Ce que Marguerite lit

21 juillet 2017

Martha ou la plus grande joie - Francis Dannemark

Martha

Martha et Martin sont frère et soeur. La première a perdu une large part de sa mémoire lors d'un accident domestique, le second, traducteur, tente désespérément de joindre un auteur irlandais, devenu ami et récemment accusé de plagiat. Tous deux sont en route pour un petit village des bords de l'Yonne, à la demande d'une vieille amie de leur père, dont elle souhaite leur remettre des souvenirs.

Quel meilleur moment que ce début d'été pour se plonger dans le nouveau roman de Francis Dannemark... Installez-vous au jardin, à l'ombre d'un arbre. Si le bruit d'un ruisseau vous accompagne, c'est encore mieux : vous aurez l'impression de rejoindre Martha, les pieds dans l'eau, pendant que son frère peine à faire redémarrer cette satanée voiture tombée en panne. Mais dans le fond... Et si cette panne n'était que la possibilité d'une rencontre, d'une amitié, de quelques jours hors du temps, et de retrouvailles avec le souvenir d'un père décédé? 

Si vous me connaissez un peu, vous aurez déjà compris ce qui m'a plu dans ce court roman.
Des personnages - principaux mais aussi secondaires - attachants, meurtris parfois mais cultivant un bel optimisme, qui se croisent ou se suivent, qui se parlent, se dévoilent, s'interrogent. Des hommes et des femmes qui se retournent sur ce qu'a été leur vie, puis font face à ce qu'ils peuvent et veulent encore en faire.
Une fois de plus, Francis Dannemark fait mouche : il m'amène à voir la vie autrement, à me donner envie de profiter de ces instants précieux, de ces minutes passées à écouter le chant de l'eau, du soleil sur la peau, et des rencontres impromptues qui peuvent s'avérer si belles et délicates. Il m'a donné envie de passer du temps avec Martha, cette femme touchante, qui semble perdue mais qui comprend finalement si bien et qui voudrait rester maîtresse de sa vie malgré tout, mais aussi - et peut-être surtout - avec Jeanne, pour qu'elle puisse, une fois encore, si elle le souhaite, raconter ses souvenirs.
Une fois de plus, il y a là de la magie, faite de douceur, d'amour (dans tous les sens du terme), de bienveillance et de joie, qui m'a plongée dans une bulle, le temps d'un moment hors du temps.

Merci mille fois, cher Francis.

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09 juillet 2017

Framboise - Christophe Adam

framboise adam

Voila que je m'exerce à la "critique" d'un livre culinaire. Ce doit être la première fois, mais comment résister à Christophe Adam et à la framboise lors de la dernière édition de Masse Critique? (Déjà séparément, les deux sont miam, alors ensemble... ça annonçait de bons moments)
J'ai attendu un moment avant de rédiger mon avis, parce que je voulais d'abord tester plusieurs recettes, et ne pas aborder que le livre en lui-même : oui, les photos font baver, les desserts semblent délicieux, et me faire tutoyer par le chef m'a un peu perturbée, mais à part ça? Les recettes sont-elles faisables, ou s'agit-il d'un livre destiné à faire joli dans ma cuisine?
Eh bien, en gros, c'est jouable. Les recettes sont variées, parfois très originales (pas sûre de tenter les framboises dans la carbonara...), et mettent généralement l'eau à la bouche. Elles sont entrecoupées d'interviews, apportant un petit plus au livre, pour ceux qui s'intéressent au produit et pas uniquement à leur assiette. 
Je pense être bien loin d'avoir le niveau et le savoir-faire requis pour certaines recettes (sans compter que l'épicerie du coin ne vend pas de gélatine en poudre, de pectine ou de glucose), mais en attendant de prendre mon courage (et tous ces ingrédients) à deux mains, je me suis en tout cas déjà régalée de quelques réalisations, notamment du mirliton-trop-bon. Un jour, quand j'aurai 48 heures de calme devant moi (sans mômes lécheurs de plats dans les jambes, donc), je tenterai le sablé avec la ganache basilic qui me fait de l’œil depuis la réception du livre *bave* ou la charlotte *re-bave* ou les minichoux framboise praliné *et tant pis si les miens sont très moches*
La frustration est grande, cependant : difficile de trouver des framboises de très bonne qualité, et donc de tester toutes les recettes qui nous font de l’œil (oui, "nous", parce que le livre est passé entre toutes les mains de la maison, même si c'était moi le chef).

