Ce que Marguerite lit

20 mai 2019

Gustave Courbet, Une biographie - André Houot

Courbet

Gustave Courbet fut un rebelle, André Houot retrace son parcours créatif agité à l'occasion du bicentenaire de sa naissance. " ... quand je serai mort, que cela soit dit de moi : "Il n'appartenait à aucune école, à aucune église, à aucune institution, à aucune académie, encore moins à aucun régime sauf le régime de la liberté " Gustave Courbet

 

Gustave Courbet choquait, mais pas seulement pour le tableau auquel on pense. En réalité, ce fameux tableau, L'origine du monde, ne risquait pas de choquer qui que ce soit de son vivant, puisqu'il a longtemps fait partie de collections privées. Par contre, le peintre, figure de proue du Réalisme, représentait les choses et les gens du peuple, tels qu'ils étaient... et forcément ça ne pouvait pas plaire aux partisans de l'idéalisme et du Romantisme, qui lui reprochaient de peintre "le laid". Dès lors, il eut parfois du mal à se faire exposer, d'autant plus qu'il n'acceptait pas facilement de se plier à l'approbation d'un jury. 

Ça, c'est ce que je savais déjà. J'ignorais par contre totalement qu'il avait tâté de la politique et fini sa vie en Suisse, après avoir été reconnu coupable du renversement de la colonne Vendôme. 

C'est justement en Suisse, à la fin de sa vie, que débute cette bande dessinée, lorsqu'attablé dans un café, il raconte ses souvenirs à un jeune client de passage. Souvenirs d'une vie qui le mène d'Ornans, bourgade de Franche-Comté où il avait grandi et aimait se ressourcer, à Besançon puis à Paris. Une vie de rébellion ou de scandale, durant laquelle il a toujours donné la priorité à son art, au détriment des femmes ayant croisé sa route. 

Le format a très certainement obligé l'auteur à opérer des coupes plus ou moins importantes, et à passer rapidement d'un personnage annexe à un autre, mais je suis ravie d'avoir pu découvrir rapidement l'essentiel de la vie de ce peintre dont le travail m'a plusieurs fois interpellée, et de redécouvrir certaines de ses célèbres toiles.

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14 mai 2019

L'inconnue de l'équation - Xavier Massé

inconnueéquation

Quatre heures. La police n'a que quatre heures pour démêler ce qui ne semblait être au départ qu'un simple drame familial : un couple, Juliette et François, retrouvé carbonisé, leur fils, Julien, gisant au sol.
Deux salles d'interrogatoires, deux témoins de la tragédie : la mère de François et une flic déjà présente sur les lieux. Deux versions, deux visions différentes.
Accident, meurtre, ou vengeance ?
Une toile d'araignée va se tisser peu à peu et d'une simple énigme va surgir une équation… aux multiples inconnues.

 

A l'issue du premier chapitre, François et Juliette sont morts, leur maison incendiée, et leur fils est aux soins intensifs. Deux témoins : la mère de François et une policière présente sur les lieux. Leurs versions des événements et des mois les ayant précédés ne collent pas. Sans éléments clairs, les enquêteurs devront pourtant les laisser partir. Ils ne disposent donc que de 4 heures pour remonter le fil et comprendre comment ce couple uni a pu en arriver là.

Les principaux protagonistes n'étant plus en état de raconter quoi que ce soit, c'est uniquement à travers ces deux témoignages indirects, à travers ce que François (surtout) leur a confié, que le lecteur découvre leur histoire, avec ses hauts et ses bas. De ce fait, les personnages me sont restés éloignés, flous. Je dois avouer que je ne me suis absolument pas attachée à eux, mais sans doute est-ce un effet de leur caractère changeant.

Le point fort de ce récit, c'est son rythme, puisque l'auteur ne dispose que des 4h d'interrogatoire pour le boucler. Ce rythme, associé à l'alternance entre passé et présent, imprime une vrai suspense, qui pousse à lire le roman d'une traite. Cependant, j'ai eu le sentiment parfois qu'il voulait aller trop vite, l'impression de me perdre parfois dans la chronologie des faits, ou que le laps de temps séparant deux événements manquait un peu de logique.

