer sur tout, partout et tout le temps. Mais sommes-nous écoutés ? Pour que nos envies, nos rêves puissent exister ailleurs que dans notre esprit, il nous faut apprendre à prendre la parole en public, à défendre clairement nos idées et à instaurer le dialogue. Pourtant la pratique de l'oral reste une compétence peu enseignée dans notre cursus scolaire. Pour beaucoup d'entre nous, elle est source de fragilité sociale et professionnelle.
Stéphane de Freitas a créé et anime depuis 2012 des ateliers de prise de parole auprès de nombreux élèves et d'étudiants. Les résultats sont remarquables. En apprenant à puiser au fond d'eux la force d'un discours authentique, en s'initiant aux techniques oratoires, ils retrouvent confiance et se révèlent aux autres et à eux-mêmes.  


Développer la prise de parole chez les élèves. Ah ça ! pour parler, ils parlent... mais pas forcément quand on le leur demande. Avec certaines classes, je me dis parfois, avec un brin d'ironie, que le meilleur moyen d'obtenir le silence est encore de les évaluer à l'oral...

Blague à part...

Une grande part de notre enseignement repose sur l'écrit, plus que sur l'oral. Parfois pour de mauvaises raisons : taille des classes, hétérogénéité des groupes, résistance des élèves, manque d'assurance dans nos cotations, inadaptation des locaux... L'obstacle le plus important d'après mon expérience - toute relative - me semble avoir trait au manque d'audace, à une certaine timidité des élèves, voire à une réelle angoisse chez certains. Aussi grande gueule qu'ils puissent être dans le groupe, ils n'osent pas prendre la parole quand ils lui font face, notamment par peur du jugement des autres. Certains de mes élèves ont connu des parcours difficiles, faits d'échecs, de troubles de l'apprentissage, de difficultés en lecture, qui les bloquent totalement au moment de prendre la parole, ne serait-ce que pour se présenter ou parler brièvement d'un sujet qui les intéresse. Ce n'est pas la connaissance qui fait défaut, ni la mémorisation qui pose problème, mais la prise de parole elle-même.

D'autre part, les programmes ne nous aident pas toujours (je précise que j'enseigne en Belgique, où nous découvrons actuellement un nouveau programme, très axé sur l'argumentation, à la fois écrite et orale). Nous devons, entre autres compétences, amener les élèves à argumenter, mais dans une relation asymétrique . Autrement dit, en les plaçant dans une position d'infériorité, en situation de demande. Pas forcément passionnant pour eux, à 14-15 ans. Le caractère artificiel des situations d'apprentissage proposées ne les motive alors pas à prendre la parole en veillant à ce que leur message soit le plus clair, le plus convaincant possible... ni à écouter réellement l'autre pour ensuite réagir. 

Pourtant, c'est durant toute leur vie qu'ils devront par la suite s'exprimer correctement, qu'ils seront pénalisés par une communication bancale et une confiance en soi déficiente.

Sans aller forcément jusqu'à l'organisation d'un concours d'éloquence, les enseignants trouveront dans les différentes parties composant cet ouvrage des pistes de réflexion mais aussi des activités qui leur permettront de mettre l'oral davantage au centre de la classe. En proposant aux élèves de prendre conscience de la situation dans laquelle ils prennent place. En instaurant un peu plus d'écoute active, de bienveillance, d'empathie. 

On pourra sélectionner les pistes en fonction du groupe avec lequel on travaille (caractère des élèves, moment de l'activité, but poursuivi : brise-glace, préparation à un examen oral, à un entretien...) et en utiliser certaines dans le cadre de l'entrainement à l'argumentation en général, qu'elle soit orale ou écrite.

Un (gros) livre à découvrir pour la réflexion qui le porte, et à garder à portée de main pour enrichir et diversifier ses pratiques. J'avoue ne pas encore en avoir totalement fait le tour, et attendre de pouvoir d'y pencher de nouveau, à tête reposée, pendant les congés.

Merci à Babelio et aux éditions le Robert.

