Ce que Marguerite lit

16 février 2017

Place des ombres, après la brume - Véronique Biefnot, Francis Dannemark

place-ombres

 

Entre réalisme et magie,
une atmosphère fantastique,
un drame romantique,
un mystère où le surnaturel n’est jamais loin…

 

 

Troisième roman du duo Biefnot/Dannemark, ce titre diffère des deux premiers, à plus d'un titre. Tout d'abord parce qu'il s'agit d'un diptyque, là où La route des coquelicot et Kyrielle Blues entremêlaient les deux plumes sans que l'on puisse savoir qui avait écrit quoi. Ensuite parce que les auteurs s'aventurent dans un genre littéraire différent : le roman fantastique. 

La première partie, Place des ombres, tire son titre du nom d'une place, où emménage Lucie. Jeune étudiante en lettres fraîchement débarquée dans une ville universitaire inconnue, elle se trouve rapidement isolée et, disons-le franchement, plutôt paumée. Ses parents ont rejoint l'Italie, persuadés qu'elle n'a désormais plus besoin d'eux, elle s'est peu à peu éloignée de sa meilleure amie, et ne se lie pratiquement pas avec les autres étudiants. Sa rencontre avec un vieil herboriste l'amène à investir un petit appartement dans un vieil immeuble quasi désert, où des bruits mystérieux ne tardent pas à l'intriguer. 

La seconde partie, Après la brume, se déroule une vingtaine d'années plus tard et se centre cette fois sur Maud, l'amie de Lucie. C'est à présent elle qui doit faire face à une situation particulièrement difficile.

Dans un cas comme dans l'autre, je n'en dirai pas plus, pour ne rien dévoiler.

J'ai trouvé ce roman plutôt perturbant. Principalement, je crois, parce que j'ai trop l'habitude de lire Véronique Biefnot et Francis Dannemark dans un registre plus lumineux. Je ne suis pas forcément lectrice de fantastique (il suffit de parcourir les catégories du blog pour s'en rendre compte), mais je me demandais vraiment ce que pouvait donner leur écriture, cuisinée à cette sauce. Le talent est toujours présent, donnant à ces pages une atmosphère oppressante qu'il est difficile de quitter, d'autant plus que les liens entre les personnages secondaires ne s'esquissent que peu à peu, titillant la curiosité. Si l'histoire est sombre, si les événements sont terribles, les auteurs restent eux-mêmes lorsqu'ils dessinent les relations entre certains de leurs personnages : la douceur, l'inquiétude qu'ils se portent mutuellement, la nostalgie des moments passés ensemble ne sont jamais loin, et en cela ils n'ont pas renié leur écriture en se frottant au genre fantastique. 
J'ai souvent qualifié les romans de Francis Dannemark de lectures hors de la réalité, me plongeant dans une bulle, l'espace de quelques heures. Et je m'aperçois que c'est également le cas ici, malgré le fait qu'il ne s'agit pas cette fois d'une bulle de douceur, de couleurs et de chaleur. J'ai ressenti l'histoire de Lucie et celle de Maud comme constituant des moments hors du temps, tout comme la Place de la montagne aux ombres et le château habité par Maud semblent appartenir à un monde parallèle, à une réalité différente. Pour le côté fantastique, celui qui fait perdre au lecteur ses repères et l'amène à se sentir mal à l'aise, c'est plutôt réussi.

Si ce roman n'a pas été un coup de coeur, cette fois (impossible, je pense, d'avoir un coup de coeur pour un roman fantastique) (vous avez dit "rationnelle"?), si l'histoire est un peu trop surnaturelle pour moi, si j'ai personnellement eu beaucoup de mal à supporter le personnage de Lucie dans la première partie (question de tempérament?), cela ne m'a pas empêché de particulièrement apprécier par exemple l'histoire de l'herboriste ainsi que le personnage de l'instituteur retraité. Reste finalement le principal : le bonheur de retrouver, en filigrane, Biefnot et Dannemark dans ce qu'ils font de mieux : l'humain. 

 

Merci à Francis Dannemark et à Véronique Biefnot pour leur envoi.

