Ce que Marguerite lit

16 novembre 2017

Sa mère - Saphia Azzeddine

Sa mère

Marie-Adélaïde, née sous X, a la rage au ventre  ; elle a un destin, mais ne sait pas encore lequel. Pas celui de caissière à La Miche Dorée. Pas non plus celui de ses rares copines, certaines connues en prison, d’autres camarades de galère et d’errance.


Voila bien 2 ans que les copines hurlent à la pleine lune pour que je lise Bilqiss. J'ai promis-juré, et j'en ai bien l'intention... mais vous connaissez la dure loi de la PAL : il y a toujours un petit nouveau qui passe sous le nez du livre qui attend sagement. Bref, c'est avec Sa mère que j'ai finalement découvert Saphia Azzeddine (envie de la découvrir autrement que via la vision tronquée et quasi-insultante d'un certain petit roquet, aussi...) et c'est entre deux corrections et une biographie de Voltaire (sa vie, son oeuvre, sa meuf, diraient mes élèves) que je trouve enfin le temps de poster un minuscule billet (pourquoi diable les journées ne font-elles toujours pas 48h?).

Marie-Adélaïde, donc. Abandonnée à la naissance, pas très heureuse dans sa famille d'accueil, un passage par la case prison, et un boulot plus alimentaire que passionnant à La Miche dorée, qu'elle laisse un jour tomber pour devenir la nounou un peu grande gueule des enfants de la Sublime, bourgeoise alliant classe et moyens. Des moyens, sa mère biologique devait en avoir également, si elle en croit la marque du doudou avec lequel elle a été confiée à l'assistance publique. Marie-Adélaïde décide donc un jour de se mettre en quête de cette mère et de sa propre identité. C'est qu'elle a du mal à trouver sa place, entre ce X qui l'obsède, ce prénom qui la place en marge du milieu dans lequel elle évolue mais qui n'est pas suffisant pour se faire une place dans la bourgeoisie. Mais elle a de la volonté, et un sacré culot.

Les copines (toujours elles) m'ont dit avoir préféré Bilqiss. Je ne peux bien sûr pas comparer, mais j'ai en tout cas vraiment aimé cette façon qu'a Saphia Azzeddine de dégommer tout ce qui passe à sa portée (sauf qu'elle ne s'en prend qu'à des personnages de papier, elle), son franc-parler et son cynisme. Les pensées de Marie-Adélaïde ne suivent pas un fil très linéaire, mais l'écriture est tellement vivante et agréable que ça se lit vraiment facilement et avoir plaisir. Par contre, j'ai trouvé qu'elle restait un peu trop en surface et n'ai pas vraiment accroché à la fin. Mais j'ai (heureusement) toujours Bilqiss qui m'attend, pour retrouver son écriture avec un personnage et un contenu plus forts visiblement que dans ce dernier roman.

Merci à NetGalley qui m'a permis de découvrir cette auteure !

 

Rentrée Littéraire 2017 #9

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13 novembre 2017

Un loup pour l'homme - Brigitte Giraud

Un-loup-pour-lhomme_6227

Printemps 1960. Au moment même où Antoine apprend que Lila, sa toute jeune épouse, est enceinte, il est appelé pour l’Algérie. Engagé dans un conflit dont les enjeux d’emblée le dépassent, il demande à ne pas tenir une arme et se retrouve infirmier à l’hôpital militaire de Sidi-Bel-Abbès. 

 

Brigitte Giraud retourne avec ce roman sur les lieux de sa naissance, à Sidi-Bel-Abbès, lors de la guerre d'Algérie. 

Elle nous montre les appelés français, leur quotidien dans cette guerre dont on ne sait pas toujours si ce terme est bien choisi, s'il ne s'agit pas davantage d'une révolution ou d'un conflit, d'autant qu'on leur parle plutôt d'une mission de pacification. On suit Antoine qui, appelé alors qu'il espérait être réformé, demande à ne pas tenir une arme, à soigner plutôt que tuer. Après une courte formation, le voici donc infirmier - à l'abri, peut-être? Mais être infirmier n'empêche pas de voir et de sentir la guerre, la violence, la mort et la souffrance. Et Antoine, que son épouse Lila, enceinte, a tenu à rejoindre sur place, se retrouve à tenir une sorte de grand écart entre la mort qui s'impose et la vie qui se crée, entre l'hôpital et le campement d'un côté, et le petit appartement préservé de l'autre, où il a été autorisé à emménager avec sa femme. Un grand écart tel qu'il lui est parfois impossible de jeter des ponts, de raconter, ou d'oublier. 