Malgré ce bémol, je me suis vraiment prise au jeu. Sentant confusément ce qui clochait, j'ai échafaudé des hypothèses, tenté de les vérifier, pour finalement découvrir le fin mot de l'histoire, plutôt machiavélique, en même temps que les enquêteurs.

En bref, L'inconnue de l'équation est un bon roman policier, qui fait fait exactement le job qu'on lui demande : vous faire oublier les corrections qui attendent ou le repas qui mijote, et vous mener par le bout du nez, de la première à la dernière page.

Merci à Joël et aux éditions Taurnada pour la découverte de ce roman qui paraît ce 16 mai ! 

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17 avril 2019

Exode

La migration ici et ailleurs

Je me suis penchée ce matin sur la photo proposée par Bric à book pour l'atelier du mois, mais l'inspiration est aux abonnés absents. Alors, j'ai gribouillé un peu sur un autre sujet, et au détour des pages j'ai eu envie de sortir du carnet ce texte, rédigé lors d'une formation continuée.
Il s'agissait d'une journée organisée par Annoncer la couleur (programme d'éducation à la citoyenneté mondiale), sur les possibilités d'aborder les migrations en classe, au cours de laquelle les formatrices nous ont proposé un (trop) court atelier d'écriture. La consigne était de choisir une photo parmi celles étalées devant nous (et montrant des migrants) et de raconter, à la première personne, le voyage de la personne qui y figurait, en utilisant si possible les cinq sens. J'ai opté pour une photo représentant plusieurs personnes, de dos, sur une route, dont un homme portant un enfant sur les épaules. C'est cet homme que j'ai eu envie de faire parler. * 
Une petite vingtaine de minutes plus tard, voici ce que j'avais proposé :

 

Au début, nous étions bruyants. Chacun expliquait d'où il était parti. Quelles raisons l'avaient poussé à quitter sa famille, ses racines, les ruines qui lui servaient encore plus ou moins d'habitation. Nous disions nos espoirs, nos rêves; le copain que l'un voulait retrouver; l'argent qu'un autre espérait envoyer à ses parents. Les mères rassuraient les enfants, leur disaient de compter ou de chanter en marchant.

Tout cela faisait un brouhaha qui m'est vite devenu insupportable. Moi, tout ce que je voulais, c'était rester encore un peu avec elle, en pensées. A peine avais-je eu le temps de l'enterrer, qu'il avait fallu emballer nos quelques vêtements, le peu d'argent qui me restait, avant de prendre mon fils par la main pour l'emmener loin de ces lieux de désolation. En avançant, les images des bombardements se superposaient à celles des endroits traversés, tout aussi désolés, dépeuplés, couverts de ruines et de poussière. Le visage de ma femme peinait à se frayer un chemin jusqu'à mes rétines, et aujourd'hui j'ai peur qu'elle s'efface peu à peu de ma mémoire, de mes souvenirs.

Il y a bien longtemps que nous avons épuisé les maigres réserves de nourriture emportées. Mon fils, qui a arrêté de marcher depuis plusieurs jours, que ses jambes ne portent plus, passe de mes épaules à celles de mes compagnons d'infortune. Son poids pèse de plus en plus sur mes muscles fatigués. Je sens son souffle au creux de ma nuque lorsqu'il somnole, et je me dis alors qu'au moins la faim et la soif ne le tenaillent plus. Mes compagnons lui ont offert leurs dernières gouttes d'eau, à peine de quoi constituer une gorgée. A peine de quoi apaiser la brûlure que le soleil et la poussière font naître dans notre gorge.

***

La fatigue, le doute et la faim nous ont pris, l'un après l'autre. Les enfants ne pleurent presque plus. Leurs yeux regardent sans les voir les paysages que nous traversons. Ils ne nous demandent plus pourquoi nous ne nous arrêtons pas. Ils ne nous demandent plus quand nous rentrerons à la maison. Ils semblent avoir compris que nous n'avons plus de chez nous, que nous ne sommes nulle part, que nous nous contentons d'avancer, et d'avancer encore, en espérant trouver, au bout de la route, un ailleurs qui nous accueillera.