Merci à Masse Critique et aux Editions de la Martinière

 

PS1 : Je tenterais bien les éclairs 😇
PS2 : J'aime bien Christophe Felder aussi 😇
PS3 : J'ai un retard monstre, que je n'essaierai pas de résorber, mais je suis en vacances : ça devrait donc redevenir un peu plus régulier par ici...

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08 mai 2017

I invade you - Sarah Turoche-Dromery - Nils Barrellon

invade

Les Space-Invaders colonisent les murs de Paris pour qui sait lever la tête. Des corps sont retrouvés au pied des mosaïques. Jalousie, vengeance, cupidité, quels sont les mobiles de ces meurtres ? Une balade urbaine et une occasion de découvrir un Paris insolite.

 

L'été passé, nos (très) (grands) ados partaient à la chasse aux Pokémons. Depuis, le soufflé est un peu retombé (pour le plus grand bonheur de mes promenades dans le parc voisin...), mais les Space Invaders, eux, tiennent le coup depuis plusieurs années. Nils Barrellon et Sarah Turoche-Dromery nous proposent de les suivre sur les pas d'Esther, dans une découverte de Paris version street art. Au cours d'invasions nocturnes bien rodées, Invader et Orbi déposent leurs personnages pixellisés sur les murs de la capitale française. Quelques heures plus tard, les chasseurs de Spaces se lancent à la recherche de ces mosaïques, armés de leur téléphone, dans le but de les flasher et d'engranger des points. Esther est de ceux-là, qui tente d'oublier dans ces longues promenades un chagrin d'amour encore douloureux. Ce qu'elle ignore, c'est qu'une jeune femme vient d'être assassinée au pied d'une des mosaïques...

 

Voila quelques mois que j'avais envie de découvrir les romans policiers de Nils Barrellon. Je voulais profiter de Polar Lens pour le faire en live... mais mon dos en a décidé autrement. C'est finalement en jeunesse que j'ai eu l'occasion de tâter pour la première fois de sa plume, associée à celle de Sarah Turoche, monteuse pour le cinéma et auteure de romans jeunesse chez Thierry Magnier. 

Et c'est un tout bon roman policier que j'ai ainsi eu la chance de lire en avant-première. J'ai en effet trouvé à ce roman jeunesse plein de points positifs.

Le thème, tout d'abord, qui devrait se révéler accrocheur pour nos smartphone-addicts. Les personnages, ensuite, et leurs rôles. J'ai été ravie, en effet, de voir que les auteurs avaient évité l'écueil du jeune héros qui mène lui-même l'enquête comme un grand. Rien de moins crédible, selon moi (et je sais que certains de mes élèves partagent mon avis) qu'un gamin de 14 ans qui arrive à mener une enquête en pleine nuit (à pied!) et à accéder à des informations sensibles pour se retrouvez nez-à-nez avec un gros méchant qu'il abattra finalement d'un croche-pied. Je caricature? Oui, un peu. Mais pas tant que ça. Ici, l'héroïne et son soupirant sont des ados comme tous les autres, auxquels on prendra plaisir à s'attacher. De même, on suit une inspectrice débutante, pas franchement sûre d'elle dans cette première enquête, mais en évitant les bourdes irrécupérables, les grosses guéguerres inter-services et les clash retentissants avec les supérieurs, même si ces difficultés ne sont pas occultées.