Ses journées tournent souvent autour d'Oscar, un jeune soldat amputé d'une jambe, qui refuse de parler, et dont il se rapproche. La relation qu'il tisse avec le jeune homme va bien au-delà du lien qui unit un soignant à un soigné. Antoine donne en réalité l'impression de se raccrocher à Oscar, peut-être sa seule façon de se sentir utile dans ce bourbier. 

L'écriture de Brigitte Giraud laisse passer les émotions, la chaleur écrasante, la lourdeur et la pesanteur des journées et le sentiment d'abandon des Français sur place. Pourtant, je n'ai pas accroché, ni été touchée, autant que je l'aurais pensé, autant que j'avais envie de m'y plonger. Il faut dire que ce livre est arrivé tellement en retard, alors que d'autres engagements s'étaient greffés, que je n'ai pu prendre le temps de l'appréhender, d'en respecter le rythme, de pénétrer dans les motivations d'Antoine et de Lila. Ce n'est pas un livre qui se dévore, c'est un livre qui se déroule et qui se tisse, doucement, lentement.
Il m'aurait fallu, je pense, le temps de me pencher plus en détails sur le contexte historique dont je ne connais que très peu de choses. Je n'ai pu qu'effleurer les sentiments de Lila et d'Antoine, sans pouvoir tenter de les comprendre vraiment : j'ai par exemple été assez mal à l'aise avec l'idée que la jeune femme, enceinte, se jette en quelque sorte dans la gueule du loup en allant le rejoindre sur place; mais j'imagine que c'est parce que je me fais de la situation évoquée une image erronée ou du moins incomplète, occultant notamment le volet diplomatique et la façon dont les appelés eux-mêmes vivaient cette situation dans un premier temps.
C'est finalement le personnage d'Oscar qui m'a le plus intéressée et touchée, dans son désespoir de voir sa vie lui échapper : j'avais envie de comprendre ce qui lui était arrivé, ce qu'il cachait, ce qu'il craignait, et envie de savoir qu'il allait s'en sortir. 

Bref, j'ai malheureusement le sentiment d'être un peu passée à côté d'un roman qui aurait vraiment pu me plaire...

 

Lu pour les Matchs de la Rentrée Littéraire PriceMinister

 

Rentrée Littéraire 2017 #8

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04 novembre 2017

Le mystère Jérôme Bosch - Peter Dempf

Bosch

2013 : Madrid. Le Prado. Le Jardin des délices, célèbre triptyque du peintre flamand Jérôme Bosch, a été vandalisé par un prêtre dominicain. Le religieux, convaincu que l’œuvre dissimule un dangereux secret susceptible de nuire à l’Église, a lancé du vitriol sur le tableau avant d’être maîtrisé par les gardiens du musée.
1510 : Petronius Oris arrive à Bois-le-Duc dans les Flandres pour travailler aux côtés de Jerôme Bosch. Alors que la cité est envahie par les sbires de l’Inquisition, Petronius découvre que Bosch, initié à un secret hérétique, travaille en secret à un mystérieux triptyque.

 

En art - et en peinture notamment - je ne connais pas grand chose. Je ne dis pas que ça ne m'intéresse pas, que ça ne me plait pas. Vous pouvez me déposer devant le Louvre à l'ouverture et me reprendre le soir, je ne suis pas sûre que j'aurai pris le temps de manger à midi. J'aime me poser devant les tableaux et les laisser me parler. Mais ne me parlez pas de courants, de techniques, d'époques, j'oublie tout aussitôt. Il y a quelques exceptions : des tableaux que je reconnais, de Vinci qui me fascine et Bosch... qui aurait plutôt tendance à me faire grimacer. Je me suis toujours demandé quel esprit avait pu donner naissance à de tels tableaux. Cet été, nous avons eu l'occasion, en passant par les Baux-de-Provence, de visiter les Carrières de Lumières dont le thème était justement Bosch, Brueghel et Arcimboldo (bon, sur le coup, j'ai ralé d'avoir raté Michel-ange, de Vinci et Raphaël). La sensation d'être projeté au coeur des tableaux est assez impressionnante, et Le jardin des délices m'a semblé encore plus foisonnant. [3615 ma vie] Vous savez déjà (ou pas) que j'aime me pencher par dessus l'épaule des écrivains. Cette fois, c'est dans l'atelier du peintre que j'ai eu envie de me glisser.