*** 

Nos voix se sont tues. L'espoir pas encore. Pas totalement. Ai-je pris la bonne décision en l'emmenant avec moi?

 

*Je n'ai pas retrouvé la photo utilisée lors de l'atelier; celle-ci accompagne la présentation du dossier pédagogique "La migration ici et ailleurs", proposé par Annoncer la couleur.

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15 avril 2019

Dans la brume écarlate - Nicolas Lebel

Dans-la-brume-ecarlate_Lebel

Une femme se présente au commissariat du XIIe et demande à voir le capitaine Mehrlicht en personne.. Sa fille Lucie, étudiante, majeure, n'est pas rentrée de la nuit. Rien ne justifie une enquête à ce stade mais sait-on jamais... Le groupe de Mehrlicht est alors appelé au cimetière du Père Lachaise où des gardiens ont découvert une large mare de sang. Ils ne trouvent cependant ni corps, ni trace alentour. Lorsque, quelques heures plus tard, deux pêcheurs remontent le corps nu d'une jeune femme des profondeurs de la Seine, les enquêteurs craignent d'avoir retrouvé Lucie. Mais il s'agit d'une autre femme dont le corps exsangue a été jeté dans le fleuve. Exsangue ? Serait-ce donc le sang de cette femme que l'on a retrouvé plus tôt au Père Lachaise? La police scientifique répond bientôt à cette question : le sang trouvé au cimetière n'est pas celui de cette jeune femme, mais celui de Lucie...


Nicolas Lebel a écrit un roman d'amour. Ne partez pas trop vite! c'est bien d'un polar qu'il s'agit ici. Mais il n'empêche que c'est aussi un roman d'amour(s). Celui d'un frère pour sa soeur. Celui qui pousse un homme à braver les lois pour aider le fiancé de la femme qu'il aime. Celui qui rend fou. Celui qui met en danger. Celui qui survit à l'absence et mouille d'un coup les yeux de votre serviteuse.

Après les opus précédents, j'ai retrouvé avec grand plaisir Mehrlicht, son vocabulaire fleuri, son caractère de merde, et ses acolytes (ah! Dossantos, ses muscles, ses articles de loi débités par coeur, mais sa - légère - tendance à s'en écarter quand ça peut servir une cause qu'il estime juste).

Paris est une fois encore un cadre important, partie prenante de l'histoire, entre la Seine (et une scène de crime hallucinante) et le Père Lachaise, le tout baigné d'une brume qui semble ne jamais vouloir se dissiper. Une brume écarlate, parce que cette histoire est baignée dans le sang; du sang qui s'écoule inexorablement, au fil de cette enquête menée tambour battant. Le récit est rythmé, on pourrait presque dire minuté, les chapitres étant regroupés selon un découpage horaire.

Un peu perplexe d'abord face à la thématique qui se dessinait, je me suis finalement laissée prendre au jeu de cette idée originale et plutôt maîtrisée. Petit bémol pour un manque de suspense, à mon goût : même si on se doute que les disparues ne vont pas réapparaître comme par enchantement, malheureusement le mobile et surtout sa "chute" me sont apparus trop rapidement. Par contre, l'alternance entre l'écriture moderne et plus ancienne (la prose d'un personnage adressée à sa bien-aimée) est intéressante, de même que le jeu très réussi avec les codes du gothique et du roman fantastique.

MeToo est passé par là, mais sans lourdeur, la crise des migrants aussi, développant de petites histoires parallèles, qui finissent par rejoindre l'intrigue principale.

 

Enfin, l'humour de cet auteur est toujours un régal. Là où Norek enterrait ses collègues, c'est un chanteur populaire encore bien vivant que Lebel transforme en nouveau locataire du Père Lachaise (et j'ai bien sûr ricané bêtement à chacune de ses évocations). Quand aux sonneries installées sur le gsm de Mehrlicht par son fils, elles sont toutes plus kitsch les unes que les autres et ça m'éclate, naturellement 🤣

 

Si vous avez aimé les romans précédents, nul doute que vous apprécierez également celui-ci.