Enfin, on est ici face à un vrai roman policier, qui n'élude pas certains contenus ou termes techniques sous prétexte qu'il cause à des jeunes. Et ça, de mon point de vue, c'est vraiment très appréciable! L'enquête emmène le lecteur jusqu'en salle d'autopsie, et le plonge au coeur de Paris et d'une brigade criminelle, en usant du jargon consacré. Un lexique en fin d'ouvrage reprend ces termes qui nous sont familiers, à nous amateurs de polar, mais qui risquent de gêner la compréhension des néophytes. Bref, c'est un roman que j'utiliserais sans hésiter pour aborder le policier avec mes élèves, d'autant que ce lexique pourrait tout-à-fait être mis en lien avec un article sur le fonctionnement de la police scientifique, sujet sur lequel ils sont toujours pleins d'interrogations.

J'ai en outre vraiment apprécié cette plongée dans le monde des chasseurs de Space Invaders. J'en avais déjà vus, mais je ne pensais pas que c'était aussi énorme et organisé. J'ai découvert, amusée, une communauté de grands enfants qui jouent depuis 2014 et réparent les invaders abîmés, et le nombre incroyable de mosaïques posées, y compris sous l'eau ou dans la Station Spatiale Internationale!

Voila qui me donne très envie de lever les yeux lors de notre week-end à Paris le mois prochain ! 😊

 

Merci aux auteurs et aux Editions Thierry Magnier pour ce roman, à paraître ce mercredi 10 mai ! 

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11 avril 2017

D'entre les ogres - Baum, Dedieu

ogres

 

Un bébé est abandonné, dans un panier, au cœur de la forêt... Lorsque l'ogre s'approche, il sourit. Voilà 200 ans que lui et l'ogresse voulaient un enfant ! Alors cette petite fille, ils vont la choyer.
Blanche va devenir le centre de leur vie, leur unique préoccupation. Elle se régalera des mets les plus fins, elle sera habillée de soie. 

 

Une petite fille recueillie par des ogres, qui finit par s'étonner des différences entre elle et eux. Des parents adoptifs qui décident alors de la ramener parmi "les siens".

 

Pas facile facile, cet album. De prime abord, mes loulous (5 et 8 ans) ont eu un moment d'hésitation : les illustrations sont très sombres, et les ogres "pas forcément jolis, maman". Mais l'histoire est en réalité très belle, le texte plutôt poétique, et la fin ouverte leur a permis d'imaginer la suite et donc d'évacuer l'obscurité et la (possibilité d'une certaine) violence qui ont précédé. Un vrai soulagement, chez mon fils cadet.

Il est question dans cet album d'amour, de différence, d'acceptation. Il permet d'aborder la question de la famille, des liens familiaux vs les liens du sang, de l'amour qui lie telle personne et telle autre, au-delà de ce qui les différencie. Il est visuellement sombre, effectivement, et sans doute effrayant, mais en regardant mieux, les touches de tendresse sont là, dans des détails parfois, qui illuminent l'ensemble, et sur lesquels nous avons vraiment insisté pendant la lecture ("Regarde, ils font comme nous")

C'est un album qui s'adresse aux "grands" enfants (mon presque-cinq-ans est un poil trop jeune, à mon sens, même s'il l'a d'autorité rangé dans sa partie de la bibliothèque) et qui ouvre à la discussion. Il permet d'aborder la question des préjugés, celle des choix que l'on fait (en pensant à qui? pour le bien ou le bonheur de qui?). Je crois qu'il ne plaira pas à tous les jeunes lecteurs, mais je l'ai trouvé très intéressant, notamment en raison du choc qu'il provoque lors de sa découverte : je pense qu'on ne s'attend pas à "ça", c'est-à-dire à un album sombre et qui aborde de front, sans filet, certains éléments potentiellement effrayants (il laisse entendre clairement que les ogres se nourrissent d'enfants tout en élevant la petite Blanche). De ce fait, on est presque obligés d'en parler et d'aborder ainsi les questions qu'il sous-tend. 

Si personnellement je ne suis pas vraiment fan des illustrations (tout en reconnaissant qu'elles relèvent d'un parti-pris intéressant, dans leur opposition avec le côté poétique et plus optimiste du texte), j'ai par contre eu un gros coup de cœur pour l'histoire - très émouvante - et pour sa mise en texte. Un album à découvrir, vraiment !

