jugeras

Lorsque l enfant disparaît... 
Lorsque, ce jour-là, Denise Desantis entre dans un magasin pour s acheter des mouchoirs, elle est pressée et, comme cela se fait dans cette banlieue paisible, elle laisse son dernier-né dans la poussette, devant la porte. Lorsqu elle ressort, la poussette est toujours là, mais vide. La disparition d une enfant de treize mois est toujours une affaire douloureuse et compliquée, et le juge Conrad entend suivre ce dossier avec le maximum de rigueur. Homme intègre et pondéré, il veut éviter les débordements fréquents dans ce type de faits divers qui enfièvre les imaginations et excite les médias. Les investigations du juge commencent par l interrogatoire de Denise Desantis. C'est une femme ordinaire, effacée. Mère de quatre enfants, épouse d un ouvrier sans grand caractère, elle vit pauvrement mais dignement dans sa petite maison de banlieue. Une femme sans histoires. Et pourtant... Derrière sa détresse, son désespoir évident, le juge est intrigué par la rigueur et la minutie de son témoignage. Quand il s efforce de retracer la chronologie des événements qui se sont déroulés avant la disparition de l enfant, elle a réponse à tout, quasiment minute par minute. Toutes les informations qu elle donne sont vérifiables. Au fil des jours, alors que tout prouve son innocence, la conviction du juge se forge : cette femme a tué son enfant... [... ]

 

J'ai découvert récemment Armel Job avec Loin des mosquées, et son écriture m'avait tellement enchantée que j'avais très envie de poursuivre un bout de chemin avec lui. Voila qui est fait.
Tu ne jugeras point fait très "roman policier et psychologique à l'ancienne" : disparition (meurtre?), juge d'instruction, policiers, enquête de voisinage, alibi, etc., le tout sans la présence tellement fréquente à l'heure actuelle d'experts pataugeant dans le sang et le glauque, armés de toute la technologie moderne. Et quand je dis "à l'ancienne", c'est aussi une impression en ce qui concerne l'époque où se situe l'histoire. En effet, bien que se déroulant au début des années 2000 (le juge fait d'ailleurs référence à l'affaire Dutroux pour expliquer ses méthodes de travail... Tiens, Conrad/Connerotte, voila seulement que ça me fait tilt...), j'ai eu l'impression, très ancrée, de me trouver projetée dans les années 70.
L'écriture d'Armel Job m'a de nouveau beaucoup plu. Il nous plonge au coeur de ce milieu ouvrier, modeste mais fier. On sent à chaque page que l'on est bien dans un roman belge et non pas français, sans jamais que cela tourne à la caricature. Ses personnages sont intéressants et bien croqués, et son titre me semble extrêmement bien choisi. Dans une affaire de disparition d'enfant, les esprits s'enflamment rapidement, les convictions se forgent parfois tout aussi rapidement et le public (personnifié ici par l'infirmière Pire), sans rien connaître à la réalité des faits, prend souvent parti. Que sait-on pourtant? Jusqu'à quel point pouvons-nous être sûr de la vérité? Qu'est-ce qui nous permet de juger une personne, un acte, une situation? Quant à la description du comportement de la presse, elle serait presque jubilatoire si elle ne renvoyait pas à une triste réalité, à une certaine presse plus proche de la charogne que du journalisme.
La majeure partie du récit, malgré un dévoilement progressif d'indices et de rebondissements, ne réserve pas de grande surprise, on sait plus ou moins vers quoi on va. L'intérêt réside alors davantage dans la description du milieu et des gens, dans les relations qui se tissent entre eux et les raisons que l'on devine derrière. Jusqu'aux toutes dernières pages, qui nous réservent une sacrée surprise, pas celle que je croyais, et qui m'a occupé l'esprit pendant un bon moment une fois le livre refermé.