Ce que Marguerite lit

07 novembre 2018

Trois fois la fin du monde - Sophie Divry

divry

Ça commence comme un roman noir : Joseph Kamal, arrêté lors d'un braquage manqué au cours duquel son frère a été abattu, découvre la prison, ses occupants, sa violence. Première fin de son monde.

Ça se poursuit comme un roman post-apocalyptique, tendance nature writing (on pense à "Dans la forêt" de Jean Hegland) : après une catastrophe nucléaire, une partie de la France est vidée de ses habitants. Deuxième fin du monde. L'occasion pour Joseph de repartir de zéro, en se terrant dans une maison abandonnée, profitant, dans un premier temps, des potagers délaissés et des provisions laissées sur place. Il n'a d'ailleurs pas vraiment le choix : il sait que, s'il rejoint la civilisation, il devra terminer de purger sa peine.

Le temps passant, ce qui était au départ une obligation, sa seule chance de rester libre, devient un plaisir : le goût de la liberté retrouvée. Le temps d'observer la nature qui l'entoure. La fierté de faire pousser ses propres légumes, de se coucher fatigué d'avoir jardiné. S'il peste bien sur la difficulté de ces tâches toujours à recommencer, il s'accroche, prenant goût à cette vie d'ermite, redécouvrant la nature dont la prison l'avait privé. 

Le temps passant toujours, l'hiver s'installant, la (sur)vie devient pourtant de plus en plus difficile... 

C'est un récit tout en intériorité, en introspection, en monologues, à partir du moment où Joseph passe de l'enfermement à la liberté. Un récit empreint d'une telle solitude, qu'on s'attendrait presque à le voir parler à une boîte de cassoulet pour briser ce silence qui n'en finit pas. J'exagère, c'est vrai. Mais je n'étais pas loin de trouver tout ce silence oppressant; je pense que je deviendrais vite folle, dans la même situation. Joseph, cependant, sort de prison et goûte donc ce calme et cet isolement autant qu'il le peut, après la violence et l'humiliation. Malgré tout, le manque de nouvelles du monde extérieur, de contacts, de chaleur, lui pèse.

Il y a quelque chose de poétique, d'hypnotique, dans la partie principale de ce roman. Une ode à la nature, un remerciement pour ce qu'elle nous offre - nourriture et ressourcement - doublé d'une mise en garde. Il m'est venu des envies de m'étendre dans l'herbe, de refaire des confitures, d'apprendre les arbres et les oiseaux. Avant qu'il ne soit trop tard? 

 

C'était le cru 2018 des Matchs de la Rentrée Littéraire #MRL18 #Rakuten

Posté par missmarguerite à 22:37 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,


03 novembre 2018

Rubiel e(s)t moi - Vincent Lahouze

" Si je devais me souvenir d'une chose, d'une seule chose, ce serait la vision des murs gris de l'Orphelinat du Bienestar de Medellin et des portes qui claquaient lorsque nous courions dans les couloirs, le bruit sourd de mes pieds nus sur le parquet de bois délavé et poussiéreux. Oui, d'aussi loin que je me souvienne, la couleur n'existait pas. 
Je suis né en Colombie, à la fin de l'année 1987, mais je n'ai commencé à vivre qu'en 1991. "

 

Rubiel e(s)t moi, c'est n'est ni tout à fait un roman, ni tout à fait une autobiographie. Ce n'est ni totalement la réalité vraie, ni l'imagination débridée. C'est à la fois une autobiographie fictive, et une fiction potentiellement autobiographique.

On s'est tous un jour demandé qui on aurait pu être, ce qu'on aurait pu devenir, si on n'avait pas rencontré telle personne, suivi tel chemin. Cette question est d'autant plus importante dans le cas de Rubiel. Ou de Vincent. Que serait devenu ce petit garçon, s'il n'avait pas été adopté? Quel chemin aurait-il suivi, quelles personnes aurait-il rencontrées, quelle vie aurait-il pu construire?

