einstein

« Mon fils est le seul problème qui demeure sans solution. » Albert Einstein.
Le fils d'Einstein a fini parmi les fous, délaissé de tous, jardinier de l'hôpital psychiatrique de Zurich. Sa mère, qui l'a élevé seule après son divorce, le conduit à la clinique Burghölzli à l'âge de vingt ans. La voix du fils oublié résonne dans ce roman où s'entremêlent le drame d'une mère, les faiblesses
d'un génie, le journal d'un dément. Une question hante ce texte : Eduard a-t-il été abandonné par son père à son terrible sort ? Laurent Seksik dévoile ce drame de l'intime, sur fond de tragédie du siècle et d'épopée d'un géant.

Les premières pages m'ont emballée. L'auteur se glisse extrêmement bien dans la peau et surtout dans l'esprit de Mileva, la première épouse d'Albert Einstein, alors qu'elle vient de laisser son fils cadet dans un hôpital psychiatrique. Il alterne les points de vue, tantôt narrateur extérieur centré sur Mileva ou sur Einstein, tantôt narrateur en "je" parlant par la bouche d'Eduard. 
Eduard qui, à l'aube de la vingtaine, après des années de repli, de retrait en lui-même et de bizarreries, est donc interné suite à une nouvelle crise de violence. Eduard que sa mère voudrait couver, protéger et faire sortir de l'hôpital.
Eduard qui, au fil des souvenirs qu'il égraine, raconte l'absence de son père, remarié à des centaines de kilomètres de là (lui à Berlin puis exilé aux Etats-Unis, eux à Zurich) et à qui il en veut terriblement, pour ne pas dire qu'il le hait. 
C'est un livre que j'ai trouvé un peu inégal dans son contenu, mais fort bien écrit d'une manière générale et très bien documenté (cf la liste des sources en fin d'ouvrage!). Un livre intéressant à plus d'un titre. Pour sa description des relations au sein de cette famille pas vraiment comme les autres. Pour la réflexion qu'il amène sur le rôle, la force et le "pouvoir" des parents. Pour la plongée qu'il offre dans un esprit schizophrène, alternant des passages totalement délirants et de grands moments de lucidité. Pour son contexte historique : la montée du nazisme, l'exil, mais aussi le maccarthysme et les soupçons et pressions pesant sur Albert Einstein, homme engagé qui n'était pour moi "que" le père de la relativité. Pour la découverte de l'homme derrière le génie : père et mari défaillant certes, mais aussi père perdu, maladroit et impuissant face à la maladie de son fils et face à la machine administrative et politique qui l'empêche de le faire venir auprès de lui aux USA. 
L'Histoire se mêle à l'histoire, de manière sensible et émouvante, en évitant l'écueil du jugement. 

 

Lu dans le cadre d'une lecture commune avec Julie, Sophie et Laurence pour le Challenge 0 à 9; nous en sommes à présent à l'année 3 :)

0-9

 

rentréelittéraire

9/12