 

Merci à Babelio et aux éditions Seuil Jeunesse.

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07 mars 2017

Hadès - Candice Fox

hadès

 

Sydney, années 1990. 
Hadès règne sur une décharge, un univers de sculptures étranges, où des hommes viennent solliciter son aide pour faire disparaître des corps. Un soir, on lui amène deux jeunes enfants rescapés d'un cambriolage qui a mal tourné. Il s'apprête à les tuer mais leur regard froid le pousse à les adopter. Il les baptise Eden et Eric. Au fil des années, il va tout leur apprendre, dont son savoir-faire si particulier. 

Sydney, de nos jours. 
Frank Benett rejoint la brigade criminelle et fait la connaissance d'Eden, sa nouvelle coéquipière, sous l'œil malveillant de son frère et collègue Eric. Leur première enquête débute immédiatement : des corps démembrés auxquels il manque des organes ont été découverts dans une marina. Frank et Eden mettent au jour un trafic, grâce à une liste officieuse de demandeurs. 
Quand une jeune femme réussit à échapper au tueur et que d'autres corps sont retrouvés dans la maison où elle était séquestrée, la traque commence. 
Mais Frank a de sérieux doutes sur Eden et Eric. À quoi correspond la liste de noms d'hommes disparus qu'il a trouvée chez Eden ? Pourquoi a-t-elle une photo d'Hadès, la légende du crime ? 

 

Un thriller australien, ça change, non? 

Du bon et un peu de moins bon, à mon goût, dans ce roman. Le cadre, tout d'abord, qui change agréablement, ainsi que quelques personnages intéressants. Le manque de vrai suspense m'a d'abord un peu gênée, avant de me laisser prendre au jeu de l'évolution psychologique des protagonistes. L'alternance entre le passé et le présent, entre l'adoption des deux enfants et l'enquête actuelle, en fait un bon page turner, entretenant une certaine tension malgré l'absence de réelle surprise. Le tout est sombre, rythmé, avec un côté un peu cinématographique, et un bon gros méchant bien barré qui peut mettre mal à l'aise.

Cependant, le principal bémol en ce qui me concerne tient à la narration multiple, qui ne m'a pas totalement convaincue. En effet, j'ai eu le sentiment que l'auteure avait opté pour cette technique narrative dans le but de pouvoir tout raconter, tout montrer, sans trop d'efforts. Inutile de raconter en détail le fil de l'enquête et les déductions des enquêteurs, puisque le lecteur est de toute façon aussi aux côtés du coupable. Cela dit, et pour être tout à fait honnête, je pense que c'est un ressort narratif qui commence à me lasser quelque peu, d'un point de vue tout à fait personnel.

Il n'empêche que ce roman, dont la fin laisse attendre le deuxième tome, fait très bien le job, et que c'est - au fond - tout ce qu'on lui demande. 

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16 février 2017

Place des ombres, après la brume - Véronique Biefnot, Francis Dannemark

place-ombres

 

Entre réalisme et magie,
une atmosphère fantastique,
un drame romantique,
un mystère où le surnaturel n’est jamais loin…

 

 

Troisième roman du duo Biefnot/Dannemark, ce titre diffère des deux premiers, à plus d'un titre. Tout d'abord parce qu'il s'agit d'un diptyque, là où La route des coquelicot et Kyrielle Blues entremêlaient les deux plumes sans que l'on puisse savoir qui avait écrit quoi. Ensuite parce que les auteurs s'aventurent dans un genre littéraire différent : le roman fantastique. 

La première partie, Place des ombres, tire son titre du nom d'une place, où emménage Lucie. Jeune étudiante en lettres fraîchement débarquée dans une ville universitaire inconnue, elle se trouve rapidement isolée et, disons-le franchement, plutôt paumée. Ses parents ont rejoint l'Italie, persuadés qu'elle n'a désormais plus besoin d'eux, elle s'est peu à peu éloignée de sa meilleure amie, et ne se lie pratiquement pas avec les autres étudiants. Sa rencontre avec un vieil herboriste l'amène à investir un petit appartement dans un vieil immeuble quasi désert, où des bruits mystérieux ne tardent pas à l'intriguer. 