Merci à Babelio et aux éditions Marabout.

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11 avril 2019

Surface - Olivier Norek

surface

Ici, personne ne veut plus de cette capitaine de police. 
Là-bas, personne ne veut de son enquête. 

 

Ceux qui me connaissent le savent : un roman d'Olivier Norek ne fait jamais long feu dans mes mains. Sitôt reçu, sitôt lu. Adage qui se vérifie cette fois encore : reçu mardi juste avant ma sortie à la capitale, je l'ai ouvert dès mon retour. Et si je ne l'ai terminé que mercredi en fin d'après-midi, c'est parce qu'il a bien fallu dormir (un peu) et me nourrir d'autre chose que de chocolat. 

Mais comment pourrait-on réussir à lâcher ce roman, après une telle entrée en matière? Une arrestation minutée qui tourne mal, une flic à terre, et un prologue hyper nerveux. Vous ne pouvez que vérifier que rien ne viendra vous déranger et vous installer un peu plus confortablement, pour savoir comment Noémie pourra surmonter cet "accident balistique". 
Par contre, phobique que je suis dès qu'on touche aux yeux, j'ai eu très peur de ne pas pouvoir dépasser les premiers chapitres. J'ai failli contacter des amies lectrices, voire l'auteur lui-même, au bord de la syncope, pour m'assurer que j'allais survivre, mais je me suis dit qu'à passé 23h, j'allais me faire rembarrer. J'ai donc pris mon courage à deux mains, et ouf! on n'en reparle plus par la suite.

Ce roman est à mon sens dans la lignée - qualitative - des Coste, tout en étant totalement différent. Différent par ses personnages, par son histoire, par son cadre.
C'est qu'il nous emmène à la campagne, dans l'Aveyron! (j'ai dû chercher sur une carte, j'avoue). Noémie est priée d'aller y mettre au vert ses cicatrices, autant physiques que psychologiques, que certains collègues ne peuvent se résoudre à affronter. Que diable pourrait-il bien se passer dans l'Aveyron? Un taux de criminalité record - vers le bas. Des flics qui n'ont pas vu une mort suspecte depuis des années. Un lac artificiel, des arbres et des pierres. Et ce cadre devient pratiquement un personnage à part entière : le lac prend vie devant nos yeux, on est plongé dans ces villages isolés, à la pente démographique descendante, où les informations n'ont pas besoin de télé ou de radio pour circuler (et une pensée pour ma grand-mère). Vous y êtes? Vous trouvez cela reposant? Plus pour longtemps - et heureusement pour nous.

Comme toujours avec Olivier Norek, c'est très réaliste, tant sur le plan de l'intrigue que des personnages, sans être too much, ce que j'apprécie beaucoup. Je n'y trouve pas de violence gratuite, de descriptions me donnant la désagréable impression de se complaire dans l'insoutenable... alors même que le sujet abordé est insoutenable. De plus, tout semble parfaitement naturel : le lecteur néophyte comprend les rouages de l'enquête sans que ça tourne (comme c'est parfois le cas) à la leçon magistrale; les explications nécessaires sont intégrées au récit, et ça coule tout seul. On le vit plus qu'on ne le lit, en quelque sorte.
En outre, c'est réaliste, sûrement parce qu'il est lui-même policier, c'est parfois violent parce que le genre et l'histoire le veulent, mais surtout c'est en même temps profondément humain. Et ça, cette humanité, je pense de plus en plus que c'est la - jolie - touche Norek, celle qui donne à ses romans ce petit truc en plus, qui fait que j'attends - déjà - impatiemment le prochain.

Il y a tout, dans ce roman. Le clin d'oeil (tellement apprécié) à la team Coste. L'hommage et le soutien à son ancienne (sans doute pas tant que ça) famille de la police nationale. La joyeuse marque de fabrique de cette nouvelle génération d'auteurs de polar français, qui s'amusent à saluer les collègues au détour d'une phrase. Une héroïne incroyable de force, de (sacré) caractère et de résilience. Un récit rythmé, tout en miroir, entre le passé et le présent, le souvenir et l'oubli, le visible et l'englouti, l'amoché et l'intact. 

