parfaits

John et Naomi n’arrivent pas à se remettre de la mort de leur fils, emporté par une maladie génétique rare à l’âge de quatre ans. Lorsqu’ils rencontrent le mystérieux docteur Leo Dettore, ils voient en lui l’homme providentiel. Le généticien connaît en effet une méthode infaillible pour que leur prochain enfant ne soit pas atteint de la même pathologie. Comment résister à la promesse d’un bébé en bonne santé ? John et Naomi décident de tenter l’expérience. Ils auraient pourtant dû comprendre que quelque chose clochait quand ils ont vu la liste : choix de la couleur des yeux, des cheveux, des traits de caractère, des aptitudes sportives… Leo Dettore crée des enfants sur mesure ! Trop tard pour faire marche arrière. Naomi est enceinte, et déjà quelque chose ne tourne pas rond…

John et Naomi, qui ont donc perdu un jeune enfant à cause d'une saleté de maladie génétique et avaient cru devoir faire une croix sur leurs projets de bébé, se voient offrir (enfin... offrir... pour 400.000 dollars, quand même) la possibilité de concevoir un enfant en supprimant le gène incriminé. On suit ces personnages attachants, avec lesquels on entre facilement en empathie et dont on comprend tout à fait les motivations : qui ne leur souhaiterait d'avoir un autre enfant, sans risque de développer la même maladie? Mais ce que le docteur Dettore leur propose va bien au-delà, et on se demande, avec le couple, où s'arrête la médecine et où commence l'eugénisme. Éviter la transmission d'un gène rare et mortel, oui, bien sûr, c'est justifié et souhaitable (ça se pratique d'ailleurs actuellement, sous forme de diagnostic pré-implantatoire, même si ce n'est pas tout à fait de cela qu'il s'agit ici). Souhaiter se prémunir contre d'autres maladies aussi graves, oui, également, on n'a pas fait tout cela pour remplacer l'une par l'autre. Choisir le sexe? C'est déjà un peu plus problématique, n'est-ce pas? L'essentiel étant que l'enfant naisse en bonne santé, cela commence à sentir un peu le bébé sur mesure. Et c'est bien cela que propose ici le scientifique, qui apparaît vite comme un manipulateur poussant à la consommation plutôt que comme un médecin souhaitant aider des couples en mal d'enfant.

Se pose donc la question de ce qui est acceptable éthiquement, mais aussi humainement : quels risques prendrait-on en optant pour des modifications génétiques a priori mineures? En privilégiant la force plutôt que la bonté, la bosse des math plutôt que le sens artistique, ou en réduisant les besoins en sommeil? A ce sujet, la discussion entre John et Naomi est vraiment bien menée (vous imaginez-vous vous demander pendant 10, 15 ou 20 ans si vous avez fait le bon choix ou si votre enfant ne sera pas finalement plus malheureux à cause des options que vous avez choisies pour lui avant même sa conception? La simple décision d'avoir un enfant sans savoir de quoi l'avenir sera fait est déjà bien assez flippante...), et on les suit d'autant plus qu'ils se montrent raisonnables, réfléchis, bref des parents normaux posant des choix normaux, comme nous le ferions sans doute dans la même situation. Malgré tout, une fois Naomi enceinte, on s'en doutait, la situation leur échappe rapidement.

J'ai trouvé quelques moments un peu too much (je pense par exemple aux extrémistes religieux complètement enfermés dans leur monde... encore qu'il doit bien en exister plus qu'on ne le croit), tandis que d'autres éléments sont fort prévisibles, mais l'ensemble fonctionne assez bien que pour embarquer à la suite de ces parents dépassés par leur décision et leur progéniture. Un thriller efficace, donc, mâtiné d'un peu de SF, qui vous fait tourner rapidement les pages pour savoir où tout cela va vous mener.