La seconde partie, Après la brume, se déroule une vingtaine d'années plus tard et se centre cette fois sur Maud, l'amie de Lucie. C'est à présent elle qui doit faire face à une situation particulièrement difficile.

Dans un cas comme dans l'autre, je n'en dirai pas plus, pour ne rien dévoiler.

J'ai trouvé ce roman plutôt perturbant. Principalement, je crois, parce que j'ai trop l'habitude de lire Véronique Biefnot et Francis Dannemark dans un registre plus lumineux. Je ne suis pas forcément lectrice de fantastique (il suffit de parcourir les catégories du blog pour s'en rendre compte), mais je me demandais vraiment ce que pouvait donner leur écriture, cuisinée à cette sauce. Le talent est toujours présent, donnant à ces pages une atmosphère oppressante qu'il est difficile de quitter, d'autant plus que les liens entre les personnages secondaires ne s'esquissent que peu à peu, titillant la curiosité. Si l'histoire est sombre, si les événements sont terribles, les auteurs restent eux-mêmes lorsqu'ils dessinent les relations entre certains de leurs personnages : la douceur, l'inquiétude qu'ils se portent mutuellement, la nostalgie des moments passés ensemble ne sont jamais loin, et en cela ils n'ont pas renié leur écriture en se frottant au genre fantastique. 
J'ai souvent qualifié les romans de Francis Dannemark de lectures hors de la réalité, me plongeant dans une bulle, l'espace de quelques heures. Et je m'aperçois que c'est également le cas ici, malgré le fait qu'il ne s'agit pas cette fois d'une bulle de douceur, de couleurs et de chaleur. J'ai ressenti l'histoire de Lucie et celle de Maud comme constituant des moments hors du temps, tout comme la Place de la montagne aux ombres et le château habité par Maud semblent appartenir à un monde parallèle, à une réalité différente. Pour le côté fantastique, celui qui fait perdre au lecteur ses repères et l'amène à se sentir mal à l'aise, c'est plutôt réussi.

Si ce roman n'a pas été un coup de coeur, cette fois (impossible, je pense, d'avoir un coup de coeur pour un roman fantastique) (vous avez dit "rationnelle"?), si l'histoire est un peu trop surnaturelle pour moi, si j'ai personnellement eu beaucoup de mal à supporter le personnage de Lucie dans la première partie (question de tempérament?), cela ne m'a pas empêché de particulièrement apprécier par exemple l'histoire de l'herboriste ainsi que le personnage de l'instituteur retraité. Reste finalement le principal : le bonheur de retrouver, en filigrane, Biefnot et Dannemark dans ce qu'ils font de mieux : l'humain. 

 

Merci à Francis Dannemark et à Véronique Biefnot pour leur envoi.

Vous pourrez les retrouver, à plusieurs reprises, durant la Foire du Livre de Bruxelles, du 9 au 13 mars.

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15 février 2017

Les échoués - Pascal Manoukian

échoués

 

Ils sont porteurs d'espoir. Endettés, sacrifiés, ils ont laissé leur famille pour rejoindre la France et ses promesses. Virgil le Moldave, Chanchal le Bangladais, Assan le Somalien et sa fille affrontent le désenchantement de la clandestinité, les repas de poubelle et les nuits dehors. Le renoncement n'est pas une option. Ils n'ont pas de papiers mais une volonté forcenée de vivre. Et ils sont ensemble.

 

Il est des romans dont on sait, à peine dépassées les premières pages, qu'ils ne seront pas faciles. Pas difficiles à lire, non. Difficiles à vivre. Difficiles à refermer, à ranger et à oublier. Il est des romans qu'on n'a pas l'intention d'oublier, en réalité. 

