Alice

Paul a cinquante-six ans. Il vient de perdre sa mère. À son enterrement, il rencontre la sœur de celle-ci pour la première fois. Il ne connaît d'elle que son prénom, Alice. À soixante-treize ans, sa tante ne lui apparaît pas comme une vieille dame. Elle est séduisante, un peu mystérieuse et, surtout, pleine de vie et de fraîcheur. Elle invite son neveu à venir la voir à son hôtel et là, en face à face, elle va lui raconter son incroyable existence. Alice fait partie de ces êtres rares qui ont vécu dix vies en une seule. Et s'il est vrai que tous les hommes sont mortels, les maris d'Alice le sont tout particulièrement : elle est veuve pas moins de huit fois ! La vie d'Alice n'est pas un roman, c'est une série romanesque qui nous emporte, nous enchante et nous fait voyager durant cinquante ans autour du monde au rythme de ses joies mais aussi de ses peines – qui, de façon peu commune, la bouleversent mais sans la détruire ou la rendre amère. Car Alice s'adapte au cours des choses, elle réfléchit peu. Dit toujours oui aux chances qui s'offrent à elle. Légèreté ou sagesse ? C'est ce que Paul va découvrir tandis qu'Alice ouvre pour lui la malle de ses secrets. Dans cette comédie dramatique au charme très " british ", on suit le parcours extraordinaire d'une femme attachante qui, au fil de ses mariages et de ses rencontres, va découvrir – et nous avec elle – les choses de la vie : l'amour, le sexe, les relations avec autrui, la perte et la faculté de reconstruire – et par-dessus tout l'émerveillement.

 

C'est un nouveau mois belge qui commence aujourd'hui, organisé cette fois par Anne et Mina. A cette occasion, j'avais mis de côté ce second (très) court roman de Francis Dannemark, dont je vous ai déjà parlé ici du très joli Du train où vont les choses à la fin d'un long hiver.

Ainsi donc, Paul va, durant les quelques jours qui suivent les funérailles de sa mère, découvrir sa tante et apprendre à la connaître, autour d'un repas, d'un thé, ou lors d'une promenade. De longues discussions durant lesquelles Alice lui raconte sa vie, faite de nombreux mariages et veuvages. Une vie faite d'épreuves, mais aussi de voyages, de plaisir et de souvenirs heureux. Au fil des jours, elle déroule un récit qui débute pendant la seconde guerre mondiale, lorsqu'elle perd coup sur coup son fiancé et ses parents et qu'elle décide, accablée de chagrin, d'accepter une demande en mariage qui l'emmènera, pour la première (mais pas la dernière) fois à l'étranger. 

Quel personnage attachant que cette vieille dame, malicieuse, pétillante, charmante, et si gaie malgré les épreuves. Quel destin incroyable que le sien, fait d'amour (surtout), de drames, de rencontres, de voyages autour du monde au gré de ses mariages. Toujours, le bonheur matrimonial laisse place à la perte et à la peine, mais toujours la joie et le désir de vivre reprennent le dessus. Car Alice est une battante, une vivante, qui ne se laisse pas abattre. Elle n'en garde, finalement, que le meilleur, chérissant ses souvenirs, regrettant les pertes bien sûr, mais se reconstruisant et continuant à avancer. On pourrait craindre le côté too much d'une telle malédiction, mais non, tout cela passe, avec douceur, sagesse et légèreté.

C'est un petit livre bourré d'humour, de fraîcheur, de tendresse et d'émotion, dans lequel j'ai aimé retrouver la jolie plume, fluide et belle, de Francis Dannemark. Un vrai régal de lecture notamment, à mon sens, grâce au style et à la langue d'Alice, qui parsème son récit de quelques mots anglais, elle qui a forcément du mal, parfois, à parler dans sa langue maternelle. J'ai vraiment passé un très bon moment avec cette adorable vieille dame, à la vie étonnante autant qu'enrichissante. Une bouffée d'air frais, un doux rappel qu'il faudrait, peut-être, sans doute, certainement..., faire sienne la sagesse d'Alice...  

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