Ce que Marguerite lit

18 septembre 2017

Hôtel Grand Amour - Sjoerd Kuyper

Hôtel grand amour

Au moment où Vic, 13 ans, marque le but qui qualifie son équipe, son père s’effondre, victime d’un infarctus. Il est emmené d’urgence à l’hôpital et Vic et ses trois soeurs doivent alors gérer seuls l’hôtel familial. Très vite, c’est le grand n’importe quoi ! Les clients s’enfuient, les créanciers débarquent : il ne reste plus que quinze jours pour sauver l’hôtel ! Sans rien dire à leur père…

 

Hôtel Grand Amour est un petit roman court, qui se lit rapidement, mais qui aborde pas mal de sujets plus ou moins graves. Un peu trop, peut-être? En effet, entre le deuil de la mère, vécu différemment par chacun des enfants, l'hospitalisation du père, les rapports entre frère et soeurs, les premières amours, la prise de responsabilités, les difficultés financières, l'amitié, l'envie de réaliser ses rêves, les thèmes sont vraiment très nombreux.

Le résultat? J'ai eu l'impression que ça partait dans tous les sens, sans entrer en profondeur dans les thèmes abordés. Il est vrai qu'il s'agit d'un roman jeunesse, d'où le fait que l'auteur n'a peut-être pas toujours souhaité creuser aussi profondément que je l'aurais voulu, moi, lectrice adulte et sans doute mieux armée. Sans doute a-t-il voulu garder une certaine légèreté, malgré les thèmes abordés, et proposer une lecture majoritairement récréative. Mais du coup, ça m'a un peu perturbée et j'ai eu du mal à y entrer complètement. Ça a eu pour effet, en ce qui concerne, une réelle impression de manque de réalisme, à la fois sur le plan de l'histoire et des personnages, auxquels je n'ai pas réussi à croire. Autant dans des romans relevant d'autres genres, ça peut ne me poser aucun problème, autant dans un récit qui aborde des problématiques très précises et réelles, ça me perturbe vraiment. J'ai besoin de me sentir aux côtés des personnages dans ce genre d'histoire, de leur sentir une réalité, et là ce n'était pas le cas.

Reste qu'on y trouve également beaucoup de tendresse, d'humour et même un côté carrément loufoque qui détendra sans doute l'atmosphère pour les jeunes lecteurs (mais qui n'est pas forcément ma tasse de thé). L'originalité du roman tient dans sa narration : Vic raconte son histoire sur magnétophone, et ce récit est interrompu de temps en temps, après coup, par son amie Isabel, qui ajoute ses commentaires ou des précisions qu'elle juge nécessaires.

J'en retiendrai surtout la volonté de mettre ces thèmes difficiles à portée des jeunes lecteurs (pré-adolescents, idéalement), un optimisme à toute épreuve, et un jeune héros plutôt attachant dans sa volonté de gérer sur tous les fronts et de protéger son père et sa famille. Néanmoins, le décalage entre les sujets abordés et le rythme hyper-rapide m'a dérangée.

 

Merci aux éditions Didier Jeunesse et à NetGalley pour ce roman qui paraîtra le 11 octobre. 

 

Rentrée Littéraire 2017 #4

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16 septembre 2017

L'aube sera grandiose - Anne-Laure Bondoux

aube grandiose

 

Titania emmène sa fille, Nine, 16 ans, dans une mystérieuse cabane au bord d'un lac. Il est temps pour elle de lui dévoiler des événements de sa vie qu'elle lui avait cachés jusqu'alors.

 

Alors qu'elle se prépare à assister à la fête du lycée, Nine est enlevée par sa mère. Les voici en route pour une cabane cachée au bord d'un lac. Le long trajet s'est fait dans le silence boudeur, Titania refusant d'expliquer à sa fille leur brusque départ. Ce n'est qu'une fois arrivées à destination, à la tombée de la nuit, qu'elle commence à lui raconter l'histoire de sa famille. Nine se découvre ainsi une famille : une grand-mère et deux oncles, qu'elle rencontrera enfin lorsque sa mère sera parvenue au bout de son récit. 