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16 décembre 2018

Mauvais genre - Isabelle Villain

Vous vous souvenez de mon toc? Celui qui dit de ne jamais lire une série dans le désordre? Pardonnez-moi, mes frères et soeurs toqués, car j'ai fauté. Mais rassurez-vous : tout s'est bien passé.

mauvais genre

Hugo Nicollini est un garçon différent des autres gamins de son âge. Un père brutal. Une maman protectrice. Un soir, il est témoin d'une dispute entre ses parents. Une de plus. Une de trop. Cette fois-ci, sa mère succombera sous la violence des coups.
Vingt-trois ans plus tard, l'équipe du commandant Rebecca de Lost enquête sur la mort d'une jeune femme, sauvagement poignardée dans son appartement. Pas d'effraction. Pas de vol. Pas de traces de défense. L'entourage de la victime est passé au crible, et l'histoire du petit Hugo va refaire surface bien malgré lui.

 

Mauvais genre est le troisième volet des enquêtes du commandant de Lost. Quelques allusions aux précédents romans sont faites ici (surtout vers la fin), mais tout est parfaitement lisible. Par contre, on risque un peu de se gâcher le suspense en attaquant "Peine capitale" après celui-ci. 

Bref.

C'est un page turner plutôt agréable et efficace que les éditions Taurnada m'ont permis de découvrir. Un bon page turner, parce que cette histoire m'a, à certains moments, menée en bateau, persuadée d'avoir découvert l'identité du coupable, titillée par le comportement d'un des protagonistes, avant finalement de me laisser sagement conduire vers la vérité. 

Le récit mêle plusieurs enquêtes, entre un assassinat isolé, le retour d'un serial killer et des menaces visant le commandant Rebecca de Lost. Si elle tire sur quelques ficelles connues (une équipe qui se cherche encore, entre anciens et nouveaux coéquipiers pas forcément sur la même longueur d'onde, et une héroïne qui doit refaire sa vie après la perte de son mari), l'auteur a par contre choisi un thème (me semble-t-il) tout à fait inédit (que je passerai volontairement sous silence, pour garder un minimum de suspense sur la première partie du roman). C'est pour moi le gros point fort de ce roman, en plus d'une intrigue maitrisée.

Seul vrai bémol pour moi : l'aspect un peu artificiel de certains dialogues entre flic et expert, qui donnent malheureusement l'impression de lire un page de manuel. Je comprends tout à fait la nécessité d'apporter ces informations, à la fois au lecteur et à l'enquêtrice, mais j'ai trouvé que ça manquait un peu de subtilité. 

Ceci mis à part, c'est une très chouette découverte, et je pense lire la suite parce que la fin m'a clairement laissée sur ma faim (oh! ça va...). Quant à lire les deux premiers volets, pourquoi pas, mais je vais d'abord me laisser le temps d'oublier ce que j'ai appris les concernant.

Merci aux éditions Taurnada.

 

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07 novembre 2018

Trois fois la fin du monde - Sophie Divry

divry

Ça commence comme un roman noir : Joseph Kamal, arrêté lors d'un braquage manqué au cours duquel son frère a été abattu, découvre la prison, ses occupants, sa violence. Première fin de son monde.

Ça se poursuit comme un roman post-apocalyptique, tendance nature writing (on pense à "Dans la forêt" de Jean Hegland) : après une catastrophe nucléaire, une partie de la France est vidée de ses habitants. Deuxième fin du monde. L'occasion pour Joseph de repartir de zéro, en se terrant dans une maison abandonnée, profitant, dans un premier temps, des potagers délaissés et des provisions laissées sur place. Il n'a d'ailleurs pas vraiment le choix : il sait que, s'il rejoint la civilisation, il devra terminer de purger sa peine.

Le temps passant, ce qui était au départ une obligation, sa seule chance de rester libre, devient un plaisir : le goût de la liberté retrouvée. Le temps d'observer la nature qui l'entoure. La fierté de faire pousser ses propres légumes, de se coucher fatigué d'avoir jardiné. S'il peste bien sur la difficulté de ces tâches toujours à recommencer, il s'accroche, prenant goût à cette vie d'ermite, redécouvrant la nature dont la prison l'avait privé. 