Surface est un p***** d'excellent polar, mêlant action et émotion, à ne surtout pas rater.

 

Et comme ces deux-là sont décidément inséparables, je vais maintenant pouvoir terminer ma petite bafouille sur le dernier roman de Nicolas Lebel, que j'avais pourtant lu en début de semaine. Mais ce malheureux Nicolas sait bien qu'il était impossible de résister à la tentation de plonger sans attendre sous la surface...

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Comme des mouches - Frédéric Ernotte - Pierre Gaulon

comme des mouches

Ca ne devait être qu'un jeu pour oublier la rupture. Une manière pour deux amies déçues par l'attitude des hommes de se venger en orchestrant le canular de leur vie : sélectionner huit candidats sur un site de rencontres, le Love Corner, et les mettre à l'épreuve pour une récompense en or : Regina. 

 

Une petite ville de province, deux amies d'enfance, célibataires, qui aiment se retrouver pour boire des cocktails après le boulot; le décor est posé. Leila digère mal un coup de canif dans le contrat et la rupture qui a suivi. Pour lui changer les idées et se venger des hommes, Gwen lui propose de réactiver leur ancien faux profil sur un site de rencontres et de se jouer des hommes qui voudront la rencontrer. Elles imaginent une série d'épreuves, au fil desquelles les prétendants seront éliminés, l'un après l'autre. Sauf que... Le jeu leur échappe : les hommes sélectionnés sont réellement éliminés, et Leila se sent de plus en plus menacée.

Dès les premières pages, le lecteur est embarqué, happé par l'histoire de Leila, et il le reste jusqu'au bout grâce au rythme soutenu et à l'alternance entre les narrateurs. Le suspense est géré de main de maître(s) et les informations savamment distillées, de quoi maintenir en haleine jusqu'au dénouement... diabolique.

Le travail d'écriture à quatre mains m'interpelle depuis longtemps (je pense notamment au duo Diefnot-Dannemark) (et pour m'y être essayée dernièrement, le temps d'un exercice, je n'en suis que plus admirative), mais les deux auteurs ont encore compliqué la tâche en travaillant à distance, entre la Belgique et le sud de la France : chapeau ! Tout roule, sans accroc et avec des dialogues non dépourvus d'humour. Mention spéciale pour les discussions sur le site de rencontre, assez jouissives il faut bien l'avouer.

Naturellement, j'ai passé la moitié de ma lecture à me demander qui avait écrit quoi. Et naturellement, je n'en ai au final aucune idée. Tant mieux, en réalité : c'est le signe que le duo fonctionne bien.

Naturellement, j'ai cru un moment avoir une petite idée du qui et du pourquoi. Et naturellement, je me suis plantée. Tant mieux aussi : j'aurais détesté ne pas me faire avoir.

Bref, c'est une totale réussite. Pierre Gaulon et Frédéric Ernotte sont invités à réitérer dès qu'ils le veulent!

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08 avril 2019

Haut le choeur - Gaëlle Perrin-Guillet

haut-le-chœur

« Quand je sortirai, tu seras la première prévenue… Je saurai te retrouver. »
Depuis qu'Éloane Frezet, la tueuse en série la plus abjecte de ces dernières années, a prononcé ces mots, Alix Flament vit dans l'angoisse que la criminelle sanguinaire s'évade de prison...
Alors, quand la journaliste reçoit un coup de téléphone d'Éloane en pleine nuit, elle comprend que la meurtrière va honorer sa promesse...
Une promesse de sang...

Les tueuses en série sont décidément à la mode en ce moment. Après Mon ombre assassine, place à Haut le choeur, toujours aux éditions Taurnada. 