Le roman alterne les chapitres au présent - Nine, râlant sur l'absence de réseau et sa batterie à plat, tentant de nouer les fils, de comprendre pourquoi sa mère a choisi cette nuit-là pour sortir du silence - et au passé - Titania déroulant son enfance, entre sa mère célibataire et fantasque et ses frères, au gré des rencontres et des déménagements. Elles ont la nuit devant elles, et ce n'est que lorsque le soleil se lèvera que Nine connaitra le fin mot de l'histoire. De son histoire.

Étrange sensation que cette lecture, réalisée quasi en temps réel. J'ai en effet profité d'une insomnie pour lire pendant une bonne partie de la nuit, et terminé ce roman alors que le jour se levait. Est-ce que ces circonstances ont joué dans mon ressenti? Peut-être. Je me suis en tout cas totalement plongée dans cette lecture. J'ai adoré Titania, et sa famille follement attachante. J'ai assisté à des matchs de foot, à des sorties en vélo. J'ai partagé leurs rencontres, leurs séparations, leurs frustrations, et les secrets de Rose-Aimée. L'alternance entre les époques a bien sûr contribué à me faire entrer davantage dans l'histoire, me poussant à lire toujours un autre chapitre. On n'est pas loin de l'envoutement, avec cette histoire.

Et lorsque l'aube s'est finalement levée, j'ai regretté que l'histoire s'achève là, j'aurais voulu les accompagner encore un bout de chemin (et je me suis rendormie une heure, quand même). 

Note particulière pour les illustrations de Coline Peyrony, la fille d'Anne-Laure Bondoux, qui contribuent à nous replonger au coeur des années 80.

 

Merci aux éditions Gallimard Jeunesse pour cette très belle découverte.

 

Challenge Rentrée Littéraire 2017 #3

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26 août 2017

Le jour d'avant - Sorj Chalandon

lejourdavant

"J'allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, mort en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J'allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n'avaient jamais payé pour leurs crimes."

Michel a vécu son enfance dans un bassin minier, entre un poster de Steve McQueen et Joseph, ce frère aîné admiré, adulé, devenu mineur contre la volonté de son père. Ce grand frère qui lui ramenait toujours son "pain d'alouette" et se noircissait peut-être les ongles un peu plus que nécessaire pour lui offrir le plaisir de les nettoyer. Mais un matin de 1974, après la trêve de Noël, une explosion tue 42 mineurs. Joseph, mort seulement après quelques jours de coma, est exclu de la liste officielle des victimes. 

J'ai grandi dans une région riche de son passé minier. On voyait des terrils en allant à la piscine, des corons en allant à l'hôpital, et un châssis à molettes au Pass. On avait plein de copains italiens dont certains étaient là en partie à cause des "accords charbon". Mon arrière-grand-père et mon grand-père sont descendus, parmi tant d'autres. En juin dernier, j'ai enchaîné en quelques jours la visite de l'ancien charbonnage de Bois-du-Luc et une remise de diplômes organisée dans l'enceinte du Bois du Cazier (où un incendie entraîna 262 morts le 8 août 1956). Deux lieux impressionnants, chargés d'histoire... et d'histoires. Deux lieux dans lesquels je me suis demandé, comme à chaque fois, comment ces mineurs avaient pu survivre à cette noirceur, cette poussière, cette chaleur suffocante, cette absence totale de lumière. Des visites et des explications qui ont presque provoqué chez moi un sentiment de claustrophobie, et une infinie sympathie pour ces hommes et ces gamins qui vivaient pratiquement en vase clos, le charbonnage mettant tout en oeuvre pour les empêcher de quitter son enceinte - ne serait-ce que pour assister à la messe - et les plaçant sous une surveillance quasi constante.


Je vous ai déjà dit ici tout le bien que je pense de Chalandon et de son écriture. Dire que j'attendais ce nouveau roman avec impatience serait bien en-deçà de la vérité (ma libraire en sait quelque chose...). Est-ce le thème ou la proximité avec ces visités? Je suis en tout cas à deux doigts de crier au génie.

