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24 décembre, le Père Noël rajuste sa barbe, les sapins clignotent et la neige tombe lentement sur la dernière scène de crime du Maquilleur. Ce tueur en série, hors normes, fait de chacun de ses meurtres une oeuvre d'art baroque, sculptant sauvagement les corps et peignant les visages dans des décors d'Apocalypse. Amédée Mallock, commissaire visionnaire au coeur mélancolique, va tenter de résoudre la pire de ses enquêtes, une terrifiante course contre la montre et la mort. Plus il avancera, plus les énigmes et les questions s'accumuleront. Le Maquilleur est-il plusieurs ? Pourrait-il être immortel ? Le diable croit-il en Dieu ?

 

Les fêtes de fin d'année constituent souvent un sale moment à passer pour ceux qui ont perdu des êtres chers. C'est le cas du commissaire Mallock, ours bourru qui cache derrière sa solitude et son -parfois- sale caractère des souvenirs difficiles liés à la perte de son fils. Autant dire qu'il se classe d'entrée de jeu dans la lignée des flics solitaires, ne crachant pas sur quelques verres entre deux enquêtes bien sordides les menant à la poursuite de meurtriers pas piqués des vers. Celui-ci se démarque cependant, dès le prologue : quelle tendresse, quelle humanité chez ce commissaire. On en a vus, des flics, jurer, fracasser, envoyer bouler, ou encore plaisanter pour laisser échapper la pression ou cacher leur émotion. Il me semble par contre que je n'avais pas encore rencontré cette version-ci, faite de sensibilité (je n'ai pas dit sensiblerie) et de compassion. Un commissaire qui, pour ne rien arranger, prend immanquablement les traits de son auteur homonyme, c'est forcé. Et figurez-vous que j'adore la tête de l'autre Mallock. Ses dernières oeuvres sur un groupe de lecteurs bien connu ont encore renforcé cette impression de bonhomie que je m'en fais, alors au diable l'objectivité peut-être... A ce propos, j'ai adoré le petit clin d'oeil adressé à son attaché de presse, qui correspond bien à l'idée que je me faisais du personnage, pardon de l'auteur, enfin on se comprend.

Première découverte des deux Amédée Mallock, donc, avec ces Visages de Dieu ma foi très réussis. Un très bon thriller avec du bon gros méchant dedans et ce fameux commissaire au coeur grand comme ça, attaché à ses principes, à son équipe et à sa mission. Et son équipe, je m'y suis moi aussi attachée, grâce à des personnages variés, aux portraits bien croqués et authentiques. Par contre, quand je vous parle d'un bon gros méchant... il n'y va pas avec le dos de la cuillère, autant être prévenu (ou ne pas avoir la même phobie que moi, peut-être?).
L'intrigue est menée tambour battant, l'hémoglobine coule à flot, les meurtres s'enchaînent, les fausses pistes aussi, mais l'enquête est suffisamment méticuleuse pour nous obliger à ronger notre frein en attendant d'en savoir davantage. On en profite, au passage, pour retenir quelques petites infos qu'on essaiera de ressortir un jour, à table, à belle-maman (ou pas... je ne suis pas sûre que les icônes religieuses la passionnent, en fait). 
J'avoue avoir eu un peu de mal à entrer dans le côté intuitif voire extra-lucide de sa méthode, dont je craignais qu'elle ne constitue surtout un excellent moyen de nous servir la solution sur un plateau à défaut d'indices probants, mais le fait est que ça fonctionne plutôt pas mal sur le plan narratif et que l'auteur a l'intelligence de remettre ces intuitions en perspective avec des indices grappillés ça et là presque inconsciemment. 

Une très bonne découverte qui me donne, forcément, envie de retrouver rapidement les deux Amédée Mallock.