Le temps passant toujours, l'hiver s'installant, la (sur)vie devient pourtant de plus en plus difficile... 

C'est un récit tout en intériorité, en introspection, en monologues, à partir du moment où Joseph passe de l'enfermement à la liberté. Un récit empreint d'une telle solitude, qu'on s'attendrait presque à le voir parler à une boîte de cassoulet pour briser ce silence qui n'en finit pas. J'exagère, c'est vrai. Mais je n'étais pas loin de trouver tout ce silence oppressant; je pense que je deviendrais vite folle, dans la même situation. Joseph, cependant, sort de prison et goûte donc ce calme et cet isolement autant qu'il le peut, après la violence et l'humiliation. Malgré tout, le manque de nouvelles du monde extérieur, de contacts, de chaleur, lui pèse.

Il y a quelque chose de poétique, d'hypnotique, dans la partie principale de ce roman. Une ode à la nature, un remerciement pour ce qu'elle nous offre - nourriture et ressourcement - doublé d'une mise en garde. Il m'est venu des envies de m'étendre dans l'herbe, de refaire des confitures, d'apprendre les arbres et les oiseaux. Avant qu'il ne soit trop tard? 

 

C'était le cru 2018 des Matchs de la Rentrée Littéraire #MRL18 #Rakuten

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03 novembre 2018

Rubiel e(s)t moi - Vincent Lahouze

" Si je devais me souvenir d'une chose, d'une seule chose, ce serait la vision des murs gris de l'Orphelinat du Bienestar de Medellin et des portes qui claquaient lorsque nous courions dans les couloirs, le bruit sourd de mes pieds nus sur le parquet de bois délavé et poussiéreux. Oui, d'aussi loin que je me souvienne, la couleur n'existait pas. 
Je suis né en Colombie, à la fin de l'année 1987, mais je n'ai commencé à vivre qu'en 1991. "

 

Rubiel e(s)t moi, c'est n'est ni tout à fait un roman, ni tout à fait une autobiographie. Ce n'est ni totalement la réalité vraie, ni l'imagination débridée. C'est à la fois une autobiographie fictive, et une fiction potentiellement autobiographique.

On s'est tous un jour demandé qui on aurait pu être, ce qu'on aurait pu devenir, si on n'avait pas rencontré telle personne, suivi tel chemin. Cette question est d'autant plus importante dans le cas de Rubiel. Ou de Vincent. Que serait devenu ce petit garçon, s'il n'avait pas été adopté? Quel chemin aurait-il suivi, quelles personnes aurait-il rencontrées, quelle vie aurait-il pu construire?

C'est un grand écart que Vincent Lahouze réalise et nous propose de lire. Un grand écart entre ses deux mères, ses deux pays, ses deux langues. Entre ses deux prénoms et ses deux vies.
Il pose en filigrane les questions que l'on se pose forcément à propos de l'adoption : Comment fait-on pour devenir un autre du jour au lendemain? Comment peut-on s'opposer à ses parents, à l'adolescence, tout en reconnaissant qu'il nous ont sorti d'une vie de misère?
Mais il va plus loin, imaginant la vie de Rubiel-resté-en-Colombie et la juxtaposant à celle de Rubiel-devenu-Vincent-en-France. Peut-être faut-il s'autoriser à imaginer la vie qu'on n'a pas vécue pour pouvoir entrer dans celle qui nous a été offerte? Peut-être faut-il accepter d'avoir été choisi - et pas l'autre - pour se sentir pleinement à sa place? Peut-être aussi faut-il qu'une (belle) histoire d'amour se termine pour qu'une nouvelle (magnifique) puisse s'écrire? 