J'ai littéralement dévoré ce roman qui s'appuie sur une histoire vraie. La catastrophe de Liévin a réellement eu lieu, le 27 décembre 1974, dans laquelle 42 mineurs ont perdu la vie. Cette catastrophe était évitable, elle était due aux conditions de travail des mineurs, toujours obligés d'en faire plus avec moins de protection, pour plus de profit. On sent la rigueur du journaliste, dans la description des événements et des conditions de vie et de travail. Le reste, les personnages, leur histoire, le basculement du récit social au roman psychologique, est l'oeuvre de l'écrivain. Et quel écrivain ! J'ai retrouvé dans ce roman tout le talent narratif de Sorj Chalandon, son humanité, sa sensibilité, la nostalgie que j'avais déjà ressentie à la lecture de Profession du père. Comme dans ce dernier roman, j'ai eu envie de me glisser au milieu des familles, devant les grilles, de m'approcher de Michel et de Sylwia. J'ai eu envie de dire à Cécile de s'accrocher encore un peu, pour Michel, parce que sans elle il allait ou dépérir ou péter un plomb. On plonge alors dans l'obsession de ce frère qui s'est juré, un jour, de se venger de la mine. Et malgré tout ce que son projet peut avoir de répréhensible, on ne peut s'empêcher de rester à son coté, de le comprendre et de l'accompagner jusqu'à son procès.

Michel veut venger son frère, ses collègues, sa famille, et finalement c'est à l'ensemble des mineurs d'ici et d'ailleurs que ce livre rend hommage. Tous ceux que la mine a tués, directement ou indirectement. Tous ceux qui n'auront pas profité de leur pension, de leur famille, qui auront respiré du charbon jusqu'à leur mort, les poumons bouffés par la silicose.

Ce roman m'a bouleversée, chamboulée, autant par son histoire et sa narration que par la touche de son auteur. Pour tout vous dire, j'ai (brièvement) envisagé de filer à Besançon mi-septembre pour le rencontrer (brièvement, parce que non, ce n'est pas franchement envisageable). Oui, décidément, cet homme est un génie, qui insuffle dans ses romans quelque chose de particulier, quelque chose de l'ordre de l'humanité. Une âme, tout simplement. 

 

Edit après une superbe - bien que trop courte - rencontre avec l'auteur : 
Je vous conseille vraiment de foncer le rencontrer et l'écouter si vous en avez l'occasion. Sorj Chalandon met autant d'émotions dans ses rencontres que dans ses romans. De l'émotion, mais aussi de l'intérêt pour son interlocuteur, et une rage qui fait du bien. J'aurais pu l'écouter pendant des heures... Je suis repartie heureuse, émue, les larmes aux yeux (et totalement incapable de lire un autre auteur pendant une semaine). J'aimais ses livres, j'admirais l'auteur, j'ai découvert l'homme et je l'aime encore plus à présent. C'est ma plus belle rencontre (on sait pourtant qu'il y en a eu, et notamment d'auteurs qui comptent beaucoup pour moi) et je pense sincèrement qu'aucune ne l'égalera. 

 

Challenge Rentrée Littéraire 2017 #2 (et premier coup de coeur!)

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22 août 2017

La salle de bal - Anna Hope

lasalledebal

  

Lors de l'hiver 1911, l'asile d'aliénés de Sharston, dans le Yorkshire, accueille une nouvelle pensionnaire : Ella, qui a brisé une vitre de la filature dans laquelle elle travaillait depuis l'enfance. Si elle espère d'abord être rapidement libérée, elle finit par s'habituer à la routine de l'institution. Hommes et femmes travaillent et vivent chacun de leur côté : les hommes cultivent la terre tandis que les femmes accomplissent leurs tâches à l'intérieur. Ils sont néanmoins réunis chaque vendredi dans une somptueuse salle de bal. [...]

 

L'asile de Sharston se veut à la pointe du progrès, en ce début du 20ème siècle : encadrement par un personnel nombreux, vastes terrains et fermes lui permettant de vivre en auto-suffisance et de faire travailler ses nombreux pensionnaires, et même - incongruité notable - une somptueuse salle de bal. Cette salle, c'est l'endroit le plus grandiose de l'asile, au point qu'elle a, dès son arrivée dans l'établissement, tapé dans l'oeil de Charles, jeune médecin aux idées plutôt modernes, féru de musique et bien décidé à laisser son nom à la postérité. Il se propose d'étudier l'effet de la musique sur le comportement des aliénés, d'abord en jouant du piano dans la salle commune, puis en réunissant autour de lui d'autres membres du personnel, lors d'un bal hebdomadaire auquel ne sont conviés que les malades jugés irréprochables... ou sans danger. 