Vous pourrez les retrouver, à plusieurs reprises, durant la Foire du Livre de Bruxelles, du 9 au 13 mars.

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15 février 2017

Les échoués - Pascal Manoukian

échoués

 

Ils sont porteurs d'espoir. Endettés, sacrifiés, ils ont laissé leur famille pour rejoindre la France et ses promesses. Virgil le Moldave, Chanchal le Bangladais, Assan le Somalien et sa fille affrontent le désenchantement de la clandestinité, les repas de poubelle et les nuits dehors. Le renoncement n'est pas une option. Ils n'ont pas de papiers mais une volonté forcenée de vivre. Et ils sont ensemble.

 

Il est des romans dont on sait, à peine dépassées les premières pages, qu'ils ne seront pas faciles. Pas difficiles à lire, non. Difficiles à vivre. Difficiles à refermer, à ranger et à oublier. Il est des romans qu'on n'a pas l'intention d'oublier, en réalité. 

Les échoués est de ceux-là. C'est un roman précieux. Un roman dans lequel j'ai plongé, que j'ai laissé me happer. Parce que la plume était belle. Parce que les personnages me touchaient. Parce que l'auteur me parlait, doucement, de Virgil, de Chanchal, d'Assan et d'Iman, et que je voulais savoir comment ils allaient s'en tirer. Je voulais m'assurer qu'ils allaient survivre à cette traversée, survivre aux passeurs, aux caches irrespirables, aux contrôles de police, au chacun-pour-soi inévitable quand la vie ne tient plus qu'à un litre d'eau et à une poignée de dattes. 

A l'heure où nos frontières se ferment, où nous oublions que nous avons aussi été, par le passé, des réfugiés, ce texte nous fait vivre de l'intérieur (d'un trou, d'un faux-plancher, d'un squat) la réalité vécue par tous ces hommes et femmes qui tentent - simplement - de trouver ou d'offrir à leurs enfants une vie meilleure. Une vie avec de la nourriture sur la table, une vie sans mariage forcé ou sans guerre civile. Ces hommes et ces femmes qui s'endettent pour plusieurs années, simplement pour payer un passeur, sans certitude de réussite, et sans imaginer ce que seront leurs conditions de vie à l'arrivée. Parce qu'après le déracinement, la faim, les risques encourus, c'est l'exploitation qui les attend souvent... Pour autant qu'ils trouvent un travail, non déclaré bien sûr, non protégé (parce qu'exploiter la misère du monde, c'est tellement plus simple et moins cher que d'engager des ouvriers syndiqués, n'est-ce pas), c'est pour une misère qui ne leur servira qu'à rembourser, petit à petit, leur dette. Ah oui, franchement, qu'ils sont pénibles, ces réfugiés, à venir nous voler nos emplois et nos allocations! Le pire (?) étant peut-être de se dire que les histoires racontées ici prennent place dans les années 90 et que depuis, la situation a empiré à peu près partout...

C'est un roman bouleversant. Un roman qui se vit. J'ai eu la nausée et l'impression d'étouffer, j'ai senti les coups, l'humiliation, la peur et la douleur. J'ai respiré et profité avec eux de l'air marin, et senti l'odeur du poulet. J'ai essuyé rapidement quelques larmes, en passant (parce qu'en salle des professeurs, quand même, ça ne faisait pas sérieux...). J'ai eu le coeur tout gonflé de lire ces moments de grâce, ces moments où l'humanité refait surface, où des amitiés se nouent, où même celui qui n'a plus rien trouve quelque chose à donner à un enfant qui en a besoin.

L'histoire d'Iman et de ses compagnons de galère, fictionnelle mais dont on sait qu'elle ne fait que relater la vie de tant d'hommes, de femmes et d'enfants, m'a totalement retournée et me poursuit encore. Elle a précisé un projet qui mûrissait depuis quelque temps et qui a éclos grâce à Pascal Manoukian : j'ai désormais une nouvelle pucette dans mon coeur, une filleule du bout du monde. Il est des romans qui ont ce pouvoir-là... 

 

Merci à Masse Critique pour cette pépite.