De Vincent Lahouze, grâce aux réseaux sociaux, je connaissais un peu le parcours et les publications parfois à fleur de peau J'appréciais ses textes courts, sensibles et engagés. Je dois bien admettre que j'étais à la fois impatiente et inquiète, à l'idée de le découvrir en tant qu'auteur de roman. Et s'il ne tenait pas la distance? Si l'exercice d'un premier roman est bien sûr différent, si certaines phrases sont parfois un peu bancales, j'ai beaucoup aimé ce texte. J'ai aimé y retrouver son émotion et sa hargne, des doutes et ses espoirs, ses petits pas en avant et ses rencontres. Et puis sa sincérité.
J'ai cependant nettement moins accroché aux chapitres consacrés à Rubiel, sans doute en raison de leur caractère fictif. Je pense que j'ai eu besoin d'opter pour un angle de lecture - soit autobiographique, soit fictif - pour ne pas perdre en cohérence : on ne lit pas un roman comme on lit une autobiographie, et là clairement, c'est l'histoire de Vincent qui a pris le dessus pour moi. Peut-être me faudrait-il relire uniquement ces chapitres-là, comme un "vrai" roman, pour gagner en cohérence et en fluidité. [J'avais eu un peu le même problème avec La part de l'autre d'EE Schmitt, dans lequel j'avais involontairement choisi la voie de la fiction]

Ce livre est à l'image de son auteur (sensible, vrai, tourmenté) et de cette photo qu'il a publiée dernièrement (à la date anniversaire de son adoption) : celle d'un petit garçon, dans une chambre d'hôtel, qui ne s'appelle plus tout à fait Rubiel et pas encore tout à fait Vincent, et qui se salue dans un miroir comme s'il se voyait - déjà - dans une vie qui n'existe désormais plus. 

 

Merci aux éditions Michel Lafon ! 

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07 mars 2018

Une longue impatience - Gaëlle Josse

josse impatience

Ce soir-là, Louis, seize ans, n’est pas rentré à la maison. Anne, sa mère, dans ce village de Bretagne, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, voit sa vie dévorée par l’attente, par l’absence qui questionne la vie du couple et redessine celle de toute la famille. Chaque jour, aux bords de la folie, aux limites de la douleur, Anne attend le bateau qui lui ramènera son fils. 

 

De Gaëlle Josse, j'avais lu Le dernier gardien d'Ellis Island, qui m'avait enchantée. Par son histoire, ses personnages et son écriture. J'étais impatiente, et presque inquiète, de la retrouver, tant les attentes étaient élevées. Mais toute inquiétude était inutile, parce que c'est un vrai petit bijou qu'elle nous propose cette fois. Un bijou de délicatesse, d'émotions et d'amour. Au fil de ce roman court - mais intense - elle égrène les heures, les jours, les semaines et les mois d'attente et d'espoir. Anne se souvient de l'enfance de Louis, de la disparition de son mari, de son remariage et de la relation conflictuelle entre le fils et le beau-père, entre lesquels elle peinait à s'imposer. Elle écrit à Louis des lettres dans lesquelles elle imagine leurs retrouvailles, qu'elle met en scène autour d'une table, recouverte de ses plats et desserts préférés, entourés de ceux qui voudront fêter avec eux le retour tant attendu du jeune homme. Et chaque jour, par tous les temps, elle l'attend; elle quitte la maison, et va voir si un bateau s'annonce. 

J'ai été bouleversée par ce roman, et ce n'est pas que parce que je suis la mère d'un Louis qui grandit trop vite qu'il m'a à ce point happée. Bouleversée par ce personnage qui vit notre (ma) plus grande peur. Par ce petit - puis grand - bonhomme qui accepte trop longtemps en silence avant de choisir la seule voie qu'il semble déceler. J'ai été touchée cette fois encore par la plume de Gaëlle Josse, en apparence si simple, mais délicate et travaillée, et qui dit tout. Avec retenue, avec subtilité, elle raconte tout de la fragilité, de l'angoisse, de l'espoir, de l'impuissance et de la culpabilité de cette mère qui nous représente toutes. Le vide au creux du ventre augmente au fil des pages, en même temps que le souhait d'accompagner Anne, de rester à ses côtés pendant qu'elle fixe l'horizon, de lui offrir juste le soutien d'une présence pour affronter l'absence. Entre tendresse et douleur, délicatesse et coup au coeur, Gaëlle Josse tisse un portrait de femme et de mère qui risque bien de me suivre longtemps. 