Et quand je dis "place à...", vous n'aurez en fait même pas le temps de déblayer pour lui faire une petite place. J'ai été embarquée dès les premières pages, sans temps mort. Le rythme est soutenu, entre présent et passé, entre l'évasion d'Éloane et les meurtres commis autrefois par celui qui fut son mentor. On essaie de suivre la piste plus vite que les enquêteurs pour comprendre où l'auteure veut nous emmener, c'est plutôt addictif, et ça se lit très bien et très vite (c'est le billet qui traîne, comme d'habitude...). Quant au dénouement, vous m'en direz des nouvelles!

Si je devais exprimer un regret, ce serait un léger manque d'identification à l'égard d'Alix, lié aux choix narratifs qui m'ont laissée un peu extérieure à l'histoire. Malgré ce côté addictif et le jeu du chat et de la souris pratiqué par la psychopathe, le fait d'aborder ce personnage d'Alix à travers l'intrigue et sa relation avec Éloane, plus que par une plongée dans ses pensées, ses émotions, son ressenti, m'a tenue un peu à l'écart. Mais c'est un parti pris intéressant et c'est peut-être aussi cela qui rend le livre impossible à lâcher, tant on est pris dans l'action.

En bref, encore une belle réussite à pointer au catalogue de Taurnada, que je remercie pour cette découverte !

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01 avril 2019

Départ

Un post un peu différent, aujourd'hui, puisqu'il s'agit d'un texte personnel. Sans prétention aucune.
Je vois souvent passer les photos à la base des ateliers d'écriture de Bric à Book, toujours plus belles et inspirantes. Et à force d'imaginer régulièrement ce qui pouvait se cacher derrière ces portes, ces visages, ces lumières, sans toujours prendre le temps de poser les mots sur le papier - ou le clavier - j'ai eu envie de me lancer à mon tour. 

Voici donc ma première participation, celle de l'atelier n°325, inspirée par cette photo d'Arthur Humeau.

arthur-humeau-metro

 

Alors c’est ici ? C’est ici que l’on se quitte ? Sur ce quai de métro qui en a certainement vu tant d’autres. Ce quai qui nous a aperçus tant de fois, nous tenant par la main en attendant une rame qui nous emmènerait dîner. Ce quai où tu as si souvent posé ta tête sur mon épaule. Où tu râlais sur toutes ces marches qu’il allait falloir grimper, de retour de soirée, fatiguée.

Jusqu’au bout j’y ai cru. Jusqu’au bout je me suis dit que tu ne me laisserais pas partir ainsi. Que tu allais m’embrasser en me disant que tu serais sur ce même quai à mon retour. Que tes menaces n’étaient qu’une façon de me dire que tu avais peur de me perdre. Que cette phrase n’était que des paroles en l’air. Que tu finirais par admettre que je ne pouvais pas refuser. Pas maintenant. Pas encore.

Avant de te rencontrer, ce boulot, c’était toute ma vie. Il y avait bien la famille et les potes, quand je rentrais, mais rien qui me retenait vraiment ici. Ils avaient leur vie, leur travail, leurs passions, et aucun n’avait besoin de moi. Pas plus que je n’avais besoin d’eux. J’étais heureux de les voir, de sortir, de se faire une bouffe et de les entendre me raconter ce que j’avais raté, mais ça me suffisait.

Et puis tu es arrivée. Les départs sont devenus un peu plus difficiles, les retours semblaient toujours plus lointains. Mais tu le sais, ce boulot, ça restait une grande partie de ma vie. Puisque tu aimais mon empathie et l’importance que j’accorde aux autres, ma sensibilité et le temps que j’ai toujours voulu leur donner, tu sais que tu ne m’aurais pas aimé si j’avais été différent. Si j’avais grandi et mûri autrement. Si j’avais emprunté un chemin différent. Tu sais, même si tu ne veux pas encore l’admettre, que je ne me serais pas épanoui dans une autre voie, que je me serais détesté, et que tu aurais à ton tour détesté mon ennui, mon manque d’enthousiasme et d’implication.

J’aurais voulu trouver un juste milieu. J’aurais pu le trouver, si tu m’en avais laissé le temps. Mais je ne pouvais pas arrêter du jour au lendemain. J’aurais voulu que ce soit un projet commun. Qu’on y réfléchisse ensemble, que tu me guides dans ma reconversion, dans une voie qui m’aurait permis d’être encore moi tout en rentrant chaque soir près de toi.