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03 décembre 2016

Les crayons rentrent à la maison - Drew Daywalt, Oliver Jeffers

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Duncan est heureux. Il a écouté les revendications de ses crayons en rébellion et la vie a retrouvé toutes ses couleurs. Enfin presque, car arrive au courrier une pile de cartes postales à son nom. 

 

Oliver Jeffers, vous le savez, est un de mes chouchous (quand je pense qu'il était en dédicace à Montreuil aujourd'hui...). Tout comme moi, mes loulous admirent depuis longtemps son coup de crayon, et ils avaient beaucoup aimé Rébellion chez les crayons, réalisé en collaboration avec Drew Daywalt.
Lors d'une des dernières opérations Masse Critique, et alors que j'étais bien décidée à ne cocher que "Agatha" parce que je bavais d'envie sur son résumé, je n'ai pu faire autrement que de tenter notre chance pour cette suite que, j'en étais sûre, ils seraient ravis de recevoir. Et j'ai rudement bien fait de penser d'abord à eux (oh... le sacrifice fut très supportable, vous vous en doutez...).
Je pense qu'ils ont encore préféré ce second tome! Je dis "second tome", mais les deux albums peuvent tout à fait se lire indépendamment.
Nous avions quitté Duncan alors qu'il avait réussi à gérer les revendications de ses crayons. Nous le retrouvons ici alors qu'il reçoit une pile de cartes postales, venues des quatre coins de la maison, et d'ailleurs. C'est que Duncan peut s'avérer un peu tête en l'air, oubliant ses pastels sur le canapé ou au bord de la piscine. Au fil des pages, présentant de nouveau le texte et l'illustration en regard, c'est à de jolis fous-rires que Jeffers et Daywalt nous convient. Mention spéciale, dixit mes loulous, à Esteban le Magnifique et au crayon rose fluo, "vraiment pas doué en géographie" selon mon grand. Ils en récitent déjà quelques pages, entre deux fourchettes de pâtes, en rigolant comme des baleines. J'ai quant à moi particulièrement apprécié le clin d’œil des crayons jaune et orange, dans lequel tout parent risque fort de se reconnaître.

Merci à Masse Critique et aux éditions Kaléidoscope pour cet album qui a ravi mes deux lecteurs !

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01 novembre 2016

Un paquebot dans les arbres - Valentine Goby

paquebot

À la fin des années 1950, Mathilde, adolescente, voit partir son père puis sa mère pour le sanatorium d'Aincourt. Commerçants, ils tenaient le café de La Roche-Guyon. Doué pour le bonheur mais totalement imprévoyant, ce couple aimant laisse alors ses deux plus jeunes enfants dans la misère. Car à l'aube des années 1960, la Sécurité sociale ne protège que les salariés et la pénicilline ne fait pas de miracle pour ceux qui, par insouciance, méconnaissance ou dénuement ne sont pas soignés à temps. Petite mère courage, Mathilde va se battre pour sortir ceux qu'elle aime du sanatorium, ce grand paquebot blanc niché dans les arbres, où se reposent et s'aiment ceux que l'enfance ne peut tolérer autrement qu'invincibles.

 

Au milieu des années 50, Mathilde coule des jours tranquilles, entre ses parents Paul et Odile, propriétaires d'un café, sa soeur aînée et son frère cadet. Des jours tranquilles, certes, mais pas forcément parfaits pour elle, l'enfant du milieu, qui n'a de cesse d'être remarquée de son père, endossant naturellement le rôle du garçon manqué, du casse-cou, du fils qui n'a pas vécu. Quand la famille se retrouve sans revenus, quand les parents entrent au sanatorium, quand son frère est placé dans une famille d'accueil et elle-même dans une autre, elle n'aspire qu'à une chose : prendre son indépendance, reprendre et assumer Jacques, faire sortir ses parents du sana, recréer autour d'elle la famille éclatée. 

Entre la lâcheté des uns et des autres, par peur ou par méconnaissance, et l'insouciance des parents, c'est sur les bien frêles épaules de cette toute jeune fille que reposent désormais le bien-être de Jacques et, dans une moindre mesure, celui de Paul et d'Odile. C'est à elle qu'il revient de se débattre avec le manque d'argent, de nourriture, tout en assumant ses études et en rendant visite régulièrement à ses parents, pour ne pas les inquiéter, ou les décevoir.