Ce sont deux histoires que l'auteur nous invite à suivre, en parallèle. 

En 2013, Le jardin des délices est vandalisé par un prêtre, au discours misogyne, persuadé que le tableau renferme un secret qui menace l'Eglise. Le restaurateur et l'historien d'art en charge de l'oeuvre vont tenter de découvrir des indices de ce secret, tout en faisant parler le religieux, pour comprendre ses motivations. Ce dernier semble avoir eu accès à un manuscrit datant de l'époque même de la naissance du tableau.

1510 : Petronius Oris fait son entrée comme compagnon dans l'atelier du grand Jérôme Bosch. En pleine Inquisition, les peintres sont sur la sellette... surtout lorsqu'ils appartiennent à un culte dissident. C'est l'histoire de Petronius, confronté à l'Inquisiteur et observant la naissance et l'évolution du triptyque, que le prêtre transmet, cinq siècles plus tard.

J'avais beaucoup aimé, il y a une dizaine d'années, les romans de Iain Pears, proposant des enquêtes dans le monde de l'art, dans lesquels on se penche sur des oeuvres de Raphaël et Titien, ente Rome et Venise. J'ai donc apprécié de retrouver ce genre historico-policier ici, auquel s'ajoute l'immersion dans l'atelier du peintre, au plus près de la création de son triptyque. La somme de connaissances, à la fois sur l'époque, sur l'Inquisition et sur Bosch (autant sa vie que son oeuvre) est impressionnante. L'alternance entre passé et présent donne un rythme, maintient l'attention du lecteur, et permet à l'auteur de dévoiler une foule d'informations sans donner pour autant l'impression d'étaler sa science.

Malgré tout, j'ai trouvé que le roman péchait par quelques longueurs. Si j'ai - la plupart du temps - enchaîné les pages pour en savoir plus, il m'a semblé que certaines scènes étaient un peu répétitives et mon intérêt s'est quelque peu émoussé sur la fin.

Par contre, quelle excellente idée que cette magnifique couverture ! Elle représente en effet le tableau, dont seuls quelques détails sont dévoilés par des découpes dans la jaquette. On est donc constamment tenté de soulever cette dernière pour regarder le tableau, à la recherche de tel ou tel détail mentionné par Oris ou les restaurateurs.

 

Merci à Masse Critique et aux éditions du Cherche Midi pour cette très belle découverte !  

 

Rentrée Littéraire 2017 #7

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28 octobre 2017

Je m'appelle Lucy Barton - Elizabeth Strout

Lucy Barton

Hospitalisée à la suite d’une opération, Lucy Barton reçoit la visite impromptue de sa mère, avec laquelle elle avait perdu tout contact. Tandis que celle-ci se perd en commérages, convoquant les fantômes du passé, Lucy se trouve plongée dans les souvenirs de son enfance dans une petite ville de l’Illinois – la pauvreté extrême, honteuse, la rudesse de son père, et finalement son départ pour New York, qui l’a définitivement isolée des siens.

 

Rentrée Littéraire ne peut pas toujours rimer avec coup de coeur (nous l'allons montrer tout à l'heure) (faut que je dorme, oui, je sais)

J'avais vu passer plein d'avis hyper emballés sur ce roman, que je me réjouissais donc de découvrir. Sauf que non. Ça a fait plouf. A vrai dire, je me suis plus ou moins ennuyée quasi tout le long.

Ce n'est pas que ce soit mal écrit; au contraire, il se lit vite, facilement. Mais je suis franchement restée sur ma faim. L'histoire familiale compliquée de Lucy m'avait laissé espérer plus. Plus d'explications, plus de compréhension, plus d'émotion. On sait que la relation entre Lucy et ses parents est plus ou moins inexistante et -bon sang - j'aurais aimé savoir clairement pourquoi. Alors oui, on peut toujours l'imaginer, mais j'aurais quand même voulu qu'au bout d'un moment l'auteur me confirme que j'étais dans le bon. Pour tout dire, j'ai même pensé pendant un moment que Lucy imaginait que sa mère était à son chevet, j'ai failli revenir en arrière pour vérifier si ça collait avec les réactions des infirmières. 

L'alternance entre passé et présent aurait pu être terriblement prenante, mais je l'ai trouvée plutôt terriblement brouillon. J'ai eu du mal à trouver le fil conducteur et, au bout d'un moment, ne voyant rien de concret venir, je pense que j'ai plus ou moins lâché l'affaire.