Je ne peux pas m’aimer si je ne suis pas vraiment moi. Je ne peux pas me supporter, me regarder, si je n’apporte pas mon aide où elle est nécessaire. C’est une question d’équilibre. Et aurais-tu aimé un homme bancal ? Un homme qui ne s’aimerait pas et ne se respecterait pas lui-même ? Un homme éteint, qui aurait simplement attendu que les jours passent ?

Nous nous le serions reproché mutuellement. Nous nous serions détestés mutuellement. Alors je renonce, parce que je ne veux pas te détester. Parce que je préfère partir avec ce souvenir de nous, du temps où tu souriais bravement en me voyant m'éloigner, et où je m’imaginais revenir.

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21 février 2019

Soren disparu - Francis Dannemark, Véronique Biefnot

Soren-disparu

Une nuit, traversant un pont, Soren disparaît. Accident, fuite, suicide ? 
Pour percer le mystère, une centaine de témoins racontent Soren tel qu’ils le connaissaient. Homme multiple, tour à tour producteur, musicien, organisateur de festivals, il n’avait guère cessé, depuis la fin des années 1970, d’arpenter avec passion le monde de la musique. Mais que sait-on vraiment de ses proches ?

 

J'aurais voulu publier ce billet avant la Foire du livre de Bruxelles, où les deux auteurs vous attendaient, mais prise par les formations et les évaluations, il est malheureusement resté à l'état de notes et de brouillon jusqu'à ce soir. Et j'en suis désolée...

Véronique Biefnot et Francis Dannemark nous ont habitués depuis quelques années aux romans à 4 mains. Voici qu'ils nous surprennent avec une histoire à 100 voix. 

Ces voix sont celles des proches - et moins proches - de Soren, qui a disparu un soir, sur un pont surplombant la Garonne. Les voix de ses amis d'enfance, sa famille, son ex, ainsi que tous ceux qui l'ont côtoyé dans sa longue carrière. Dans ses multiples vies, devrais-je dire. C'est que ces 100 voix couvrent presqu'autant de facettes de son parcours, aussi bien personnel que professionnel (musicien, producteur, amateur de musiques...), mais aussi de sa personnalité. On le découvre admiré ou envié, énervant ou touchant, attendu ou décevant, espéré ou délaissé. On y vit des existences qui se rejoignent, se séparent, s'influencent, se découvrent, bref se tissent autour de ce personnage dont on se demande si on entendra finalement la voix, ce Soren que l'on découvre par petites touches, ni tout à fait le même ni tout à fait différent. Au fil de ces voix qui s'enchaînent, se suivent, se croisent et se contredisent, on apprend à le connaître - si peu - avec ses qualités et ses défauts, ni tout blanc ni tout noir; en bref : humain, et vivant, toujours. 

J'ai trouvé le travail sur les voix (combien de fois déjà ai-je écrit ce mot?) absolument remarquable. Chaque personnage (et je rappelle à quel point ils sont nombreux!) possède la sienne. On a l'impression de les entendre, tantôt murmurant, tantôt grondant, chacun avec son timbre, son phrasé, sa sensibilité, et les souvenirs de Soren qui affleurent à la surface des mots. Entendre Véronique et Francis interpréter (plus que lire) certains de ces personnages lors de la présentation du roman m'a confirmé qu'ils avaient pensé, créé, élaboré ces différentes voix comme des personnages ayant leurs mots et leurs émotions à dire sur Soren et sur sa vie, et non pas simplement comme de simples miroirs en montrant le reflet au moment de sa disparition. Je craignais de me perdre dans les nombreux personnages, de perdre le fil en raison de la chronologie bouleversée; mais ça n'a pas du tout été le cas (et ça doit tenir du prodige, vu ma petite mémoire!) 