De Valentine Goby, j'avais aimé - et le mot est faible - Kinderzimmer, qui avait mis la barre très haut. J'attendais avec impatience ce nouveau roman, plus encore après en avoir découvert le titre et la couverture. J'ai aimé retrouver sa plume, sa sensibilité, l'émotion et la dureté qui se dégagent de son récit. Comme dans Kinderzimmer, il y a un indescriptible mélange de sécheresse, de précision et de tendresse, de drame et de lumière, qui nous emmène au plus près de ses personnages. Je ne sais pas exactement à quoi cela tient, mais son style d'écriture paraît m'envouter. Même alors qu'elle relate des faits très terre-à-terre, très quotidiens, il en ressort une sorte de poésie qui m'emporte et ne me fait relever la tête qu'après plusieurs heures.

Si le thème n'est a priori pas folichon (les bacilles et la tuberculose, on a connu plus amusant), Valentine Goby poursuit son exploration des corps avec une sensibilité et une connaissance des thèmes abordés qui m'ont scotchée de la première à la dernière page. D'un bout à l'autre, j'ai eu envie de secouer ces parents, doux rêveurs, amoureux, qui finissent par devenir les enfants de leur fille cadette et qui ont fini par me mettre dans une colère terrible. J'ai eu envie de souffler à Mathilde de penser à elle, de prendre soin d'elle, plutôt que de se perdre dans ce sauvetage incertain. Car qui pense à elle, finalement? Qui s'est soucié de ses inquiétudes, de son incompréhension face à la maladie de ses parents et au rejet des voisins et des camarades de classe? Qui s'inquiète de sa fatigue, du froid et de la faim qu'elle doit affronter? Pour autant, jamais l'auteur ne tombe dans le larmoyant. Mathilde est - presque - seule, elle est jeune, mais elle est forte. Elle s'accroche à ses décisions, volontaire et décidée, prête à porter sa famille à bout de bras.

Un très beau portrait de femme, fort et poignant, doublé d'un travail de restitution historique et social vraiment intéressant, sur le plan médical notamment. 

 

Merci à Priceminister et à ses Matchs de la Rentrée Littéraire.

 

Challenge Rentrée Littéraire 2016 #1

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10 octobre 2016

Paris vu et vécu par les écrivains - Françoise Besse

Paris écrivains


" J'ai plus écrit de toi Paris que de moi-même
Et plus que de vieillir souffert d'être sans toi "
                                                                                          Louis Aragon

Vous ai-je déjà dit que j'aime Paris? Je ne pourrais sans doute pas y vivre, mais c'est une ville qui me fascine, où j'ai aimé chaque minute de mes trop courts et trop rares séjours, et où je pourrais retourner souvent... pour autant sans doute que je ne sois pas obligée d'en supporter au quotidien les côtés négatifs. J'aime ses boulevards, ses quais, ses jardins et ses musées. Déposez-moi à l'entrée du Louvre, vous m'y reprendrez dans une semaine... Une vision "romantique", sans doute, très "Amélie Poulain", mais je l'assume.

J'aime retrouver la ville et ses lumières dans les romans, aussi. Surtout. Je pense que ça date de ma lecture des Allumettes suédoises, quand j'avais 11 ou 12 ans. On saluera la grande référence littéraire, mais je pense vraiment que c'est ainsi que je suis tombée amoureuse de Paris, et surtout de Montmartre, il faut bien l'avouer. Depuis, c'est toujours un plaisir de retrouver Paris au coin d'une page, au détour d'une histoire, comme un personnage à part entière. Et c'est un peu de cette façon qu'en parlent certains des auteurs présents dans cet ouvrage.

Je ne sais donc pas si je vous avais déjà parlé de Paris. Par contre, je vous ai déjà dit et redit que j'adore me glisser dans le bureau des écrivains et me pencher sur leur épaule. Me faire souris et découvrir leurs secrets, leurs carnets, leurs lieux secrets et leurs rituels.