C'est un grand écart que Vincent Lahouze réalise et nous propose de lire. Un grand écart entre ses deux mères, ses deux pays, ses deux langues. Entre ses deux prénoms et ses deux vies.
Il pose en filigrane les questions que l'on se pose forcément à propos de l'adoption : Comment fait-on pour devenir un autre du jour au lendemain? Comment peut-on s'opposer à ses parents, à l'adolescence, tout en reconnaissant qu'il nous ont sorti d'une vie de misère?
Mais il va plus loin, imaginant la vie de Rubiel-resté-en-Colombie et la juxtaposant à celle de Rubiel-devenu-Vincent-en-France. Peut-être faut-il s'autoriser à imaginer la vie qu'on n'a pas vécue pour pouvoir entrer dans celle qui nous a été offerte? Peut-être faut-il accepter d'avoir été choisi - et pas l'autre - pour se sentir pleinement à sa place? Peut-être aussi faut-il qu'une (belle) histoire d'amour se termine pour qu'une nouvelle (magnifique) puisse s'écrire? 

De Vincent Lahouze, grâce aux réseaux sociaux, je connaissais un peu le parcours et les publications parfois à fleur de peau J'appréciais ses textes courts, sensibles et engagés. Je dois bien admettre que j'étais à la fois impatiente et inquiète, à l'idée de le découvrir en tant qu'auteur de roman. Et s'il ne tenait pas la distance? Si l'exercice d'un premier roman est bien sûr différent, si certaines phrases sont parfois un peu bancales, j'ai beaucoup aimé ce texte. J'ai aimé y retrouver son émotion et sa hargne, des doutes et ses espoirs, ses petits pas en avant et ses rencontres. Et puis sa sincérité.
J'ai cependant nettement moins accroché aux chapitres consacrés à Rubiel, sans doute en raison de leur caractère fictif. Je pense que j'ai eu besoin d'opter pour un angle de lecture - soit autobiographique, soit fictif - pour ne pas perdre en cohérence : on ne lit pas un roman comme on lit une autobiographie, et là clairement, c'est l'histoire de Vincent qui a pris le dessus pour moi. Peut-être me faudrait-il relire uniquement ces chapitres-là, comme un "vrai" roman, pour gagner en cohérence et en fluidité. [J'avais eu un peu le même problème avec La part de l'autre d'EE Schmitt, dans lequel j'avais involontairement choisi la voie de la fiction]

Ce livre est à l'image de son auteur (sensible, vrai, tourmenté) et de cette photo qu'il a publiée dernièrement (à la date anniversaire de son adoption) : celle d'un petit garçon, dans une chambre d'hôtel, qui ne s'appelle plus tout à fait Rubiel et pas encore tout à fait Vincent, et qui se salue dans un miroir comme s'il se voyait - déjà - dans une vie qui n'existe désormais plus. 

 

Merci aux éditions Michel Lafon ! 

Posté par missmarguerite à 17:22 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

07 mars 2018

Une longue impatience - Gaëlle Josse

josse impatience

Ce soir-là, Louis, seize ans, n’est pas rentré à la maison. Anne, sa mère, dans ce village de Bretagne, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, voit sa vie dévorée par l’attente, par l’absence qui questionne la vie du couple et redessine celle de toute la famille. Chaque jour, aux bords de la folie, aux limites de la douleur, Anne attend le bateau qui lui ramènera son fils. 

 

De Gaëlle Josse, j'avais lu Le dernier gardien d'Ellis Island, qui m'avait enchantée. Par son histoire, ses personnages et son écriture. J'étais impatiente, et presque inquiète, de la retrouver, tant les attentes étaient élevées. Mais toute inquiétude était inutile, parce que c'est un vrai petit bijou qu'elle nous propose cette fois. Un bijou de délicatesse, d'émotions et d'amour. Au fil de ce roman court - mais intense - elle égrène les heures, les jours, les semaines et les mois d'attente et d'espoir. Anne se souvient de l'enfance de Louis, de la disparition de son mari, de son remariage et de la relation conflictuelle entre le fils et le beau-père, entre lesquels elle peinait à s'imposer. Elle écrit à Louis des lettres dans lesquelles elle imagine leurs retrouvailles, qu'elle met en scène autour d'une table, recouverte de ses plats et desserts préférés, entourés de ceux qui voudront fêter avec eux le retour tant attendu du jeune homme. Et chaque jour, par tous les temps, elle l'attend; elle quitte la maison, et va voir si un bateau s'annonce. 