 

Merci à Babelio et aux éditions Noir sur Blanc pour cette petite merveille.

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28 février 2018

Emma dans la nuit - Wendy Walker

Emma nuit

Deux sœurs disparaissent. Trois ans plus tard, une seule revient. Dit-elle toute la vérité ?
Emma, 17 ans, et Cass, 15 ans, sont les sœurs Tanner, devenues tragiquement célèbres depuis leur inexplicable disparition. Après trois ans d'absence, Cass frappe à la porte de chez ses parents. Elle est seule. Elle raconte comment sa sœur et elle ont été victimes d'un enlèvement puis retenues captives sur une mystérieuse île.

Première découverte de cette auteure qui a semble-t-il déjà fait parler d'elle, ce thriller psychologique fait plutôt bien le job, vous poussant à élaborer toute une série d'hypothèses au fil de la lecture. Avec Cass, on plonge dans les eaux (très) troubles d'une famille (très) dysfonctionnelle chapeautée par une mère (complètement) barrée. Une mère narcissique, qui ne vit en gros que pour s'entendre dire qu'elle est la meilleure épouse, la plus belle, la meilleure mère, la plus chouette, la meilleure belle-mère, la plus sexy, bref la meilleure, mais qui voudrait (faire) croire que c'est sa fille enfin retrouvée qui devrait consulter. L'essentiel du roman tourne donc autour de cette femme odieuse et dangereuse, et on se demande franchement comment ses filles ont réussi à ne pas fuguer (ou l'étrangler) avant même de quitter l'école primaire. 

L'auteur tisse sa toile, patiemment, en même temps que Cass déroule le fil de ses souvenirs, tantôt ceux de son enfance, tantôt ceux de sa disparition, convoquant tour à tour son frère, son beau-frère et ses ravisseurs. On voit les personnages perdre pied, se disputer, se manipuler, et on comprend vite que tout, dans cette famille hautement toxique, n'est que calcul et apparence. 

Au final, Emma dans la nuit s'avère un roman dans lequel j'ai aimé me perdre, que j'ai laissé jouer avec moi, mais qui, très honnêtement, m'a paru un peu trop long et répétitif dans sa structure pour que j'en profite pleinement, même si je comprends bien la démarche de l'auteure et la façon dont elle devait le construire.  

Merci à Babelio et aux éditions Sonatine de m'avoir privée de quelques précieuses heures de sommeil 😉

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23 février 2018

Entre deux mondes - Olivier Norek

entre deux mondes

Énorme retard pour la publication de mon avis sur ce roman. Parce que ce billet a longtemps été impossible à écrire, parce que les mots ne venaient pas...

L'année passée, plus ou moins à la même époque, je parlais d'un livre qui avait - un peu - changé ma vie. J'aurais voulu qu'il en soit de même cette fois aussi. J'aurais voulu transformer cette nausée, cette colère, ce coup de poing à l'estomac, cette boule au ventre et dans la gorge en quelque chose de concret, d'utile, d'important. J'aurais voulu pouvoir mettre à l'abri un de tous ceux-là. Rien qu'un. Rien qu'une nuit. J'aurais voulu qu'il passe une nuit au chaud, qu'il puisse dormir sur ses deux oreilles, sans devoir surveiller ses affaires, après une douche chaude. Et revenir, au besoin. Je n'ai pas réussi. Je n'ai pas su imposer cette envie, ce besoin, face à l'éloignement avec la capitale, le manque de chambre d'ami, de matelas, de solution assurée pour le retour quand je pars très tôt le matin pour le boulot. Je n'ai rien; je n'ai pas de solution pour dépasser cette colère qui me bouffe un peu plus chaque jour et ce dégoût croissant pour mon pays et ses dirigeants. 