Bref, le tout m'a paru survolé, à peine esquissé, sans qu'à aucun moment je ne parvienne à m'attacher à Lucy et à rentrer dans son histoire. Ce n'est pas mauvais, c'est "juste" insipide, sans que j'arrive vraiment à déterminer pourquoi ça n'a pas fonctionné avec moi. 

 

Merci aux Editions Fayard et à NetGalley, malgré tout 😉

 

Rentrée Littéraire 2017 #6

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16 octobre 2017

Quatrième étage - Nicolas Ancion

Quatrième étage

Bruxelles, ma [pas très] belle. Dans ce qui semble être un futur relativement proche, Thomas et Marie vivent dans un immeuble tellement défraîchi que les deux derniers étages, insalubres, ont été condamnés. Le manque de ressources a obligé Thomas à vendre peu à peu tous leurs biens pour payer de honteux loyers à un propriétaire véreux. Il n'y a plus dans l'appartement ni livres ni meubles superflus. Ne reste que la chambre, inviolable et inviolée, dans laquelle se repose Marie. Marie qui est malade, qui ne guérira sans doute pas, qui a besoin de manger et de dormir, et pour qui Thomas s'efforce de préserver l'illusion de la normalité. Hors de question qu'elle voie le gris du dehors et le dénuement du dedans. Hors de question qu'elle sache qu'ils risquent encore l'expulsion. Alors Thomas lui ment. Il invente un voisin, des travaux, pour expliquer le bruit des pas et des voix des Albanais que leur propriétaire leur a imposés contre un loyer impayé, et qui squattent alternativement la cuisine et la salle de bain. Il invente des histoires pour l'endormir, des prétextes pour justifier ses rares absences et des lendemains plus souriants, quand elle se sera suffisamment reposée. 

Bruxelles, l'embouteillée, un peu plus loin. Serge assiste à un accident qui le laisse dans ce qui ressemble bien à un état de choc, mais qui lui permet quelques heures plus tard de rencontrer la jolie Louise. Serge qui s'improvise plombier et pour qui une petite réparation finit par durer une journée complète. Serge qui offre des fleurs, mais n'arrive pas à expliquer clairement pourquoi. Serge qui pense trop, qui se laisse emporter par ses digressions, qui oublie pour quelle raison il est là, et nous avec lui.

Quelle belle découverte que ce roman!
J'ai adoré suivre Nicolas Ancion, sans trop savoir où il m'emmenait dans un premier temps. J'ai aimé ces amoureux, jeunes et vieux. J'ai aimé le sourire qui surgit à la lecture des pensées de Serge, la poésie qui se dégage de certaines pages, la nostalgie qui déborde des autres. J'ai aimé la tendresse de Thomas, la maladresse de Serge et la justesse de l'auteur. J'ai aimé le jeu sur le rythme et la ponctuation. J'ai aimé l'écriture, si belle, et les personnages, si beaux. J'ai aimé commencer cette lecture en souriant, beaucoup, avant d'être cueillie au détour d'une phrase par un coup à l'estomac. J'ai aimé comprendre alors que ce roman allait être beaucoup plus costaud que je ne le croyais. J'ai aimé la légèreté apportée par le plombier du dimanche. J'ai aimé cette impression d'urgence et ce sentiment d'être hors du temps. J'ai aimé être profondément touchée et me dire qu'elle a vraiment beaucoup de chance d'être aimée ainsi, Marie...

 

Merci à Babelio et aux éditions Espace Nord pour ce magnifique roman

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09 octobre 2017

Le meurtre d'O'Doul Bridge - Florent Marotta

o'doul bridge

San Francisco, sa baie, son océan, sa population cosmopolite.
C'est dans cette ville de l'Ouest américain que Michael Ballanger a décidé de se reconstruire. Loin de sa famille en lambeaux, loin de la France où un tueur en série mit sa vie en miettes. Le coach de vie à succès renaît avec la difficulté qui suit la perte d'un être cher.
Mais le voilà mêlé au meurtre d'un notable. Au moment de mourir, l'homme a composé un numéro, le sien.
Alors la tourmente l'emporte. Réveillant les douleurs du passé.