J'ai donc été ravie de recevoir ce livre, qui allait me permettre de me glisser dans les pas de quelques auteurs, de les suivre au fil de leurs pérégrinations parisiennes et d'écouter leur amour pour cette ville.
Les textes sont courts (d'autant plus courts qu'ils sont proposés à la fois en français et en anglais), illustrés de nombreuses photos et reproductions de tableaux (parfois sans rapport avec l'auteur en question, mais dans le but d'illustrer un quartier par exemple), et mettant en exergue quelques extraits, consacrés bien sûr à la ville. Nul doute que les connaisseurs de tel ou tel écrivain trouveront le contenu léger et sans réelle surprise; mais pour le néophyte ou l'amateur l'ensemble constitue une belle découverte, une jolie promenade guidée, de la rive gauche à la rive droite, de la Tour Eiffel aux grands travaux du baron Haussmann. Et puis, retrouver Victor Hugo et Louis Aragon est toujours un plaisir...

Merci à Babelio et aux éditions Parigramme pour cette jolie promenade.

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10 août 2016

Point final - William Lafleur

point final

Un billet qui attend son heure pendant un mois, ce n'est généralement pas fort bon signe. Oui, bon, il y a les vacances, les enfants, les trajets, le bruit des enfants, l'absence d'ordi, les enfants, les visites, le bruit, les enfants... Alors forcément, pas mal de billets concernant mes (pourtant nombreuses) lectures d'été ne verront jamais le jour. Mais pour celui-ci, je devais m'y coller, et j'ai un peu de mal, disons-le clairement.

Au départ, il y avait ce résumé qui me branchait franchement. Puis -tilt!- le fait que son auteur n'est autre que Monsieur le Prof, que je suis avec plaisir sur les réseaux sociaux et que j'étais heureuse de découvrir dans un genre différent et un format plus long. Bref, ce bouquin, je le voulais, je l'attendais.


L'homme mort est le journal de bord d'un père de famille ayant mis en scène son propre décès pour observer les réactions de sa famille. Reclus derrière son ordinateur, il les regarde vivre au travers de ses écrans, grâce aux caméras et micros dont il a truffé son domicile avant de disparaître.



Bah alors, où est le problème? 

Le problème, c'est que je suis un peu dubitative, voire perdue. Je n'irai pas jusqu'à dire que je n'ai pas aimé. Je ressens que ça ne correspondait pas du tout à ce à quoi je m'attendais, alors que je ne sais pas, objectivement, ce que j'en attendais... Oui, je sais, c'est confus, mais ça colle assez bien avec mon ressenti en refermant le livre.

Je n'ai, à aucun moment, réussi à entrer dans le récit et dans la tête des personnages, à comprendre leurs motivations ou leurs réactions, ni même à m'interroger à leur sujet. Bien que lu rapidement, je n'ai pas éprouvé le besoin de savoir ce qui allait leur arriver, comment ils allaient évoluer. Bref, j'y suis restée totalement extérieure, au point que même la chute ne m'a que brièvement intéressée. En fait, pendant toute ma lecture, je me suis demandé si j'aimais ou pas, me disant que je ne serais sans doute fixée qu'à la fin. Et puis vient cette fin, cette chute, qui donne une orientation particulière au récit, mais sans me permettre de comprendre les motivations de l'auteur, le sens qu'il a voulu donner à son texte.

J'ai du mal à dire ce qu'est ce livre. Alors parlons plutôt de ce qu'il aurait pu être au regard de son thème, mais qu'il n'est pas. Ce n'est pas une dénonciation du voyeurisme ou de la manipulation du père. Ce n'est pas une réflexion approfondie sur les relations familiales, sur l'absence, le manque ou le regret. Ce n'est pas un récit au 36ème degré, où le père a priori totalement immoral s'apercevrait finalement qu'il ne connaissait pas du tout sa famille. Ce n'est pas un texte tire-larme sur le deuil ni une satire sur certains aspects de notre société.

L'auteur expliquant que son livre était auparavant un blog, je me suis dit que j'allais le parcourir, pour voir comment il s'est construit, comment il a évolué, comment ses lecteurs y avaient réagi "en temps réel". Mais ma recherche s'est conclue par un flop, le blog n'étant plus accessible dans sa totalité. Me revoila donc au point de départ : je ne sais pas ce qu'est ce texte, et je suis donc incapable de l'apprécier. 