Les migrants de la Jungle de Calais sont entre deux mondes. Entre leur pays en ruines ou en sang et cet ailleurs rêvé qui se dérobe sans cesse. Coincés dans une sorte de purgatoire dans lequel ils n'existent plus vraiment, dans une zone en marge de tout, plus tout à fait la France, pas encore l'Angleterre, une zone de non-droit où la police n'entre pas. Parce qu'intervenir, ce serait reconnaître leur présence, leur existence. A l'intérieur, des hommes et des femmes qui n'en peuvent plus d'essayer, et de désespérer. Autour, d'autres hommes et femmes qui tentent de maintenir un semblant d'humanité, entre soins médicaux, repas et vêtements chauds. Un peu plus loin, des policiers... et des camionneurs. Les premiers tentant tant bien que mal de trouver un sens à leur mission, de concilier les ordres et la réalité, les seconds de sauver leur boulot. Comment espérer échapper à la violence dans ces conditions... La Jungle de Calais, c'était tout ça. Ça l'est encore, même si ce n'est plus la Jungle. Et le parc, c'est ça aussi.

Entre deux mondes est un roman dont on ne sait que trop qu'il n'est pas totalement une fiction. Que ses personnages ont les visages, les passés, les peurs et les espoirs de milliers d'autres. Qu'ils transportent avec eux le souvenirs de tous ceux qui n'ont pas survécu. Un roman qui rappelle qu'un petit garçon s'est échoué sur une plage, qu'un jeune homme a voulu traverser l'autoroute pour ne pas être arrêté, pour ne pas être renvoyé, et que chaque soir des centaines d'autres espèrent juste tenter leur chance. Un roman aussi poignant et suffoquant que cette réalité est insupportable et l'Europe indigne.

La boule dans la gorge est toujours là, les réfugiés aussi - démantèlement ou pas - mais mes mots ne suivent pas. Alors, comme un écho au roman, et parce que lui les a trouvés, les mots de Laurent Gaudé :

                                                      Ci gît la France qui n'a pas le courage de ses valeurs.
                                                      Ci gît l'Europe et mon âme
                                                      D'avoir vu votre misère.
                                                      Ci gît un peu de l'homme d'où qu'il soit,
                                                      Car en ces terres le mot "frère" a été oublié.
                                                      Et lorsque les pelleteuses auront fait place nette,
                                                      Lorsqu'elles auront piétiné ce que vous avez patiemment construit
                                                      Elles s'apercevront peut être,
                                                      Mais trop tard,
                                                      Que ce sur quoi elles roulent,
                                                      Ce qu'elles tassent,
                                                      Et font disparaître,
                                                      C'est notre dignité.

                                                                                   (Notre-Dame-des-Jungles, De sang et de lumière)

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27 novembre 2017

Comment je suis devenu Malcolm X - Ilyasah Shabazz

MalcolmX_

Je m'appelle Malcom. Je suis le fils de mon père. Et ils seront toujours à mes trousses. Mais je ne plierai jamais.

 

Biographie romancée écrite par la fille du militant des droits des Afro-Américains, ce roman se situe avant que Malcom Little devienne Malcom X. C'est toute son enfance et sa jeunesse qui nous sont ici racontées, depuis la mort de son père, militant, prêcheur, assassiné par une branche du Klu Klux Klan jusqu'à sa découverte de Nation of Islam en prison et à sa conversion. De son père, il a gardé le souvenir obsédant de ses prêches (Debout, puissante race...) et le sentiment d'avoir été abandonné. En pleine Dépression, sa mère ne parvient plus à joindre les 2 bouts pour élever ses nombreux enfants. Lorsqu'elle est internée, Malcolm est séparé de ses frères et soeurs et placé en famille d'accueil, avant d'être recueilli par sa demi-soeur. On suit ainsi l'adolescent qui passe d'une petite ville de l'Amérique profonde, dans laquelle son intelligence et son ambition se heurtent - ségrégation oblige - au fait de "n'être qu'un Nègre" à Boston, puis Harlem. Goûtant à une certaine liberté, à l'argent facile et à l'alcool, puis à la drogue, il se détache peu à peu de l'éducation qu'il a reçue et ses préceptes de son père. Ce père qui lui avait tant répété qu'il pouvait devenir qui il voulait, faire ce qu'il voulait, forgeant sa volonté et sa détermination, autant que son désenchantement peut-être. C'est qu'à l'époque, lynchages, intimidation et humiliation pouvaient stopper bien des rêves.