C'est à la faveur de ces bals qu'Ella rencontre John, Irlandais mélancolique dont elle se rapproche peu à peu. Parallèlement, elle se lie à Clem, dont l'appartenance sociale et la culture détonnent un peu dans cet asile.

Il est beaucoup question de médecine, de folie et de norme dans ce roman. De musique et de littérature. De rapport de force et de vulnérabilité. De la place de chacun aussi, notamment des femmes. Ah! cette hystérie à laquelle elles sont soumises par leur nature-même... Il est question de normalité et d'apparence. Celle qui permet de faire croire que l'on va mieux, pour espérer sortir; celle qui pousse à se laisser enfermer, pour trouver un peu de paix. Ella a bien compris ce qu'on attend d'elle. Elle est prête à jouer le jeu, si ça lui permet de revivre un peu, plus tard. 

Mais il en est qui jouent un jeu plus dangereux, et notre jeune psychiatre ne manie pas que les partitions. Dans une Angleterre en crise, en proie aux grèves, aux difficultés d'approvisionnement, et en butte aux préjugés, il se laisse séduire par l'eugénisme et se rapproche de plus en plus dangereusement du ravin. 

J'ai beaucoup aimé ce roman. J'ai trouvé passionnante sa trame de fond, et le mouvement de répulsion qu'il provoque. L'écriture rend bien l'atmosphère suffocante dans laquelle végètent ces malades, le manque de liberté, le sentiment d'être prisonnier d'un diagnostic à la lueur duquel leur comportement ne pourra qu'être interprété. On suit le basculement progressif d'un personnage de prime abord ouvert et tolérant, dont la folie supplante peu à peu celle des pauvres bougres qui lui sont confiés. J'ai aimé les démons et le calme de John, la fragilité apparente et la motivation d'Ella, Clem et ses livres (même si je l'ai un peu perdue en cours de route). 

Il est question de folie et de norme, disais-je. Mais qui peut dire où finit la normalité, où commence la folie?

En bref, j'ai apprécié le sujet très intéressant et interpellant de ce roman, ainsi que l'écriture de Anna Hope qui était une découverte pour moi. Seul bémol en ce qui me concerne : je n'ai pas été convaincue par tous les personnages, en tout cas pas jusqu'au bout.

 

Merci à Babelio et aux éditions Gallimard pour cette belle découverte. 

 

ChallengeRL2017

Challenge Rentrée Littéraire 2017 #1

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21 juillet 2017

Martha ou la plus grande joie - Francis Dannemark

Martha

Martha et Martin sont frère et soeur. La première a perdu une large part de sa mémoire lors d'un accident domestique, le second, traducteur, tente désespérément de joindre un auteur irlandais, devenu ami et récemment accusé de plagiat. Tous deux sont en route pour un petit village des bords de l'Yonne, à la demande d'une vieille amie de leur père, dont elle souhaite leur remettre des souvenirs.

Quel meilleur moment que ce début d'été pour se plonger dans le nouveau roman de Francis Dannemark... Installez-vous au jardin, à l'ombre d'un arbre. Si le bruit d'un ruisseau vous accompagne, c'est encore mieux : vous aurez l'impression de rejoindre Martha, les pieds dans l'eau, pendant que son frère peine à faire redémarrer cette satanée voiture tombée en panne. Mais dans le fond... Et si cette panne n'était que la possibilité d'une rencontre, d'une amitié, de quelques jours hors du temps, et de retrouvailles avec le souvenir d'un père décédé? 

Si vous me connaissez un peu, vous aurez déjà compris ce qui m'a plu dans ce court roman.
Des personnages - principaux mais aussi secondaires - attachants, meurtris parfois mais cultivant un bel optimisme, qui se croisent ou se suivent, qui se parlent, se dévoilent, s'interrogent. Des hommes et des femmes qui se retournent sur ce qu'a été leur vie, puis font face à ce qu'ils peuvent et veulent encore en faire.
Une fois de plus, Francis Dannemark fait mouche : il m'amène à voir la vie autrement, à me donner envie de profiter de ces instants précieux, de ces minutes passées à écouter le chant de l'eau, du soleil sur la peau, et des rencontres impromptues qui peuvent s'avérer si belles et délicates. Il m'a donné envie de passer du temps avec Martha, cette femme touchante, qui semble perdue mais qui comprend finalement si bien et qui voudrait rester maîtresse de sa vie malgré tout, mais aussi - et peut-être surtout - avec Jeanne, pour qu'elle puisse, une fois encore, si elle le souhaite, raconter ses souvenirs.
Une fois de plus, il y a là de la magie, faite de douceur, d'amour (dans tous les sens du terme), de bienveillance et de joie, qui m'a plongée dans une bulle, le temps d'un moment hors du temps.