Ç'aurait pu être un roman sur la disparition ou sur l'absence. Ou l'histoire d'une recherche. C'est en fait le récit d'une vie, vue à travers de multiples prismes. Un roman sur ce qu'on laisse de nous, sur ces petites choses parfois insignifiantes qui restent chez les uns et chez les autres une fois que l'on s'est quitté. Sur la façon dont on (et certains plus que d'autres, sans doute) laisse, chez ceux que l'on a côtoyés, une trace. Légère ou profonde, positive ou négative, mais une trace. Toujours.

Chère Véronique, cher Francis, merci pour votre petite musique au creux de l'hiver... et votre patience.

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14 février 2019

Les oscillations du cœur - Anne Idoux-Thivet

oscillations du coeur


Discrète et fleur bleue, la Japonaise Aïko Ishikawa est une designer textile talentueuse. Veuf inconsolable, l'écrivain Jean-Marc Poulain se définit lui-même comme une " ancienne gloire de la littérature ". Quant à la déroutante Angélique Meunier, elle est mathématicienne au CNRS. 
Que peuvent bien avoir en commun ces trois personnages ? En apparence rien, sauf peut-être leur amour pour de curieux petits jouets vintage appelés culbutos. Par hasard, ils découvrent que certains de ces joujoux renferment de mystérieux messages : " Le phare m'appelle ", " Les amants sont des âmes sœurs ", " Demain je pars "... 

 

En ce début d'année (quoi, je ne vous ai pas encore souhaité une bonne année? on n'est que le 14 février, je suis large!), j'ai eu envie  besoin  une nécessité vitale de légèreté. Je ne me précipite pourtant pas, habituellement, sur les feel good, craignant les rires en boîte un peu forcés. Mais il faisait froid, la période s'annonçait longue et les élèves pénibles, j'étais fatiguée, alternant réunions, formations et rdv médicaux. Bref, c'était pas le moment pour un bouquin hyper sérieux, il me fallait un truc sans prise de tête. Et puis y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis (et oui, j'utilise des tournures familières si je veux).

On suit ici trois personnages qui n'ont a priori aucune raison de se rapprocher, mais qui vont se retrouver autour d'un jouet de notre enfance : des culbutos (dont j'ai appris au passage qu'on les appelle également des poussah). Angélique est une mathématicienne, une "tête", sans le moindre ami, et qui vit toujours chez ses parents à 35 ans. Aïko, japonaise, est designer. Elle est venue vivre dans le sud de la France pour se rapprocher de Claudine Casserole, une chanteuse des années 70 que sa grand-mère admirait, et créer des imprimés textiles inspirés par des poussah. Enfin, Jean-Marc, auteur d'un unique succès littéraire, tente de faire le deuil de sa femme, décédée dans un accident de voiture. Chacun découvre un jour un court message à l'intérieur d'un culbuto. Au fil de leurs recherches sur la toile, ils finissent par se rencontrer et tenter de découvrir l'origine de ces mystérieux bouts de papier. 

Trois personnages très différents donc, chacun ayant un rôle à jouer, au sein de ce trio improbable, dans cette quête tout aussi improbable. Pensez donc : les voici qui traversent la France pour trouver des traces de la fabrication des fameux culbutos, dont l'usine a fermé ses portes depuis des années. Si je regrette un peu qu'ils soient stéréotypés, j'ai par contre beaucoup apprécié le personnage d'Angélique : une héroïne, autiste, comme on a peu l'habitude d'en voir dans les romans. La fin m'a également paru un peu facile, prévisible et trop remplie de bons sentiments à mon goût.

Néanmoins, c'est un roman qui a parfaitement accompli sa mission : léger, il m'a vidé la tête, tout en me proposant des personnages somme toute plutôt attachants et un point de départ très original. Il m'a aussi fait découvrir le Gömböc (wiki est votre ami) dont j'ignorais absolument tout et ... auquel je n'ai RIEN compris malgré ledit wiki (mais on trouve sur la toile des vidéos à l'effet un peu hypnotisant, ça contribue à vider la tête, donc Gömböc fut - brièvement - mon pote :p

Merci aux éditions Michel Lafon pour cette découverte, entre nostalgie, tendresse et sourire.

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