Bon... William Lafleur restera pour moi Monsieur le Prof, caustique et cynique, et c'est finalement très bien comme ça.

Merci à Michel Lafon

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14 juillet 2016

Insoumises - Cosnava, Ruben

insoumises

1934, Espagne. Pendant la révolution des Asturies, trois femmes se mêlent aux combattants : Fé, Esperanza et Caridad. On les surnomme les Insoumises. Elles combattent pour la liberté, pour leurs idéaux, pour montrer, aussi, peut-être, qu'elles y ont autant leur place que les hommes. Elles croisent Albert Camus, sont amoureuses, fortes souvent, perdues parfois, se déchirent, se retrouvent. Chaque partie est centrée sur l'une d'elles, dans ses rapports avec les autres et à l'action, et ce n'est qu'à la fin que le lecteur possède une vision tout à fait complète de leur histoire.

J'ai beaucoup aimé ce récit, pour ces personnages de femmes surtout, pour Caridad encore plus. C'est elle qui m'a le plus intéressée et marquée, pour ses convictions, pour l'importance qu'elle accorde à l'éducation, pour ses choix.
J'ai apprécié que l'auteur se centre surtout sur les personnages, leurs relations, leurs réactions, sans se perdre dans de nombreux détails historiques et politiques (même si cet arrière-plan est bien dépeint)... ou plutôt sans m'y perdre, moi qui suis une quiche en la matière.
Je suis moins "fan" du versant graphique. Je pense simplement que tout le monde ne peut pas forcément aimer à la fois Picasso et Cézanne, c'est une question de goûts et de sensibilité personnelle, sans qu'il s'agisse nullement d'un jugement sur la qualité de l'oeuvre en elle-même. Mais même si je n'ai pas accroché à certains aspects, tels que les expressions des personnages, j'ai trouvé néanmoins que le graphisme était tout à fait en phase avec l'histoire : les tons de brun, associé au noir et blanc, sont idéaux pour illustrer ce thème de la révolution et des combats.

En réalité, j'aurais voulu lire cette histoire dans un format plus long, dans un roman, tant je me suis attachée, l'espace d'une heure ou deux, à ces trois femmes exceptionnelles. Les thèmes abordés sont nombreux, tournant autour de l'émancipation, de la liberté de choix, et j'aurais aimé qu'ils soient plus longuement développés

Merci aux Éditions du Long Bec et à Babelio, sans qui je n'aurais pu faire cette jolie découverte.

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25 juin 2016

En attendant Bojangles - Olivier Bourdeaut

Bojangles


C'est une histoire d'amour, de folie, de soleil, de lumière... avec un bémol.

J'ai aimé plein de choses dans ce roman, et surtout plein de petites choses. Une liste, peut-être?
La couverture. La fantaisie. Les émotions toujours présentes. Les personnages fantasques. Le père qui appelle sa femme chaque jour par un prénom différent. Mademoiselle Superfétatoire, grand oiseau exotique membre à part entière de la famille. La musique omniprésente. Le ton léger du début et doux-amer de la suite. L'amour sans faille du père pour sa femme. Leur vouvoiement. L'absurdité des situations. Les petites phrases que j'avais envie de "post-iter" (j'invente des mots si je veux). La lutte contre le quotidien et les habitudes. La vérité toujours sur un fil. La tendresse et la drôlerie. La nostalgie. Le lent basculement vers la folie. Le regard du jeune narrateur, son interprétation au pied de la lettre de ce qu'il entend. Le contre-voix du père dans son journal. La plume fluide et le rythme du roman, dont les pages se tournent, et se tournent encore, sans voir le temps passer. Pour un premier roman, c'est extrêmement bien écrit, plein de verve. J'ai souvent pensé à l'écriture et aux romans d'Alexandre Jardin, durant ma lecture, en plus de L'écume des jours, qu'il m'a donné envie de relire.

Et le bémol, me direz-vous? Un détail, sans doute. J'ai trouvé les parents tellement égoïstes, que l'impression dérangeante qui en a résulté m'a empêché d'en profiter totalement. On est donc passé à "ça" du coup de cœur.