Merci mille fois, cher Francis.

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09 juillet 2017

Framboise - Christophe Adam

framboise adam

Voila que je m'exerce à la "critique" d'un livre culinaire. Ce doit être la première fois, mais comment résister à Christophe Adam et à la framboise lors de la dernière édition de Masse Critique? (Déjà séparément, les deux sont miam, alors ensemble... ça annonçait de bons moments)
J'ai attendu un moment avant de rédiger mon avis, parce que je voulais d'abord tester plusieurs recettes, et ne pas aborder que le livre en lui-même : oui, les photos font baver, les desserts semblent délicieux, et me faire tutoyer par le chef m'a un peu perturbée, mais à part ça? Les recettes sont-elles faisables, ou s'agit-il d'un livre destiné à faire joli dans ma cuisine?
Eh bien, en gros, c'est jouable. Les recettes sont variées, parfois très originales (pas sûre de tenter les framboises dans la carbonara...), et mettent généralement l'eau à la bouche. Elles sont entrecoupées d'interviews, apportant un petit plus au livre, pour ceux qui s'intéressent au produit et pas uniquement à leur assiette. 
Je pense être bien loin d'avoir le niveau et le savoir-faire requis pour certaines recettes (sans compter que l'épicerie du coin ne vend pas de gélatine en poudre, de pectine ou de glucose), mais en attendant de prendre mon courage (et tous ces ingrédients) à deux mains, je me suis en tout cas déjà régalée de quelques réalisations, notamment du mirliton-trop-bon. Un jour, quand j'aurai 48 heures de calme devant moi (sans mômes lécheurs de plats dans les jambes, donc), je tenterai le sablé avec la ganache basilic qui me fait de l’œil depuis la réception du livre *bave* ou la charlotte *re-bave* ou les minichoux framboise praliné *et tant pis si les miens sont très moches*
La frustration est grande, cependant : difficile de trouver des framboises de très bonne qualité, et donc de tester toutes les recettes qui nous font de l’œil (oui, "nous", parce que le livre est passé entre toutes les mains de la maison, même si c'était moi le chef).

Merci à Masse Critique et aux Editions de la Martinière

 

PS1 : Je tenterais bien les éclairs 😇
PS2 : J'aime bien Christophe Felder aussi 😇
PS3 : J'ai un retard monstre, que je n'essaierai pas de résorber, mais je suis en vacances : ça devrait donc redevenir un peu plus régulier par ici...

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08 mai 2017

I invade you - Sarah Turoche-Dromery - Nils Barrellon

invade

Les Space-Invaders colonisent les murs de Paris pour qui sait lever la tête. Des corps sont retrouvés au pied des mosaïques. Jalousie, vengeance, cupidité, quels sont les mobiles de ces meurtres ? Une balade urbaine et une occasion de découvrir un Paris insolite.

 

L'été passé, nos (très) (grands) ados partaient à la chasse aux Pokémons. Depuis, le soufflé est un peu retombé (pour le plus grand bonheur de mes promenades dans le parc voisin...), mais les Space Invaders, eux, tiennent le coup depuis plusieurs années. Nils Barrellon et Sarah Turoche-Dromery nous proposent de les suivre sur les pas d'Esther, dans une découverte de Paris version street art. Au cours d'invasions nocturnes bien rodées, Invader et Orbi déposent leurs personnages pixellisés sur les murs de la capitale française. Quelques heures plus tard, les chasseurs de Spaces se lancent à la recherche de ces mosaïques, armés de leur téléphone, dans le but de les flasher et d'engranger des points. Esther est de ceux-là, qui tente d'oublier dans ces longues promenades un chagrin d'amour encore douloureux. Ce qu'elle ignore, c'est qu'une jeune femme vient d'être assassinée au pied d'une des mosaïques...