 

J'aime San Francisco. Je pourrais la jouer sérieuse et vous dire que ça date de ma découverte d'Armistead Maupin et de ses chroniques. Mais en réalité, ça remonte à plus loin et c'est moins littéraire... [Les fans d'Oncle Jesse comprendront]. Bref, j'aime San Francisco, son Golden Gate Bridge, sa baie, ses cable cars, ses maisons victoriennes, son pied de nez à Trump (et ses Chroniques). 

San Francisco, donc, où s'est réfugié Michael Ballanger, dit le French Coach, après le drame qui a détruit sa famille. Un coach de vie, qui va de conférence en émission de radio pour conseiller les autres, mais qui se bourre de somnifères, à la recherche d'un sommeil sans rêve. Technique qui ne fonctionne d'ailleurs qu'à moitié : c'est donc au cours de ces rêves que le lecteur comprend petit à petit son passé et les raisons de son départ pour les Etats-Unis.

Alors que sa fille Karine a décidé de renouer et de venir passer quelques jours avec lui, il vient justement - manque de bol - de se lancer dans une enquête officieuse, un ex-client ayant eu la fâcheuse idée de se faire abattre au terme d'une poursuite dans les rues de la ville. Cette poursuite en voiture est d'ailleurs la scène d'ouverture du roman, qui nous plonge directement dans l'action. Par la suite, le rythme ne ralentit que rarement, l'enquête alternant avec des moments plus "intimistes" durant lesquels le French Coach tente de renouer une relation avec Karine et qui nous permettent d'accéder petit à petit à son passé.

On découvre Michael par petites touches, avec ses défauts, ses zones d'ombre et finalement ses faiblesses, ce qui le rend de plus en plus intéressant au fil des pages. J'aurais aimé que sa fille et surtout son amie Kim soient davantage creusées : je les ai trouvées trop peu présentes, ou du moins dans un rôle un peu trop répétitif à mon goût. Cela dit, la fin laisse présager une suite, et j'espère bien que leurs personnages seront toujours présents, et s'étofferont au fil du texte. Gros bémol par contre pour le vilain flic que j'ai trouvé beaucoup trop caricatural, mais mention spéciale pour le journaliste légèrement parano qui file régulièrement un coup de main à Michael.

En conclusion, un chouette policier, rythmé, présentant un personnage plus complexe qu'on pourrait le croire à première vue, et servi par une écriture vraiment agréable. Dévoré en deux soirées alors que j'étais k.o. (merci la rentrée), c'est plutôt bon signe, non? 

 

Merci aux éditions Taurnada pour cette découverte !

 

Rentrée Littéraire 2017 #5

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18 septembre 2017

Hôtel Grand Amour - Sjoerd Kuyper

Hôtel grand amour

Au moment où Vic, 13 ans, marque le but qui qualifie son équipe, son père s’effondre, victime d’un infarctus. Il est emmené d’urgence à l’hôpital et Vic et ses trois soeurs doivent alors gérer seuls l’hôtel familial. Très vite, c’est le grand n’importe quoi ! Les clients s’enfuient, les créanciers débarquent : il ne reste plus que quinze jours pour sauver l’hôtel ! Sans rien dire à leur père…

 

Hôtel Grand Amour est un petit roman court, qui se lit rapidement, mais qui aborde pas mal de sujets plus ou moins graves. Un peu trop, peut-être? En effet, entre le deuil de la mère, vécu différemment par chacun des enfants, l'hospitalisation du père, les rapports entre frère et soeurs, les premières amours, la prise de responsabilités, les difficultés financières, l'amitié, l'envie de réaliser ses rêves, les thèmes sont vraiment très nombreux.

Le résultat? J'ai eu l'impression que ça partait dans tous les sens, sans entrer en profondeur dans les thèmes abordés. Il est vrai qu'il s'agit d'un roman jeunesse, d'où le fait que l'auteur n'a peut-être pas toujours souhaité creuser aussi profondément que je l'aurais voulu, moi, lectrice adulte et sans doute mieux armée. Sans doute a-t-il voulu garder une certaine légèreté, malgré les thèmes abordés, et proposer une lecture majoritairement récréative. Mais du coup, ça m'a un peu perturbée et j'ai eu du mal à y entrer complètement. Ça a eu pour effet, en ce qui concerne, une réelle impression de manque de réalisme, à la fois sur le plan de l'histoire et des personnages, auxquels je n'ai pas réussi à croire. Autant dans des romans relevant d'autres genres, ça peut ne me poser aucun problème, autant dans un récit qui aborde des problématiques très précises et réelles, ça me perturbe vraiment. J'ai besoin de me sentir aux côtés des personnages dans ce genre d'histoire, de leur sentir une réalité, et là ce n'était pas le cas.