Quelques 430 pages, donc, sur la jeunesse, les espoirs et les errements de celui qui allait devenir Malcolm X - ou El-Hajj Malek El-Shabazz - avant d'être assassiné à 40 ans. Et je dois bien avouer qu'elles m'ont paru parfois bien longues, ces pages. Pas inintéressantes, mais très détaillées sur certains aspects qui, peut-être, me passionnaient moins. A vrai dire, je pensais que Malcolm X serait également abordé, mais l'histoire s'arrête à sa "naissance". La fin m'a semblé extrêmement rapide par rapport aux années qui ont précédé, et j'ai trouvé cet empressement dommage, parce que c'est peut-être la période qui m'aurait le plus intéressée, personnellement.

Néanmoins, j'ai apprécié cette lecture, notamment pour l'arrière-plan historique, sa description de la vie des Afro-Américains dans les années 40 dans le nord des États-Unis. C'est aussi un bel hommage d'une fille à son père, elle qui dut - tout comme lui - se construire avec son absence.

 

Merci à Babelio et aux éditions Bayard

 

Rentrée Littéraire 2017 #10

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16 novembre 2017

Sa mère - Saphia Azzeddine

Sa mère

Marie-Adélaïde, née sous X, a la rage au ventre  ; elle a un destin, mais ne sait pas encore lequel. Pas celui de caissière à La Miche Dorée. Pas non plus celui de ses rares copines, certaines connues en prison, d’autres camarades de galère et d’errance.


Voila bien 2 ans que les copines hurlent à la pleine lune pour que je lise Bilqiss. J'ai promis-juré, et j'en ai bien l'intention... mais vous connaissez la dure loi de la PAL : il y a toujours un petit nouveau qui passe sous le nez du livre qui attend sagement. Bref, c'est avec Sa mère que j'ai finalement découvert Saphia Azzeddine (envie de la découvrir autrement que via la vision tronquée et quasi-insultante d'un certain petit roquet, aussi...) et c'est entre deux corrections et une biographie de Voltaire (sa vie, son oeuvre, sa meuf, diraient mes élèves) que je trouve enfin le temps de poster un minuscule billet (pourquoi diable les journées ne font-elles toujours pas 48h?).

Marie-Adélaïde, donc. Abandonnée à la naissance, pas très heureuse dans sa famille d'accueil, un passage par la case prison, et un boulot plus alimentaire que passionnant à La Miche dorée, qu'elle laisse un jour tomber pour devenir la nounou un peu grande gueule des enfants de la Sublime, bourgeoise alliant classe et moyens. Des moyens, sa mère biologique devait en avoir également, si elle en croit la marque du doudou avec lequel elle a été confiée à l'assistance publique. Marie-Adélaïde décide donc un jour de se mettre en quête de cette mère et de sa propre identité. C'est qu'elle a du mal à trouver sa place, entre ce X qui l'obsède, ce prénom qui la place en marge du milieu dans lequel elle évolue mais qui n'est pas suffisant pour se faire une place dans la bourgeoisie. Mais elle a de la volonté, et un sacré culot.

Les copines (toujours elles) m'ont dit avoir préféré Bilqiss. Je ne peux bien sûr pas comparer, mais j'ai en tout cas vraiment aimé cette façon qu'a Saphia Azzeddine de dégommer tout ce qui passe à sa portée (sauf qu'elle ne s'en prend qu'à des personnages de papier, elle), son franc-parler et son cynisme. Les pensées de Marie-Adélaïde ne suivent pas un fil très linéaire, mais l'écriture est tellement vivante et agréable que ça se lit vraiment facilement et avoir plaisir. Par contre, j'ai trouvé qu'elle restait un peu trop en surface et n'ai pas vraiment accroché à la fin. Mais j'ai (heureusement) toujours Bilqiss qui m'attend, pour retrouver son écriture avec un personnage et un contenu plus forts visiblement que dans ce dernier roman.

Merci à NetGalley qui m'a permis de découvrir cette auteure !

 

Rentrée Littéraire 2017 #9

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