Les échoués est de ceux-là. C'est un roman précieux. Un roman dans lequel j'ai plongé, que j'ai laissé me happer. Parce que la plume était belle. Parce que les personnages me touchaient. Parce que l'auteur me parlait, doucement, de Virgil, de Chanchal, d'Assan et d'Iman, et que je voulais savoir comment ils allaient s'en tirer. Je voulais m'assurer qu'ils allaient survivre à cette traversée, survivre aux passeurs, aux caches irrespirables, aux contrôles de police, au chacun-pour-soi inévitable quand la vie ne tient plus qu'à un litre d'eau et à une poignée de dattes. 

A l'heure où nos frontières se ferment, où nous oublions que nous avons aussi été, par le passé, des réfugiés, ce texte nous fait vivre de l'intérieur (d'un trou, d'un faux-plancher, d'un squat) la réalité vécue par tous ces hommes et femmes qui tentent - simplement - de trouver ou d'offrir à leurs enfants une vie meilleure. Une vie avec de la nourriture sur la table, une vie sans mariage forcé ou sans guerre civile. Ces hommes et ces femmes qui s'endettent pour plusieurs années, simplement pour payer un passeur, sans certitude de réussite, et sans imaginer ce que seront leurs conditions de vie à l'arrivée. Parce qu'après le déracinement, la faim, les risques encourus, c'est l'exploitation qui les attend souvent... Pour autant qu'ils trouvent un travail, non déclaré bien sûr, non protégé (parce qu'exploiter la misère du monde, c'est tellement plus simple et moins cher que d'engager des ouvriers syndiqués, n'est-ce pas), c'est pour une misère qui ne leur servira qu'à rembourser, petit à petit, leur dette. Ah oui, franchement, qu'ils sont pénibles, ces réfugiés, à venir nous voler nos emplois et nos allocations! Le pire (?) étant peut-être de se dire que les histoires racontées ici prennent place dans les années 90 et que depuis, la situation a empiré à peu près partout...

C'est un roman bouleversant. Un roman qui se vit. J'ai eu la nausée et l'impression d'étouffer, j'ai senti les coups, l'humiliation, la peur et la douleur. J'ai respiré et profité avec eux de l'air marin, et senti l'odeur du poulet. J'ai essuyé rapidement quelques larmes, en passant (parce qu'en salle des professeurs, quand même, ça ne faisait pas sérieux...). J'ai eu le coeur tout gonflé de lire ces moments de grâce, ces moments où l'humanité refait surface, où des amitiés se nouent, où même celui qui n'a plus rien trouve quelque chose à donner à un enfant qui en a besoin.

L'histoire d'Iman et de ses compagnons de galère, fictionnelle mais dont on sait qu'elle ne fait que relater la vie de tant d'hommes, de femmes et d'enfants, m'a totalement retournée et me poursuit encore. Elle a précisé un projet qui mûrissait depuis quelque temps et qui a éclos grâce à Pascal Manoukian : j'ai désormais une nouvelle pucette dans mon coeur, une filleule du bout du monde. Il est des romans qui ont ce pouvoir-là... 

 

Merci à Masse Critique pour cette pépite.

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03 décembre 2016

Les crayons rentrent à la maison - Drew Daywalt, Oliver Jeffers

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Duncan est heureux. Il a écouté les revendications de ses crayons en rébellion et la vie a retrouvé toutes ses couleurs. Enfin presque, car arrive au courrier une pile de cartes postales à son nom. 

 