Reste qu'on y trouve également beaucoup de tendresse, d'humour et même un côté carrément loufoque qui détendra sans doute l'atmosphère pour les jeunes lecteurs (mais qui n'est pas forcément ma tasse de thé). L'originalité du roman tient dans sa narration : Vic raconte son histoire sur magnétophone, et ce récit est interrompu de temps en temps, après coup, par son amie Isabel, qui ajoute ses commentaires ou des précisions qu'elle juge nécessaires.

J'en retiendrai surtout la volonté de mettre ces thèmes difficiles à portée des jeunes lecteurs (pré-adolescents, idéalement), un optimisme à toute épreuve, et un jeune héros plutôt attachant dans sa volonté de gérer sur tous les fronts et de protéger son père et sa famille. Néanmoins, le décalage entre les sujets abordés et le rythme hyper-rapide m'a dérangée.

 

Merci aux éditions Didier Jeunesse et à NetGalley pour ce roman qui paraîtra le 11 octobre. 

 

Rentrée Littéraire 2017 #4

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16 septembre 2017

L'aube sera grandiose - Anne-Laure Bondoux

aube grandiose

 

Titania emmène sa fille, Nine, 16 ans, dans une mystérieuse cabane au bord d'un lac. Il est temps pour elle de lui dévoiler des événements de sa vie qu'elle lui avait cachés jusqu'alors.

 

Alors qu'elle se prépare à assister à la fête du lycée, Nine est enlevée par sa mère. Les voici en route pour une cabane cachée au bord d'un lac. Le long trajet s'est fait dans le silence boudeur, Titania refusant d'expliquer à sa fille leur brusque départ. Ce n'est qu'une fois arrivées à destination, à la tombée de la nuit, qu'elle commence à lui raconter l'histoire de sa famille. Nine se découvre ainsi une famille : une grand-mère et deux oncles, qu'elle rencontrera enfin lorsque sa mère sera parvenue au bout de son récit. 

Le roman alterne les chapitres au présent - Nine, râlant sur l'absence de réseau et sa batterie à plat, tentant de nouer les fils, de comprendre pourquoi sa mère a choisi cette nuit-là pour sortir du silence - et au passé - Titania déroulant son enfance, entre sa mère célibataire et fantasque et ses frères, au gré des rencontres et des déménagements. Elles ont la nuit devant elles, et ce n'est que lorsque le soleil se lèvera que Nine connaitra le fin mot de l'histoire. De son histoire.

Étrange sensation que cette lecture, réalisée quasi en temps réel. J'ai en effet profité d'une insomnie pour lire pendant une bonne partie de la nuit, et terminé ce roman alors que le jour se levait. Est-ce que ces circonstances ont joué dans mon ressenti? Peut-être. Je me suis en tout cas totalement plongée dans cette lecture. J'ai adoré Titania, et sa famille follement attachante. J'ai assisté à des matchs de foot, à des sorties en vélo. J'ai partagé leurs rencontres, leurs séparations, leurs frustrations, et les secrets de Rose-Aimée. L'alternance entre les époques a bien sûr contribué à me faire entrer davantage dans l'histoire, me poussant à lire toujours un autre chapitre. On n'est pas loin de l'envoutement, avec cette histoire.

Et lorsque l'aube s'est finalement levée, j'ai regretté que l'histoire s'achève là, j'aurais voulu les accompagner encore un bout de chemin (et je me suis rendormie une heure, quand même). 

Note particulière pour les illustrations de Coline Peyrony, la fille d'Anne-Laure Bondoux, qui contribuent à nous replonger au coeur des années 80.

 

Merci aux éditions Gallimard Jeunesse pour cette très belle découverte.

 

Challenge Rentrée Littéraire 2017 #3

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26 août 2017

Le jour d'avant - Sorj Chalandon

lejourdavant

"J'allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, mort en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J'allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n'avaient jamais payé pour leurs crimes."

Michel a vécu son enfance dans un bassin minier, entre un poster de Steve McQueen et Joseph, ce frère aîné admiré, adulé, devenu mineur contre la volonté de son père. Ce grand frère qui lui ramenait toujours son "pain d'alouette" et se noircissait peut-être les ongles un peu plus que nécessaire pour lui offrir le plaisir de les nettoyer. Mais un matin de 1974, après la trêve de Noël, une explosion tue 42 mineurs. Joseph, mort seulement après quelques jours de coma, est exclu de la liste officielle des victimes. 