Je craignais, vu l'engouement généralisé, que ça retombe comme un soufflé (comme c'est trop souvent le cas lorsqu'on attend beaucoup d'un roman), mais pas du tout : hormis cet élément (mais on sait combien me chiffonnent toutes ces histoires qui posent la question de l'éducation, des choix personnels et de la vie que nous offrons à nos enfants), je l'ai trouvé très réussi tantôt sensible, tantôt jubilatoire, et surtout touchant de bout en bout.

 

L'avis de Nath, et celui de Scarlett

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23 juin 2016

La vie des autres - 50 récits de vie incontournables

La vie des autres : 50 récits de vie incontournables par Albernhe

 

Où je tente de rattraper un peu de mon retard abyssal... 

 

De jeunes auteurs, tels que Pacôme Thiellement, Julie Bonnie et Caroline Boidé, se sont penchés sur 50 récits de vie, tous incontournables, pour transmettre les pulsions de vie qui habitent ces écrits. 

 

Je fus un peu étonnée de prime abord : je m'attendais à un ouvrage collectif, présentant la vie de 50 personnalités. En réalité, il s'agit de la présentation de 50 récits de vie, chaque présentation étant faite par un autre auteur, en une page.
Ainsi, par exemple, Julie Bonnie parle de Bad Girl, l'autobiographie de Nancy Huston; Pacôme Thiellement présente une biographie de Arthur Rimbaud par Enid Starkie; Laure Albernhe se penche sur biographie de Picasso par Clément Oubrerie et Julie Birmant. Peu de réelles découvertes concernant la vie de ces grands personnages, donc; il s'agit davantage d'un catalogue que de véritables récits. Mais outre l'envie de découvrir l'un ou l'autre des ouvrages présentés, j'en retiens notamment la sensibilité qui émane de certains textes, sorte de mise en abîme où un (jeune) auteur relève ce qu'il trouve intéressant dans la vie d'une personne vue par un autre auteur (vous me suivez? j'imagine que non...). On sent l'admiration qu'ils éprouvent pour ces célébrités, même à travers les mots d'un autre.
Ce n'est pas le genre d'ouvrage que l'on lit de A à Z. Plutôt un recueil dans lequel on va grappiller quelques idées, selon nos centres d'intérêt ou nos envies du moment.

J'ai été particulièrement emballée par le récit que fait Julie Bonnie de sa passion pour Nancy Huston (auteure que j'apprécie beaucoup, au demeurant) et de sa rencontre avec elle. Elle a mis en mots ce que j'ai moi-même tant de mal à exprimer quant à ce que m'inspire et m'apporte Olivier Adam depuis que je le lis. C'est là que l'on s'aperçoit qu'au-delà des différences, de ce que l'on recherche dans un texte ou chez un auteur, des caractéristiques de son écriture ou des thèmes qu'il aborde, il y a dans la lecture quelque chose d'universel, une expérience qui, bien que fondamentalement différente (chaque lecteur, chaque auteur, chaque texte, chaque moment de lecture est unique), s'avère finalement partagée par nous tous. Ce texte, je l'ai relu plusieurs fois, et je n'aurais pu mieux exprimer mon ressenti. L'entretien avec Nancy Huston, abordant Romain Gary, est en lui-même également très intéressant.

J'allais dire que je n'avais pas abordé ce recueil en tant que lectrice, mais plutôt en tant qu'enseignante (c'est un outil que j'utiliserai, je pense, pour aborder le récit de vie avec mes élèves), mais finalement, je m'aperçois que c'est bien la lectrice en moi qui y réagit ici.

 

Merci à Babelio et aux Editons du Portrait.

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16 juin 2016

Les derniers jours de Rabbit Hayes - Anna McPartlin

Rabbit Hayes

Quand Mia, surnommée affectueusement Rabbit, entre en maison de repos, elle n'a plus que neuf jours à vivre.
Tous ses proches sont présents à ses côtés pour la soutenir. Jack et Molly, ses parents, incapables de dire adieu à leur enfant, Davey et Grace, son frère et sa soeur, qui la considèrent toujours comme la petite dernière de la famille, Juliet, sa fille de 12 ans qu'elle élève seule, et enfin Marjorie, sa meilleure amie et confidente. Au fur et à mesure que les jours passent et que l'espoir de la sauver s'amenuise, sa famille et ses amis sont amenés à s'interroger sur leur vie et la manière dont ils vont continuer sans celle qui leur apporte tant.
Car, si Rabbit a elle-même perdu la bataille, celle-ci ne fait que commencer pour son entourage.