J'ai été bouleversée par ce roman, et ce n'est pas que parce que je suis la mère d'un Louis qui grandit trop vite qu'il m'a à ce point happée. Bouleversée par ce personnage qui vit notre (ma) plus grande peur. Par ce petit - puis grand - bonhomme qui accepte trop longtemps en silence avant de choisir la seule voie qu'il semble déceler. J'ai été touchée cette fois encore par la plume de Gaëlle Josse, en apparence si simple, mais délicate et travaillée, et qui dit tout. Avec retenue, avec subtilité, elle raconte tout de la fragilité, de l'angoisse, de l'espoir, de l'impuissance et de la culpabilité de cette mère qui nous représente toutes. Le vide au creux du ventre augmente au fil des pages, en même temps que le souhait d'accompagner Anne, de rester à ses côtés pendant qu'elle fixe l'horizon, de lui offrir juste le soutien d'une présence pour affronter l'absence. Entre tendresse et douleur, délicatesse et coup au coeur, Gaëlle Josse tisse un portrait de femme et de mère qui risque bien de me suivre longtemps. 

 

Merci à Babelio et aux éditions Noir sur Blanc pour cette petite merveille.

Posté par missmarguerite à 22:13 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

28 février 2018

Emma dans la nuit - Wendy Walker

Emma nuit

Deux sœurs disparaissent. Trois ans plus tard, une seule revient. Dit-elle toute la vérité ?
Emma, 17 ans, et Cass, 15 ans, sont les sœurs Tanner, devenues tragiquement célèbres depuis leur inexplicable disparition. Après trois ans d'absence, Cass frappe à la porte de chez ses parents. Elle est seule. Elle raconte comment sa sœur et elle ont été victimes d'un enlèvement puis retenues captives sur une mystérieuse île.

Première découverte de cette auteure qui a semble-t-il déjà fait parler d'elle, ce thriller psychologique fait plutôt bien le job, vous poussant à élaborer toute une série d'hypothèses au fil de la lecture. Avec Cass, on plonge dans les eaux (très) troubles d'une famille (très) dysfonctionnelle chapeautée par une mère (complètement) barrée. Une mère narcissique, qui ne vit en gros que pour s'entendre dire qu'elle est la meilleure épouse, la plus belle, la meilleure mère, la plus chouette, la meilleure belle-mère, la plus sexy, bref la meilleure, mais qui voudrait (faire) croire que c'est sa fille enfin retrouvée qui devrait consulter. L'essentiel du roman tourne donc autour de cette femme odieuse et dangereuse, et on se demande franchement comment ses filles ont réussi à ne pas fuguer (ou l'étrangler) avant même de quitter l'école primaire. 

L'auteur tisse sa toile, patiemment, en même temps que Cass déroule le fil de ses souvenirs, tantôt ceux de son enfance, tantôt ceux de sa disparition, convoquant tour à tour son frère, son beau-frère et ses ravisseurs. On voit les personnages perdre pied, se disputer, se manipuler, et on comprend vite que tout, dans cette famille hautement toxique, n'est que calcul et apparence. 

Au final, Emma dans la nuit s'avère un roman dans lequel j'ai aimé me perdre, que j'ai laissé jouer avec moi, mais qui, très honnêtement, m'a paru un peu trop long et répétitif dans sa structure pour que j'en profite pleinement, même si je comprends bien la démarche de l'auteure et la façon dont elle devait le construire.  

Merci à Babelio et aux éditions Sonatine de m'avoir privée de quelques précieuses heures de sommeil 😉

Posté par missmarguerite à 22:33 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

23 février 2018

Entre deux mondes - Olivier Norek

entre deux mondes

Énorme retard pour la publication de mon avis sur ce roman. Parce que ce billet a longtemps été impossible à écrire, parce que les mots ne venaient pas...