 

Voila quelques mois que j'avais envie de découvrir les romans policiers de Nils Barrellon. Je voulais profiter de Polar Lens pour le faire en live... mais mon dos en a décidé autrement. C'est finalement en jeunesse que j'ai eu l'occasion de tâter pour la première fois de sa plume, associée à celle de Sarah Turoche, monteuse pour le cinéma et auteure de romans jeunesse chez Thierry Magnier. 

Et c'est un tout bon roman policier que j'ai ainsi eu la chance de lire en avant-première. J'ai en effet trouvé à ce roman jeunesse plein de points positifs.

Le thème, tout d'abord, qui devrait se révéler accrocheur pour nos smartphone-addicts. Les personnages, ensuite, et leurs rôles. J'ai été ravie, en effet, de voir que les auteurs avaient évité l'écueil du jeune héros qui mène lui-même l'enquête comme un grand. Rien de moins crédible, selon moi (et je sais que certains de mes élèves partagent mon avis) qu'un gamin de 14 ans qui arrive à mener une enquête en pleine nuit (à pied!) et à accéder à des informations sensibles pour se retrouvez nez-à-nez avec un gros méchant qu'il abattra finalement d'un croche-pied. Je caricature? Oui, un peu. Mais pas tant que ça. Ici, l'héroïne et son soupirant sont des ados comme tous les autres, auxquels on prendra plaisir à s'attacher. De même, on suit une inspectrice débutante, pas franchement sûre d'elle dans cette première enquête, mais en évitant les bourdes irrécupérables, les grosses guéguerres inter-services et les clash retentissants avec les supérieurs, même si ces difficultés ne sont pas occultées.

Enfin, on est ici face à un vrai roman policier, qui n'élude pas certains contenus ou termes techniques sous prétexte qu'il cause à des jeunes. Et ça, de mon point de vue, c'est vraiment très appréciable! L'enquête emmène le lecteur jusqu'en salle d'autopsie, et le plonge au coeur de Paris et d'une brigade criminelle, en usant du jargon consacré. Un lexique en fin d'ouvrage reprend ces termes qui nous sont familiers, à nous amateurs de polar, mais qui risquent de gêner la compréhension des néophytes. Bref, c'est un roman que j'utiliserais sans hésiter pour aborder le policier avec mes élèves, d'autant que ce lexique pourrait tout-à-fait être mis en lien avec un article sur le fonctionnement de la police scientifique, sujet sur lequel ils sont toujours pleins d'interrogations.

J'ai en outre vraiment apprécié cette plongée dans le monde des chasseurs de Space Invaders. J'en avais déjà vus, mais je ne pensais pas que c'était aussi énorme et organisé. J'ai découvert, amusée, une communauté de grands enfants qui jouent depuis 2014 et réparent les invaders abîmés, et le nombre incroyable de mosaïques posées, y compris sous l'eau ou dans la Station Spatiale Internationale!

Voila qui me donne très envie de lever les yeux lors de notre week-end à Paris le mois prochain ! 😊

 

Merci aux auteurs et aux Editions Thierry Magnier pour ce roman, à paraître ce mercredi 10 mai ! 

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11 avril 2017

D'entre les ogres - Baum, Dedieu

ogres

 

Un bébé est abandonné, dans un panier, au cœur de la forêt... Lorsque l'ogre s'approche, il sourit. Voilà 200 ans que lui et l'ogresse voulaient un enfant ! Alors cette petite fille, ils vont la choyer.
Blanche va devenir le centre de leur vie, leur unique préoccupation. Elle se régalera des mets les plus fins, elle sera habillée de soie. 

 

Une petite fille recueillie par des ogres, qui finit par s'étonner des différences entre elle et eux. Des parents adoptifs qui décident alors de la ramener parmi "les siens".

 

Pas facile facile, cet album. De prime abord, mes loulous (5 et 8 ans) ont eu un moment d'hésitation : les illustrations sont très sombres, et les ogres "pas forcément jolis, maman". Mais l'histoire est en réalité très belle, le texte plutôt poétique, et la fin ouverte leur a permis d'imaginer la suite et donc d'évacuer l'obscurité et la (possibilité d'une certaine) violence qui ont précédé. Un vrai soulagement, chez mon fils cadet.

