soleil

Quelle jolie couverture...
(visiblement, j'ai envie voire besoin de retrouver le soleil et de m'acheter de nouvelles chaussures...)

Il y a la petite, 22 ans, un âge comme deux cygnes posés sur un lac. Fragile et ravissante, elle peine à se jeter dans le grand monde et se réfugie dans la solitude de son appartement. 
La grande, 24 ans, s’agite dans la ville : nymphomane, tyrannique et machiavélique, fascinée par la mort, elle se nourrit de la dépendance affective qu’elle impose à sa cadette. 
Deux sœurs qui ont grandi avec un terrible secret et qui, dix-huit ans plus tard, se démènent pour tenter d’exister. 
Le sort semblait avoir scellé leur destin, mais les rencontres quelquefois peuvent rebattre les cartes. 

 

"Quand on a une soeur, on n'est plus jamais seule", disait leur mère. Malheureusement pour la petite...
Delphine Bertholon se penche sur la relation, malsaine et ambiguë, existant entre deux soeurs liées par un lourd passé. La grande représente tout ce que l'on peut détester : manipulatrice, menteuse, vampirisante, pas très loin de la folie; la petite tente de survivre, d'exister malgré sa soeur, entre attachement et répulsion.
Exister, c'est là toute la question. Aucune des deux n'a de vie et d'identité propre. C'est flagrant pour la petite, manipulée par sa soeur, mais c'est aussi le cas de la grande, qui n'existe que par ce qu'elle peut lui imposer. Ces deux jeunes femmes n'ont, jusqu'à la toute dernière partie du livre, pas de prénom. Et ce n'est que lorsqu'elle sera débarrassée de sa soeur qu'on apprendra, enfin, le prénom de la petite, comme une identité qui lui serait enfin accordée, une vie qu'elle aurait enfin gagné le droit de se ré-approprier. Ce n'est qu'à ce moment qu'elle s'octroie le droit de dire qu'elle existe, qu'elle est là.
Le point fort de ce roman pour moi, c'est elle, la petite. Enfermée par son enfance, par sa soeur, enfermée dans son silence, son appartement et ses TOC, elle est réellement attachante. (Et lorsqu'elle se laisse aller à s'imaginer violente envers sa soeur, je lui aurais bien prêté main forte) Ses souvenirs d'enfance, où elle évoque des moments de tendresse maternelle, sont comme des rayons de soleil au coeur de la grisaille, et on espère, avec elle et pour elle, que le soleil percera de nouveau, bientôt.

J'ai apprécié le style de Delphine Bertholon, son écriture qui colle à l'état d'esprit de la petite, à son délabrement, à son enfermement, à ses égarements. Le passé se dévoile sous forme de flash-back parfaitement intégrés au récit présent, au fil des pensées de la petite. C'est un roman qui aurait pu être très sombre et glauque, qui est parfois grave et douloureux, mais qui, avec subtilité, tendresse, humour parfois, ouvrant des fenêtres sur des souvenirs heureux, des odeurs de gratins, des livres d'occasion, se referme finalement avec le sentiment d'avoir été touché et ému par l'histoire de cette résurrection.

 

rentréelittéraire

10/12