L'année passée, plus ou moins à la même époque, je parlais d'un livre qui avait - un peu - changé ma vie. J'aurais voulu qu'il en soit de même cette fois aussi. J'aurais voulu transformer cette nausée, cette colère, ce coup de poing à l'estomac, cette boule au ventre et dans la gorge en quelque chose de concret, d'utile, d'important. J'aurais voulu pouvoir mettre à l'abri un de tous ceux-là. Rien qu'un. Rien qu'une nuit. J'aurais voulu qu'il passe une nuit au chaud, qu'il puisse dormir sur ses deux oreilles, sans devoir surveiller ses affaires, après une douche chaude. Et revenir, au besoin. Je n'ai pas réussi. Je n'ai pas su imposer cette envie, ce besoin, face à l'éloignement avec la capitale, le manque de chambre d'ami, de matelas, de solution assurée pour le retour quand je pars très tôt le matin pour le boulot. Je n'ai rien; je n'ai pas de solution pour dépasser cette colère qui me bouffe un peu plus chaque jour et ce dégoût croissant pour mon pays et ses dirigeants. 

Les migrants de la Jungle de Calais sont entre deux mondes. Entre leur pays en ruines ou en sang et cet ailleurs rêvé qui se dérobe sans cesse. Coincés dans une sorte de purgatoire dans lequel ils n'existent plus vraiment, dans une zone en marge de tout, plus tout à fait la France, pas encore l'Angleterre, une zone de non-droit où la police n'entre pas. Parce qu'intervenir, ce serait reconnaître leur présence, leur existence. A l'intérieur, des hommes et des femmes qui n'en peuvent plus d'essayer, et de désespérer. Autour, d'autres hommes et femmes qui tentent de maintenir un semblant d'humanité, entre soins médicaux, repas et vêtements chauds. Un peu plus loin, des policiers... et des camionneurs. Les premiers tentant tant bien que mal de trouver un sens à leur mission, de concilier les ordres et la réalité, les seconds de sauver leur boulot. Comment espérer échapper à la violence dans ces conditions... La Jungle de Calais, c'était tout ça. Ça l'est encore, même si ce n'est plus la Jungle. Et le parc, c'est ça aussi.

Entre deux mondes est un roman dont on ne sait que trop qu'il n'est pas totalement une fiction. Que ses personnages ont les visages, les passés, les peurs et les espoirs de milliers d'autres. Qu'ils transportent avec eux le souvenirs de tous ceux qui n'ont pas survécu. Un roman qui rappelle qu'un petit garçon s'est échoué sur une plage, qu'un jeune homme a voulu traverser l'autoroute pour ne pas être arrêté, pour ne pas être renvoyé, et que chaque soir des centaines d'autres espèrent juste tenter leur chance. Un roman aussi poignant et suffoquant que cette réalité est insupportable et l'Europe indigne.

La boule dans la gorge est toujours là, les réfugiés aussi - démantèlement ou pas - mais mes mots ne suivent pas. Alors, comme un écho au roman, et parce que lui les a trouvés, les mots de Laurent Gaudé :

                                                      Ci gît la France qui n'a pas le courage de ses valeurs.
                                                      Ci gît l'Europe et mon âme
                                                      D'avoir vu votre misère.
                                                      Ci gît un peu de l'homme d'où qu'il soit,
                                                      Car en ces terres le mot "frère" a été oublié.
                                                      Et lorsque les pelleteuses auront fait place nette,
                                                      Lorsqu'elles auront piétiné ce que vous avez patiemment construit
                                                      Elles s'apercevront peut être,
                                                      Mais trop tard,
                                                      Que ce sur quoi elles roulent,
                                                      Ce qu'elles tassent,
                                                      Et font disparaître,
                                                      C'est notre dignité.

                                                                                   (Notre-Dame-des-Jungles, De sang et de lumière)

Posté par missmarguerite à 23:10 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :


27 novembre 2017

Comment je suis devenu Malcolm X - Ilyasah Shabazz

MalcolmX_

Je m'appelle Malcom. Je suis le fils de mon père. Et ils seront toujours à mes trousses. Mais je ne plierai jamais.