Il est question dans cet album d'amour, de différence, d'acceptation. Il permet d'aborder la question de la famille, des liens familiaux vs les liens du sang, de l'amour qui lie telle personne et telle autre, au-delà de ce qui les différencie. Il est visuellement sombre, effectivement, et sans doute effrayant, mais en regardant mieux, les touches de tendresse sont là, dans des détails parfois, qui illuminent l'ensemble, et sur lesquels nous avons vraiment insisté pendant la lecture ("Regarde, ils font comme nous")

C'est un album qui s'adresse aux "grands" enfants (mon presque-cinq-ans est un poil trop jeune, à mon sens, même s'il l'a d'autorité rangé dans sa partie de la bibliothèque) et qui ouvre à la discussion. Il permet d'aborder la question des préjugés, celle des choix que l'on fait (en pensant à qui? pour le bien ou le bonheur de qui?). Je crois qu'il ne plaira pas à tous les jeunes lecteurs, mais je l'ai trouvé très intéressant, notamment en raison du choc qu'il provoque lors de sa découverte : je pense qu'on ne s'attend pas à "ça", c'est-à-dire à un album sombre et qui aborde de front, sans filet, certains éléments potentiellement effrayants (il laisse entendre clairement que les ogres se nourrissent d'enfants tout en élevant la petite Blanche). De ce fait, on est presque obligés d'en parler et d'aborder ainsi les questions qu'il sous-tend. 

Si personnellement je ne suis pas vraiment fan des illustrations (tout en reconnaissant qu'elles relèvent d'un parti-pris intéressant, dans leur opposition avec le côté poétique et plus optimiste du texte), j'ai par contre eu un gros coup de cœur pour l'histoire - très émouvante - et pour sa mise en texte. Un album à découvrir, vraiment !

 

Merci à Babelio et aux éditions Seuil Jeunesse.

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07 mars 2017

Hadès - Candice Fox

hadès

 

Sydney, années 1990. 
Hadès règne sur une décharge, un univers de sculptures étranges, où des hommes viennent solliciter son aide pour faire disparaître des corps. Un soir, on lui amène deux jeunes enfants rescapés d'un cambriolage qui a mal tourné. Il s'apprête à les tuer mais leur regard froid le pousse à les adopter. Il les baptise Eden et Eric. Au fil des années, il va tout leur apprendre, dont son savoir-faire si particulier. 

Sydney, de nos jours. 
Frank Benett rejoint la brigade criminelle et fait la connaissance d'Eden, sa nouvelle coéquipière, sous l'œil malveillant de son frère et collègue Eric. Leur première enquête débute immédiatement : des corps démembrés auxquels il manque des organes ont été découverts dans une marina. Frank et Eden mettent au jour un trafic, grâce à une liste officieuse de demandeurs. 
Quand une jeune femme réussit à échapper au tueur et que d'autres corps sont retrouvés dans la maison où elle était séquestrée, la traque commence. 
Mais Frank a de sérieux doutes sur Eden et Eric. À quoi correspond la liste de noms d'hommes disparus qu'il a trouvée chez Eden ? Pourquoi a-t-elle une photo d'Hadès, la légende du crime ? 

 

Un thriller australien, ça change, non? 

Du bon et un peu de moins bon, à mon goût, dans ce roman. Le cadre, tout d'abord, qui change agréablement, ainsi que quelques personnages intéressants. Le manque de vrai suspense m'a d'abord un peu gênée, avant de me laisser prendre au jeu de l'évolution psychologique des protagonistes. L'alternance entre le passé et le présent, entre l'adoption des deux enfants et l'enquête actuelle, en fait un bon page turner, entretenant une certaine tension malgré l'absence de réelle surprise. Le tout est sombre, rythmé, avec un côté un peu cinématographique, et un bon gros méchant bien barré qui peut mettre mal à l'aise.

Cependant, le principal bémol en ce qui me concerne tient à la narration multiple, qui ne m'a pas totalement convaincue. En effet, j'ai eu le sentiment que l'auteure avait opté pour cette technique narrative dans le but de pouvoir tout raconter, tout montrer, sans trop d'efforts. Inutile de raconter en détail le fil de l'enquête et les déductions des enquêteurs, puisque le lecteur est de toute façon aussi aux côtés du coupable. Cela dit, et pour être tout à fait honnête, je pense que c'est un ressort narratif qui commence à me lasser quelque peu, d'un point de vue tout à fait personnel.