J'ai grandi dans une région riche de son passé minier. On voyait des terrils en allant à la piscine, des corons en allant à l'hôpital, et un châssis à molettes au Pass. On avait plein de copains italiens dont certains étaient là en partie à cause des "accords charbon". Mon arrière-grand-père et mon grand-père sont descendus, parmi tant d'autres. En juin dernier, j'ai enchaîné en quelques jours la visite de l'ancien charbonnage de Bois-du-Luc et une remise de diplômes organisée dans l'enceinte du Bois du Cazier (où un incendie entraîna 262 morts le 8 août 1956). Deux lieux impressionnants, chargés d'histoire... et d'histoires. Deux lieux dans lesquels je me suis demandé, comme à chaque fois, comment ces mineurs avaient pu survivre à cette noirceur, cette poussière, cette chaleur suffocante, cette absence totale de lumière. Des visites et des explications qui ont presque provoqué chez moi un sentiment de claustrophobie, et une infinie sympathie pour ces hommes et ces gamins qui vivaient pratiquement en vase clos, le charbonnage mettant tout en oeuvre pour les empêcher de quitter son enceinte - ne serait-ce que pour assister à la messe - et les plaçant sous une surveillance quasi constante.


Je vous ai déjà dit ici tout le bien que je pense de Chalandon et de son écriture. Dire que j'attendais ce nouveau roman avec impatience serait bien en-deçà de la vérité (ma libraire en sait quelque chose...). Est-ce le thème ou la proximité avec ces visités? Je suis en tout cas à deux doigts de crier au génie.

J'ai littéralement dévoré ce roman qui s'appuie sur une histoire vraie. La catastrophe de Liévin a réellement eu lieu, le 27 décembre 1974, dans laquelle 42 mineurs ont perdu la vie. Cette catastrophe était évitable, elle était due aux conditions de travail des mineurs, toujours obligés d'en faire plus avec moins de protection, pour plus de profit. On sent la rigueur du journaliste, dans la description des événements et des conditions de vie et de travail. Le reste, les personnages, leur histoire, le basculement du récit social au roman psychologique, est l'oeuvre de l'écrivain. Et quel écrivain ! J'ai retrouvé dans ce roman tout le talent narratif de Sorj Chalandon, son humanité, sa sensibilité, la nostalgie que j'avais déjà ressentie à la lecture de Profession du père. Comme dans ce dernier roman, j'ai eu envie de me glisser au milieu des familles, devant les grilles, de m'approcher de Michel et de Sylwia. J'ai eu envie de dire à Cécile de s'accrocher encore un peu, pour Michel, parce que sans elle il allait ou dépérir ou péter un plomb. On plonge alors dans l'obsession de ce frère qui s'est juré, un jour, de se venger de la mine. Et malgré tout ce que son projet peut avoir de répréhensible, on ne peut s'empêcher de rester à son coté, de le comprendre et de l'accompagner jusqu'à son procès.

Michel veut venger son frère, ses collègues, sa famille, et finalement c'est à l'ensemble des mineurs d'ici et d'ailleurs que ce livre rend hommage. Tous ceux que la mine a tués, directement ou indirectement. Tous ceux qui n'auront pas profité de leur pension, de leur famille, qui auront respiré du charbon jusqu'à leur mort, les poumons bouffés par la silicose.

Ce roman m'a bouleversée, chamboulée, autant par son histoire et sa narration que par la touche de son auteur. Pour tout vous dire, j'ai (brièvement) envisagé de filer à Besançon mi-septembre pour le rencontrer (brièvement, parce que non, ce n'est pas franchement envisageable). Oui, décidément, cet homme est un génie, qui insuffle dans ses romans quelque chose de particulier, quelque chose de l'ordre de l'humanité. Une âme, tout simplement. 

 

Edit après une superbe - bien que trop courte - rencontre avec l'auteur : 
Je vous conseille vraiment de foncer le rencontrer et l'écouter si vous en avez l'occasion. Sorj Chalandon met autant d'émotions dans ses rencontres que dans ses romans. De l'émotion, mais aussi de l'intérêt pour son interlocuteur, et une rage qui fait du bien. J'aurais pu l'écouter pendant des heures... Je suis repartie heureuse, émue, les larmes aux yeux (et totalement incapable de lire un autre auteur pendant une semaine). J'aimais ses livres, j'admirais l'auteur, j'ai découvert l'homme et je l'aime encore plus à présent. C'est ma plus belle rencontre (on sait pourtant qu'il y en a eu, et notamment d'auteurs qui comptent beaucoup pour moi) et je pense sincèrement qu'aucune ne l'égalera. 