 

Biographie romancée écrite par la fille du militant des droits des Afro-Américains, ce roman se situe avant que Malcom Little devienne Malcom X. C'est toute son enfance et sa jeunesse qui nous sont ici racontées, depuis la mort de son père, militant, prêcheur, assassiné par une branche du Klu Klux Klan jusqu'à sa découverte de Nation of Islam en prison et à sa conversion. De son père, il a gardé le souvenir obsédant de ses prêches (Debout, puissante race...) et le sentiment d'avoir été abandonné. En pleine Dépression, sa mère ne parvient plus à joindre les 2 bouts pour élever ses nombreux enfants. Lorsqu'elle est internée, Malcolm est séparé de ses frères et soeurs et placé en famille d'accueil, avant d'être recueilli par sa demi-soeur. On suit ainsi l'adolescent qui passe d'une petite ville de l'Amérique profonde, dans laquelle son intelligence et son ambition se heurtent - ségrégation oblige - au fait de "n'être qu'un Nègre" à Boston, puis Harlem. Goûtant à une certaine liberté, à l'argent facile et à l'alcool, puis à la drogue, il se détache peu à peu de l'éducation qu'il a reçue et ses préceptes de son père. Ce père qui lui avait tant répété qu'il pouvait devenir qui il voulait, faire ce qu'il voulait, forgeant sa volonté et sa détermination, autant que son désenchantement peut-être. C'est qu'à l'époque, lynchages, intimidation et humiliation pouvaient stopper bien des rêves.

Quelques 430 pages, donc, sur la jeunesse, les espoirs et les errements de celui qui allait devenir Malcolm X - ou El-Hajj Malek El-Shabazz - avant d'être assassiné à 40 ans. Et je dois bien avouer qu'elles m'ont paru parfois bien longues, ces pages. Pas inintéressantes, mais très détaillées sur certains aspects qui, peut-être, me passionnaient moins. A vrai dire, je pensais que Malcolm X serait également abordé, mais l'histoire s'arrête à sa "naissance". La fin m'a semblé extrêmement rapide par rapport aux années qui ont précédé, et j'ai trouvé cet empressement dommage, parce que c'est peut-être la période qui m'aurait le plus intéressée, personnellement.

Néanmoins, j'ai apprécié cette lecture, notamment pour l'arrière-plan historique, sa description de la vie des Afro-Américains dans les années 40 dans le nord des États-Unis. C'est aussi un bel hommage d'une fille à son père, elle qui dut - tout comme lui - se construire avec son absence.

 

Merci à Babelio et aux éditions Bayard

 

Rentrée Littéraire 2017 #10

Posté par missmarguerite à 23:41 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

16 novembre 2017

Sa mère - Saphia Azzeddine

Sa mère

Marie-Adélaïde, née sous X, a la rage au ventre  ; elle a un destin, mais ne sait pas encore lequel. Pas celui de caissière à La Miche Dorée. Pas non plus celui de ses rares copines, certaines connues en prison, d’autres camarades de galère et d’errance.


Voila bien 2 ans que les copines hurlent à la pleine lune pour que je lise Bilqiss. J'ai promis-juré, et j'en ai bien l'intention... mais vous connaissez la dure loi de la PAL : il y a toujours un petit nouveau qui passe sous le nez du livre qui attend sagement. Bref, c'est avec Sa mère que j'ai finalement découvert Saphia Azzeddine (envie de la découvrir autrement que via la vision tronquée et quasi-insultante d'un certain petit roquet, aussi...) et c'est entre deux corrections et une biographie de Voltaire (sa vie, son oeuvre, sa meuf, diraient mes élèves) que je trouve enfin le temps de poster un minuscule billet (pourquoi diable les journées ne font-elles toujours pas 48h?).

Marie-Adélaïde, donc. Abandonnée à la naissance, pas très heureuse dans sa famille d'accueil, un passage par la case prison, et un boulot plus alimentaire que passionnant à La Miche dorée, qu'elle laisse un jour tomber pour devenir la nounou un peu grande gueule des enfants de la Sublime, bourgeoise alliant classe et moyens. Des moyens, sa mère biologique devait en avoir également, si elle en croit la marque du doudou avec lequel elle a été confiée à l'assistance publique. Marie-Adélaïde décide donc un jour de se mettre en quête de cette mère et de sa propre identité. C'est qu'elle a du mal à trouver sa place, entre ce X qui l'obsède, ce prénom qui la place en marge du milieu dans lequel elle évolue mais qui n'est pas suffisant pour se faire une place dans la bourgeoisie. Mais elle a de la volonté, et un sacré culot.