Oliver Jeffers, vous le savez, est un de mes chouchous (quand je pense qu'il était en dédicace à Montreuil aujourd'hui...). Tout comme moi, mes loulous admirent depuis longtemps son coup de crayon, et ils avaient beaucoup aimé Rébellion chez les crayons, réalisé en collaboration avec Drew Daywalt.
Lors d'une des dernières opérations Masse Critique, et alors que j'étais bien décidée à ne cocher que "Agatha" parce que je bavais d'envie sur son résumé, je n'ai pu faire autrement que de tenter notre chance pour cette suite que, j'en étais sûre, ils seraient ravis de recevoir. Et j'ai rudement bien fait de penser d'abord à eux (oh... le sacrifice fut très supportable, vous vous en doutez...).
Je pense qu'ils ont encore préféré ce second tome! Je dis "second tome", mais les deux albums peuvent tout à fait se lire indépendamment.
Nous avions quitté Duncan alors qu'il avait réussi à gérer les revendications de ses crayons. Nous le retrouvons ici alors qu'il reçoit une pile de cartes postales, venues des quatre coins de la maison, et d'ailleurs. C'est que Duncan peut s'avérer un peu tête en l'air, oubliant ses pastels sur le canapé ou au bord de la piscine. Au fil des pages, présentant de nouveau le texte et l'illustration en regard, c'est à de jolis fous-rires que Jeffers et Daywalt nous convient. Mention spéciale, dixit mes loulous, à Esteban le Magnifique et au crayon rose fluo, "vraiment pas doué en géographie" selon mon grand. Ils en récitent déjà quelques pages, entre deux fourchettes de pâtes, en rigolant comme des baleines. J'ai quant à moi particulièrement apprécié le clin d’œil des crayons jaune et orange, dans lequel tout parent risque fort de se reconnaître.

Merci à Masse Critique et aux éditions Kaléidoscope pour cet album qui a ravi mes deux lecteurs !

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01 novembre 2016

Un paquebot dans les arbres - Valentine Goby

paquebot

À la fin des années 1950, Mathilde, adolescente, voit partir son père puis sa mère pour le sanatorium d'Aincourt. Commerçants, ils tenaient le café de La Roche-Guyon. Doué pour le bonheur mais totalement imprévoyant, ce couple aimant laisse alors ses deux plus jeunes enfants dans la misère. Car à l'aube des années 1960, la Sécurité sociale ne protège que les salariés et la pénicilline ne fait pas de miracle pour ceux qui, par insouciance, méconnaissance ou dénuement ne sont pas soignés à temps. Petite mère courage, Mathilde va se battre pour sortir ceux qu'elle aime du sanatorium, ce grand paquebot blanc niché dans les arbres, où se reposent et s'aiment ceux que l'enfance ne peut tolérer autrement qu'invincibles.

 

Au milieu des années 50, Mathilde coule des jours tranquilles, entre ses parents Paul et Odile, propriétaires d'un café, sa soeur aînée et son frère cadet. Des jours tranquilles, certes, mais pas forcément parfaits pour elle, l'enfant du milieu, qui n'a de cesse d'être remarquée de son père, endossant naturellement le rôle du garçon manqué, du casse-cou, du fils qui n'a pas vécu. Quand la famille se retrouve sans revenus, quand les parents entrent au sanatorium, quand son frère est placé dans une famille d'accueil et elle-même dans une autre, elle n'aspire qu'à une chose : prendre son indépendance, reprendre et assumer Jacques, faire sortir ses parents du sana, recréer autour d'elle la famille éclatée. 

Entre la lâcheté des uns et des autres, par peur ou par méconnaissance, et l'insouciance des parents, c'est sur les bien frêles épaules de cette toute jeune fille que reposent désormais le bien-être de Jacques et, dans une moindre mesure, celui de Paul et d'Odile. C'est à elle qu'il revient de se débattre avec le manque d'argent, de nourriture, tout en assumant ses études et en rendant visite régulièrement à ses parents, pour ne pas les inquiéter, ou les décevoir.

De Valentine Goby, j'avais aimé - et le mot est faible - Kinderzimmer, qui avait mis la barre très haut. J'attendais avec impatience ce nouveau roman, plus encore après en avoir découvert le titre et la couverture. J'ai aimé retrouver sa plume, sa sensibilité, l'émotion et la dureté qui se dégagent de son récit. Comme dans Kinderzimmer, il y a un indescriptible mélange de sécheresse, de précision et de tendresse, de drame et de lumière, qui nous emmène au plus près de ses personnages. Je ne sais pas exactement à quoi cela tient, mais son style d'écriture paraît m'envouter. Même alors qu'elle relate des faits très terre-à-terre, très quotidiens, il en ressort une sorte de poésie qui m'emporte et ne me fait relever la tête qu'après plusieurs heures.