 

Challenge Rentrée Littéraire 2017 #2 (et premier coup de coeur!)

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22 août 2017

La salle de bal - Anna Hope

lasalledebal

  

Lors de l'hiver 1911, l'asile d'aliénés de Sharston, dans le Yorkshire, accueille une nouvelle pensionnaire : Ella, qui a brisé une vitre de la filature dans laquelle elle travaillait depuis l'enfance. Si elle espère d'abord être rapidement libérée, elle finit par s'habituer à la routine de l'institution. Hommes et femmes travaillent et vivent chacun de leur côté : les hommes cultivent la terre tandis que les femmes accomplissent leurs tâches à l'intérieur. Ils sont néanmoins réunis chaque vendredi dans une somptueuse salle de bal. [...]

 

L'asile de Sharston se veut à la pointe du progrès, en ce début du 20ème siècle : encadrement par un personnel nombreux, vastes terrains et fermes lui permettant de vivre en auto-suffisance et de faire travailler ses nombreux pensionnaires, et même - incongruité notable - une somptueuse salle de bal. Cette salle, c'est l'endroit le plus grandiose de l'asile, au point qu'elle a, dès son arrivée dans l'établissement, tapé dans l'oeil de Charles, jeune médecin aux idées plutôt modernes, féru de musique et bien décidé à laisser son nom à la postérité. Il se propose d'étudier l'effet de la musique sur le comportement des aliénés, d'abord en jouant du piano dans la salle commune, puis en réunissant autour de lui d'autres membres du personnel, lors d'un bal hebdomadaire auquel ne sont conviés que les malades jugés irréprochables... ou sans danger. 

C'est à la faveur de ces bals qu'Ella rencontre John, Irlandais mélancolique dont elle se rapproche peu à peu. Parallèlement, elle se lie à Clem, dont l'appartenance sociale et la culture détonnent un peu dans cet asile.

Il est beaucoup question de médecine, de folie et de norme dans ce roman. De musique et de littérature. De rapport de force et de vulnérabilité. De la place de chacun aussi, notamment des femmes. Ah! cette hystérie à laquelle elles sont soumises par leur nature-même... Il est question de normalité et d'apparence. Celle qui permet de faire croire que l'on va mieux, pour espérer sortir; celle qui pousse à se laisser enfermer, pour trouver un peu de paix. Ella a bien compris ce qu'on attend d'elle. Elle est prête à jouer le jeu, si ça lui permet de revivre un peu, plus tard. 

Mais il en est qui jouent un jeu plus dangereux, et notre jeune psychiatre ne manie pas que les partitions. Dans une Angleterre en crise, en proie aux grèves, aux difficultés d'approvisionnement, et en butte aux préjugés, il se laisse séduire par l'eugénisme et se rapproche de plus en plus dangereusement du ravin. 

J'ai beaucoup aimé ce roman. J'ai trouvé passionnante sa trame de fond, et le mouvement de répulsion qu'il provoque. L'écriture rend bien l'atmosphère suffocante dans laquelle végètent ces malades, le manque de liberté, le sentiment d'être prisonnier d'un diagnostic à la lueur duquel leur comportement ne pourra qu'être interprété. On suit le basculement progressif d'un personnage de prime abord ouvert et tolérant, dont la folie supplante peu à peu celle des pauvres bougres qui lui sont confiés. J'ai aimé les démons et le calme de John, la fragilité apparente et la motivation d'Ella, Clem et ses livres (même si je l'ai un peu perdue en cours de route). 

Il est question de folie et de norme, disais-je. Mais qui peut dire où finit la normalité, où commence la folie?

En bref, j'ai apprécié le sujet très intéressant et interpellant de ce roman, ainsi que l'écriture de Anna Hope qui était une découverte pour moi. Seul bémol en ce qui me concerne : je n'ai pas été convaincue par tous les personnages, en tout cas pas jusqu'au bout.

 

Merci à Babelio et aux éditions Gallimard pour cette belle découverte. 

 

ChallengeRL2017

Challenge Rentrée Littéraire 2017 #1

Posté par missmarguerite à 13:28 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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