emily

Au centre des plus célèbres nouvelles de William Faulkner, trois portraits de femmes denses et profonds : la tragique Miss Emily, cloîtrée dans sa maison comme dans ses souvenirs ; Minnie Cooper, vieille fille tourmentée par l'indifférence des hommes jusqu'au meurtre, et Nancy, la blanchisseuse noire abandonnée par son mari, dont le jeune Quentin raconte les peurs et les superstitions.

Cet été, avant donc la création de ce blog, je m'étais lancé un petit défi perso : lire des classiques. Cela sans avoir une définition claire ni une liste exhaustive des classiques en question. Disons des romans ou des auteurs que tout le monde est censé avoir lus au moins une fois dans sa vie pour ne pas mourir idiot, mais qu'on a souvent tendance à regarder de loin en se disant "J'y vais? J'y vais pas? C'est pas trop long? Trop indigeste? Trop intello?"
Bref, j'ai ainsi (enfin) fait la connaissance de Monsier Darcy, de Rebecca, et j'ai eu un gros coup de coeur pour Stefan Zweig. Dans la liste des auteurs à découvrir, j'avais pointé Faulkner, mais hem... j'avais peur devant l'ampleur de la tâche. Le bruit et la fureur me semblait un mur infranchissable. Donc, quand je suis tombée sur ce petit recueil de 4 nouvelles, je me suis dit que je tenais là l'occasion de le découvrir de façon un peu plus légère. Et quand Noctembule nous a proposés une lecture commune autour de l'auteur, je me suis inscrite. Mais j'avoue que, malgré le nombre réduit de pages et le côté "lecture rapide" des nouvelles, Faulkner restait un monstre que je n'osais pas aborder (ne me demandez pas pourquoi, je n'en ai aucune idée...). Il fallut pourtant me lancer...

Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce n'est pas du Musso... (sans vouloir dénigrer le second et ses lecteurs, dont j'ai fait partie aussi ;) ). Je pense que je fus bien inspirée de commencer par des nouvelles, parce qu'il n'est pas forcément d'un abord facile (ou bien serait-ce dû à un nouvel épisode de poussées dentaires et son cortège de nuits pourries?)
Dans un style sombre et une écriture dure, Faulkner nous emmène dans le sud des États-Unis, ce sud écrasé de chaleur, marqué par la pauvreté et baigné de racisme. Il nous montre les bassesses d'une communauté, d'une certaine catégorie sociale et raciale, qui se considère encore comme supérieure aux Noirs. Le racisme est constamment sous-jacent et éclate clairement dans la dernière nouvelle, Septembre ardent. On sent ces états sudistes prêts à s'embraser à la première occasion.
Faulkner ne gâte pas ses personnages, pauvres, laids, abandonnés, aux portes de la folie, dont il décortique les fêlures et les failles. Et puis apparaît une lueur d'espoir, en la personne d'Hawkshaw, seul à s'opposer à la vindicte populaire dans Septembre ardent, et seul à nous faire rêver à la possibilité d'un avenir meilleur dans Chevelure.
Des nouvelles sombres voire cruelles, ancrées dans une réalité tout aussi sombre, et servies par une très belle écriture, qui m'ont donc permis de poser un pied dans l'oeuvre de Faulkner. Je n'ai plus aussi peur d'aborder ses romans, mais il faudra pour se faire choisir le bon moment : on n'en déguste pas 2 pages le soir avant de s'endormir.

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Et comme les nouvelles de ce recueil ont paraît-il été publiées pour la première fois en 1931, hop! pour le challenge 0 à 9 :)

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