Si le thème n'est a priori pas folichon (les bacilles et la tuberculose, on a connu plus amusant), Valentine Goby poursuit son exploration des corps avec une sensibilité et une connaissance des thèmes abordés qui m'ont scotchée de la première à la dernière page. D'un bout à l'autre, j'ai eu envie de secouer ces parents, doux rêveurs, amoureux, qui finissent par devenir les enfants de leur fille cadette et qui ont fini par me mettre dans une colère terrible. J'ai eu envie de souffler à Mathilde de penser à elle, de prendre soin d'elle, plutôt que de se perdre dans ce sauvetage incertain. Car qui pense à elle, finalement? Qui s'est soucié de ses inquiétudes, de son incompréhension face à la maladie de ses parents et au rejet des voisins et des camarades de classe? Qui s'inquiète de sa fatigue, du froid et de la faim qu'elle doit affronter? Pour autant, jamais l'auteur ne tombe dans le larmoyant. Mathilde est - presque - seule, elle est jeune, mais elle est forte. Elle s'accroche à ses décisions, volontaire et décidée, prête à porter sa famille à bout de bras.

Un très beau portrait de femme, fort et poignant, doublé d'un travail de restitution historique et social vraiment intéressant, sur le plan médical notamment. 

 

Merci à Priceminister et à ses Matchs de la Rentrée Littéraire.

 

Challenge Rentrée Littéraire 2016 #1

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10 octobre 2016

Paris vu et vécu par les écrivains - Françoise Besse

Paris écrivains


" J'ai plus écrit de toi Paris que de moi-même
Et plus que de vieillir souffert d'être sans toi "
                                                                                          Louis Aragon

Vous ai-je déjà dit que j'aime Paris? Je ne pourrais sans doute pas y vivre, mais c'est une ville qui me fascine, où j'ai aimé chaque minute de mes trop courts et trop rares séjours, et où je pourrais retourner souvent... pour autant sans doute que je ne sois pas obligée d'en supporter au quotidien les côtés négatifs. J'aime ses boulevards, ses quais, ses jardins et ses musées. Déposez-moi à l'entrée du Louvre, vous m'y reprendrez dans une semaine... Une vision "romantique", sans doute, très "Amélie Poulain", mais je l'assume.

J'aime retrouver la ville et ses lumières dans les romans, aussi. Surtout. Je pense que ça date de ma lecture des Allumettes suédoises, quand j'avais 11 ou 12 ans. On saluera la grande référence littéraire, mais je pense vraiment que c'est ainsi que je suis tombée amoureuse de Paris, et surtout de Montmartre, il faut bien l'avouer. Depuis, c'est toujours un plaisir de retrouver Paris au coin d'une page, au détour d'une histoire, comme un personnage à part entière. Et c'est un peu de cette façon qu'en parlent certains des auteurs présents dans cet ouvrage.

Je ne sais donc pas si je vous avais déjà parlé de Paris. Par contre, je vous ai déjà dit et redit que j'adore me glisser dans le bureau des écrivains et me pencher sur leur épaule. Me faire souris et découvrir leurs secrets, leurs carnets, leurs lieux secrets et leurs rituels.

J'ai donc été ravie de recevoir ce livre, qui allait me permettre de me glisser dans les pas de quelques auteurs, de les suivre au fil de leurs pérégrinations parisiennes et d'écouter leur amour pour cette ville.
Les textes sont courts (d'autant plus courts qu'ils sont proposés à la fois en français et en anglais), illustrés de nombreuses photos et reproductions de tableaux (parfois sans rapport avec l'auteur en question, mais dans le but d'illustrer un quartier par exemple), et mettant en exergue quelques extraits, consacrés bien sûr à la ville. Nul doute que les connaisseurs de tel ou tel écrivain trouveront le contenu léger et sans réelle surprise; mais pour le néophyte ou l'amateur l'ensemble constitue une belle découverte, une jolie promenade guidée, de la rive gauche à la rive droite, de la Tour Eiffel aux grands travaux du baron Haussmann. Et puis, retrouver Victor Hugo et Louis Aragon est toujours un plaisir...

Merci à Babelio et aux éditions Parigramme pour cette jolie promenade.

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