Les copines (toujours elles) m'ont dit avoir préféré Bilqiss. Je ne peux bien sûr pas comparer, mais j'ai en tout cas vraiment aimé cette façon qu'a Saphia Azzeddine de dégommer tout ce qui passe à sa portée (sauf qu'elle ne s'en prend qu'à des personnages de papier, elle), son franc-parler et son cynisme. Les pensées de Marie-Adélaïde ne suivent pas un fil très linéaire, mais l'écriture est tellement vivante et agréable que ça se lit vraiment facilement et avoir plaisir. Par contre, j'ai trouvé qu'elle restait un peu trop en surface et n'ai pas vraiment accroché à la fin. Mais j'ai (heureusement) toujours Bilqiss qui m'attend, pour retrouver son écriture avec un personnage et un contenu plus forts visiblement que dans ce dernier roman.

Merci à NetGalley qui m'a permis de découvrir cette auteure !

 

Rentrée Littéraire 2017 #9

Posté par missmarguerite à 18:32 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

13 novembre 2017

Un loup pour l'homme - Brigitte Giraud

Un-loup-pour-lhomme_6227

Printemps 1960. Au moment même où Antoine apprend que Lila, sa toute jeune épouse, est enceinte, il est appelé pour l’Algérie. Engagé dans un conflit dont les enjeux d’emblée le dépassent, il demande à ne pas tenir une arme et se retrouve infirmier à l’hôpital militaire de Sidi-Bel-Abbès. 

 

Brigitte Giraud retourne avec ce roman sur les lieux de sa naissance, à Sidi-Bel-Abbès, lors de la guerre d'Algérie. 

Elle nous montre les appelés français, leur quotidien dans cette guerre dont on ne sait pas toujours si ce terme est bien choisi, s'il ne s'agit pas davantage d'une révolution ou d'un conflit, d'autant qu'on leur parle plutôt d'une mission de pacification. On suit Antoine qui, appelé alors qu'il espérait être réformé, demande à ne pas tenir une arme, à soigner plutôt que tuer. Après une courte formation, le voici donc infirmier - à l'abri, peut-être? Mais être infirmier n'empêche pas de voir et de sentir la guerre, la violence, la mort et la souffrance. Et Antoine, que son épouse Lila, enceinte, a tenu à rejoindre sur place, se retrouve à tenir une sorte de grand écart entre la mort qui s'impose et la vie qui se crée, entre l'hôpital et le campement d'un côté, et le petit appartement préservé de l'autre, où il a été autorisé à emménager avec sa femme. Un grand écart tel qu'il lui est parfois impossible de jeter des ponts, de raconter, ou d'oublier. 

Ses journées tournent souvent autour d'Oscar, un jeune soldat amputé d'une jambe, qui refuse de parler, et dont il se rapproche. La relation qu'il tisse avec le jeune homme va bien au-delà du lien qui unit un soignant à un soigné. Antoine donne en réalité l'impression de se raccrocher à Oscar, peut-être sa seule façon de se sentir utile dans ce bourbier. 

