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En pleine crise de lassitude au coeur de la crise économique, Christopher, opérateur culturel belge de cinquante ans au bord de la faillite, souhaite ralentir et se recentrer sur des valeurs plus justes. Parce que « la vie rappelle de temps en temps que le monde est tout petit », il décide de s’arrêter et de partir. Ce sera pour le Portugal, en train. Alors que le ciel additionne les nuages, Christopher croise sur le quai de la gare une inconnue, Emma, qu’il va découvrir le temps d’un voyage entre Bruxelles et Lisbonne, au cours d’une longue et belle conversation, à la fois tendre, émouvante, et toujours sincère. Francis Dannemark, avec toute la délicatesse et l’élégance qui le caractérisent, nous offre comme à son habitude un court roman, subtil et délicat, sur les choses de la vie.

Nouvelle lecture pour notre mois de la littérature belge francophone entre amis, ce très court roman de Francis Dannemark, dont j'ignorais jusqu'alors totalement l'existence. 

Bien sûr, il y a les désavantages de son format. J'aurais aimé savoir ce qu'il adviendra de Christopher et Emma. J'aurais aimé que certains sujets soient approfondis. Mais après tout, telle est l'histoire que l'auteur a choisi de nous conter : une brève rencontre (et plus si affinités?) entre deux inconnus qui, le temps d'un voyage, vont partager leurs histoires, leurs déceptions, leurs espoirs, parallèlement à des réflexions plus générales sur le monde tel qu'il est, l'économie, la politique. Effectivement, dans ce cadre, j'imagine que nous ne serions pas entrés plus dans les détails que ne le font Emma et Christopher. Le temps est bien celui du voyage, qui limite dès lors le récit. Et si une partie du plaisir résidait en fait dans la possibilité d'imaginer soi-même la suite?
Reste que l'écriture est fort jolie, naturelle, spontanée. Il s'agit presque exclusivement d'un dialogue, et l'auteur évite l'aspect laborieux que prend parfois cet exercice. Et même s'il reste fort en surface, les thèmes abordés -parsemés de références littéraires, musicales, cinématographiques, en évitant l'écueil de l'étalage de culture- peuvent facilement trouver une résonance en nous et susciter la réflexion. Fais-je la différence entre besoin et envie? Me satisfais-je de ma vie telle qu'elle est? Mon travail respecte-t-il mes valeurs? N'ai-je pas envie de ralentir, parfois, dans ce quotidien qui va si vite? 
Un court, certes, mais très agréable moment de lecture et une très belle découverte pour ma part.

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