 

Il est de ces romans auxquels, quoi que vous en écriviez, vous n'arriverez pas à rendre justice...

Que dire d'un roman aussi fort et remuant, émotionnellement? Qu'il m'a mis les larmes aux yeux et m'a noué la gorge? Vous vous en doutez bien... Les peurs de Rabbit, ce sont les miennes, à l'idée de faire vivre ça à mes loulous. La colère de son père, son incapacité à admettre qu'il n'y aura pas de miracle, ce sont aussi les miennes, face à cette maladie qui m'a déjà pris, notamment, mon grand-père. Le déni de sa fille, l'envie des autres de lui cacher l'ineluctable, c'est sans doute la tentation par laquelle nous passons tous, le moment venu. Je n'étais d'ailleurs pas forcément rassurée en commençant ma lecture. Et pourtant... 

Pourtant, il y a aussi dans ces pages de la lumière, de l'humour, des sourires, des rires (parfois nerveux, peut-être) (Barrez-vous!), des souvenirs, de l'espoir, et énormément de vie. Il y a Rabbit, entre force, faiblesse et humour ravageur. Il y a une famille absolument incroyable (et dans "famille", j'inclus la meilleure amie et la petite bande de potes, puisqu'ils ont toujours été considérés comme en faisant partie) dont tous les membres, absolument tous, sont attachants et donnent envie de les rencontrer, de leur serrer l'épaule et de les remercier, en même temps, pour toute la douceur, l'amour, la joie et l'humanité qu'ils apportent à Rabbit durant ses derniers jours, malgré leur propre peine. Molly qui ne rate pas une occasion de faire une gaffe. Le petit-salé de Grace. L'oeil au beurre noir de Lenny et l'amour qui lui dégouline par tous les pores. Davey, super tonton qui gère bien plus qu'il ne le croit. Juliet, forcément. Johnny, tellement présent malgré l'absence. Je me serais bien fait adopter par les Hayes, en fait. Parce que s'il n'était plus possible d'ajouter des jours à la vie, ils ont admirablement ajouté de la vie aux jours, puisque telle était leur nature.

Il y a l'envie de se coucher sur le ventre pour écouter de la musique. De taper contre la tôle d'une camionnette. Ou de lui courir après; je n'ai pas réussi à savoir ce qui m'aurait le plus amusée. De jurer comme Molly (Putain de merde. Putain de bordel de saloperie de pompe à merde. Saloperie de merde en briques) (rien que ça). De donner des surnoms ridicules et de faire des blagues pourries. De me cacher dans une cabane. De préparer des oeufs. D'emmerder Alandra. De m'asseoir sur un muret. De dire "Bouh!" au curé. D'offrir un lapin en peluche, parce que c'est plus facile que de parler.

Rarement un roman m'aura autant fait rire et pleurer à la fois. J'y étais tellement, que je chercherais presque où téléphoner pour prendre des nouvelles de Juliet...

Reste ce moment où il faut lâcher prise. Où il faut accepter, face à la douleur, que chaque jour de plus n'est plus vraiment un jour de gagné, mais peut-être un jour de trop, pour lui/elle. Que malgré la peine, l'absence et le vide, l'essentiel est peut-être qu'il/elle ne souffre plus, après ses années de combat.

 

Et puis, ma S., la vie (cette merde en brique) a voulu que ce soit justement aujourd'hui que tu dises adieu à ta Rabbit. Je pense très fort à toi, à elle que je n'ai pas vraiment connue mais à qui j'avais fait peur ce jour-là, et à ta famille que (j'espère que tu le sais, même si ce sont des choses que je ne dis pas souvent) j'aime tant. 

 

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Posté par missmarguerite à 11:56 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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