L'écriture de Brigitte Giraud laisse passer les émotions, la chaleur écrasante, la lourdeur et la pesanteur des journées et le sentiment d'abandon des Français sur place. Pourtant, je n'ai pas accroché, ni été touchée, autant que je l'aurais pensé, autant que j'avais envie de m'y plonger. Il faut dire que ce livre est arrivé tellement en retard, alors que d'autres engagements s'étaient greffés, que je n'ai pu prendre le temps de l'appréhender, d'en respecter le rythme, de pénétrer dans les motivations d'Antoine et de Lila. Ce n'est pas un livre qui se dévore, c'est un livre qui se déroule et qui se tisse, doucement, lentement.
Il m'aurait fallu, je pense, le temps de me pencher plus en détails sur le contexte historique dont je ne connais que très peu de choses. Je n'ai pu qu'effleurer les sentiments de Lila et d'Antoine, sans pouvoir tenter de les comprendre vraiment : j'ai par exemple été assez mal à l'aise avec l'idée que la jeune femme, enceinte, se jette en quelque sorte dans la gueule du loup en allant le rejoindre sur place; mais j'imagine que c'est parce que je me fais de la situation évoquée une image erronée ou du moins incomplète, occultant notamment le volet diplomatique et la façon dont les appelés eux-mêmes vivaient cette situation dans un premier temps.
C'est finalement le personnage d'Oscar qui m'a le plus intéressée et touchée, dans son désespoir de voir sa vie lui échapper : j'avais envie de comprendre ce qui lui était arrivé, ce qu'il cachait, ce qu'il craignait, et envie de savoir qu'il allait s'en sortir. 

Bref, j'ai malheureusement le sentiment d'être un peu passée à côté d'un roman qui aurait vraiment pu me plaire...

 

Lu pour les Matchs de la Rentrée Littéraire PriceMinister

 

Rentrée Littéraire 2017 #8

Posté par missmarguerite à 13:26 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

04 novembre 2017

Le mystère Jérôme Bosch - Peter Dempf

Bosch

2013 : Madrid. Le Prado. Le Jardin des délices, célèbre triptyque du peintre flamand Jérôme Bosch, a été vandalisé par un prêtre dominicain. Le religieux, convaincu que l’œuvre dissimule un dangereux secret susceptible de nuire à l’Église, a lancé du vitriol sur le tableau avant d’être maîtrisé par les gardiens du musée.
1510 : Petronius Oris arrive à Bois-le-Duc dans les Flandres pour travailler aux côtés de Jerôme Bosch. Alors que la cité est envahie par les sbires de l’Inquisition, Petronius découvre que Bosch, initié à un secret hérétique, travaille en secret à un mystérieux triptyque.

 

En art - et en peinture notamment - je ne connais pas grand chose. Je ne dis pas que ça ne m'intéresse pas, que ça ne me plait pas. Vous pouvez me déposer devant le Louvre à l'ouverture et me reprendre le soir, je ne suis pas sûre que j'aurai pris le temps de manger à midi. J'aime me poser devant les tableaux et les laisser me parler. Mais ne me parlez pas de courants, de techniques, d'époques, j'oublie tout aussitôt. Il y a quelques exceptions : des tableaux que je reconnais, de Vinci qui me fascine et Bosch... qui aurait plutôt tendance à me faire grimacer. Je me suis toujours demandé quel esprit avait pu donner naissance à de tels tableaux. Cet été, nous avons eu l'occasion, en passant par les Baux-de-Provence, de visiter les Carrières de Lumières dont le thème était justement Bosch, Brueghel et Arcimboldo (bon, sur le coup, j'ai ralé d'avoir raté Michel-ange, de Vinci et Raphaël). La sensation d'être projeté au coeur des tableaux est assez impressionnante, et Le jardin des délices m'a semblé encore plus foisonnant. [3615 ma vie] Vous savez déjà (ou pas) que j'aime me pencher par dessus l'épaule des écrivains. Cette fois, c'est dans l'atelier du peintre que j'ai eu envie de me glisser.

Ce sont deux histoires que l'auteur nous invite à suivre, en parallèle. 

En 2013, Le jardin des délices est vandalisé par un prêtre, au discours misogyne, persuadé que le tableau renferme un secret qui menace l'Eglise. Le restaurateur et l'historien d'art en charge de l'oeuvre vont tenter de découvrir des indices de ce secret, tout en faisant parler le religieux, pour comprendre ses motivations. Ce dernier semble avoir eu accès à un manuscrit datant de l'époque même de la naissance du tableau.

1510 : Petronius Oris fait son entrée comme compagnon dans l'atelier du grand Jérôme Bosch. En pleine Inquisition, les peintres sont sur la sellette... surtout lorsqu'ils appartiennent à un culte dissident. C'est l'histoire de Petronius, confronté à l'Inquisiteur et observant la naissance et l'évolution du triptyque, que le prêtre transmet, cinq siècles plus tard.