Il n'empêche que ce roman, dont la fin laisse attendre le deuxième tome, fait très bien le job, et que c'est - au fond - tout ce qu'on lui demande. 

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16 février 2017

Place des ombres, après la brume - Véronique Biefnot, Francis Dannemark

place-ombres

 

Entre réalisme et magie,
une atmosphère fantastique,
un drame romantique,
un mystère où le surnaturel n’est jamais loin…

 

 

Troisième roman du duo Biefnot/Dannemark, ce titre diffère des deux premiers, à plus d'un titre. Tout d'abord parce qu'il s'agit d'un diptyque, là où La route des coquelicot et Kyrielle Blues entremêlaient les deux plumes sans que l'on puisse savoir qui avait écrit quoi. Ensuite parce que les auteurs s'aventurent dans un genre littéraire différent : le roman fantastique. 

La première partie, Place des ombres, tire son titre du nom d'une place, où emménage Lucie. Jeune étudiante en lettres fraîchement débarquée dans une ville universitaire inconnue, elle se trouve rapidement isolée et, disons-le franchement, plutôt paumée. Ses parents ont rejoint l'Italie, persuadés qu'elle n'a désormais plus besoin d'eux, elle s'est peu à peu éloignée de sa meilleure amie, et ne se lie pratiquement pas avec les autres étudiants. Sa rencontre avec un vieil herboriste l'amène à investir un petit appartement dans un vieil immeuble quasi désert, où des bruits mystérieux ne tardent pas à l'intriguer. 

La seconde partie, Après la brume, se déroule une vingtaine d'années plus tard et se centre cette fois sur Maud, l'amie de Lucie. C'est à présent elle qui doit faire face à une situation particulièrement difficile.

Dans un cas comme dans l'autre, je n'en dirai pas plus, pour ne rien dévoiler.

J'ai trouvé ce roman plutôt perturbant. Principalement, je crois, parce que j'ai trop l'habitude de lire Véronique Biefnot et Francis Dannemark dans un registre plus lumineux. Je ne suis pas forcément lectrice de fantastique (il suffit de parcourir les catégories du blog pour s'en rendre compte), mais je me demandais vraiment ce que pouvait donner leur écriture, cuisinée à cette sauce. Le talent est toujours présent, donnant à ces pages une atmosphère oppressante qu'il est difficile de quitter, d'autant plus que les liens entre les personnages secondaires ne s'esquissent que peu à peu, titillant la curiosité. Si l'histoire est sombre, si les événements sont terribles, les auteurs restent eux-mêmes lorsqu'ils dessinent les relations entre certains de leurs personnages : la douceur, l'inquiétude qu'ils se portent mutuellement, la nostalgie des moments passés ensemble ne sont jamais loin, et en cela ils n'ont pas renié leur écriture en se frottant au genre fantastique. 
J'ai souvent qualifié les romans de Francis Dannemark de lectures hors de la réalité, me plongeant dans une bulle, l'espace de quelques heures. Et je m'aperçois que c'est également le cas ici, malgré le fait qu'il ne s'agit pas cette fois d'une bulle de douceur, de couleurs et de chaleur. J'ai ressenti l'histoire de Lucie et celle de Maud comme constituant des moments hors du temps, tout comme la Place de la montagne aux ombres et le château habité par Maud semblent appartenir à un monde parallèle, à une réalité différente. Pour le côté fantastique, celui qui fait perdre au lecteur ses repères et l'amène à se sentir mal à l'aise, c'est plutôt réussi.

Si ce roman n'a pas été un coup de coeur, cette fois (impossible, je pense, d'avoir un coup de coeur pour un roman fantastique) (vous avez dit "rationnelle"?), si l'histoire est un peu trop surnaturelle pour moi, si j'ai personnellement eu beaucoup de mal à supporter le personnage de Lucie dans la première partie (question de tempérament?), cela ne m'a pas empêché de particulièrement apprécier par exemple l'histoire de l'herboriste ainsi que le personnage de l'instituteur retraité. Reste finalement le principal : le bonheur de retrouver, en filigrane, Biefnot et Dannemark dans ce qu'ils font de mieux : l'humain. 

 

Merci à Francis Dannemark et à Véronique Biefnot pour leur envoi.

Vous pourrez les retrouver, à plusieurs reprises, durant la Foire du Livre de Bruxelles, du 9 au 13 mars.

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