J'avais beaucoup aimé, il y a une dizaine d'années, les romans de Iain Pears, proposant des enquêtes dans le monde de l'art, dans lesquels on se penche sur des oeuvres de Raphaël et Titien, ente Rome et Venise. J'ai donc apprécié de retrouver ce genre historico-policier ici, auquel s'ajoute l'immersion dans l'atelier du peintre, au plus près de la création de son triptyque. La somme de connaissances, à la fois sur l'époque, sur l'Inquisition et sur Bosch (autant sa vie que son oeuvre) est impressionnante. L'alternance entre passé et présent donne un rythme, maintient l'attention du lecteur, et permet à l'auteur de dévoiler une foule d'informations sans donner pour autant l'impression d'étaler sa science.

Malgré tout, j'ai trouvé que le roman péchait par quelques longueurs. Si j'ai - la plupart du temps - enchaîné les pages pour en savoir plus, il m'a semblé que certaines scènes étaient un peu répétitives et mon intérêt s'est quelque peu émoussé sur la fin.

Par contre, quelle excellente idée que cette magnifique couverture ! Elle représente en effet le tableau, dont seuls quelques détails sont dévoilés par des découpes dans la jaquette. On est donc constamment tenté de soulever cette dernière pour regarder le tableau, à la recherche de tel ou tel détail mentionné par Oris ou les restaurateurs.

 

Merci à Masse Critique et aux éditions du Cherche Midi pour cette très belle découverte !  

 

Rentrée Littéraire 2017 #7

Posté par missmarguerite à 21:57 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

28 octobre 2017

Je m'appelle Lucy Barton - Elizabeth Strout

Lucy Barton

Hospitalisée à la suite d’une opération, Lucy Barton reçoit la visite impromptue de sa mère, avec laquelle elle avait perdu tout contact. Tandis que celle-ci se perd en commérages, convoquant les fantômes du passé, Lucy se trouve plongée dans les souvenirs de son enfance dans une petite ville de l’Illinois – la pauvreté extrême, honteuse, la rudesse de son père, et finalement son départ pour New York, qui l’a définitivement isolée des siens.

 

Rentrée Littéraire ne peut pas toujours rimer avec coup de coeur (nous l'allons montrer tout à l'heure) (faut que je dorme, oui, je sais)

J'avais vu passer plein d'avis hyper emballés sur ce roman, que je me réjouissais donc de découvrir. Sauf que non. Ça a fait plouf. A vrai dire, je me suis plus ou moins ennuyée quasi tout le long.

Ce n'est pas que ce soit mal écrit; au contraire, il se lit vite, facilement. Mais je suis franchement restée sur ma faim. L'histoire familiale compliquée de Lucy m'avait laissé espérer plus. Plus d'explications, plus de compréhension, plus d'émotion. On sait que la relation entre Lucy et ses parents est plus ou moins inexistante et -bon sang - j'aurais aimé savoir clairement pourquoi. Alors oui, on peut toujours l'imaginer, mais j'aurais quand même voulu qu'au bout d'un moment l'auteur me confirme que j'étais dans le bon. Pour tout dire, j'ai même pensé pendant un moment que Lucy imaginait que sa mère était à son chevet, j'ai failli revenir en arrière pour vérifier si ça collait avec les réactions des infirmières. 

L'alternance entre passé et présent aurait pu être terriblement prenante, mais je l'ai trouvée plutôt terriblement brouillon. J'ai eu du mal à trouver le fil conducteur et, au bout d'un moment, ne voyant rien de concret venir, je pense que j'ai plus ou moins lâché l'affaire.

Bref, le tout m'a paru survolé, à peine esquissé, sans qu'à aucun moment je ne parvienne à m'attacher à Lucy et à rentrer dans son histoire. Ce n'est pas mauvais, c'est "juste" insipide, sans que j'arrive vraiment à déterminer pourquoi ça n'a pas fonctionné avec moi. 

 

Merci aux Editions Fayard et à NetGalley, malgré tout 😉

 

Rentrée Littéraire 2017 #6

Posté par missmarguerite à 10:45 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags :