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Paris, juin 1889 : le monde entier se presse à l'Exposition Universelle où la Tour Eiffel, qui vient d'être achevée, accueille plus de mille visiteurs par jour. Les Français s'aperçoivent qu'ils ont un Empire colonial en découvrant les pavillons exotiques et les villages indigènes groupés au pied d'un des temples d'Angkor reconstitué. C'est dans cette ambiance de kermesse que survient une série de morts inexpliquées. Les victimes ne présentent aucune blessure apparente et, hormis le fait d'avoir été présentes à l'Exposition, rien ne les relie entre elles. Victor Legris, propriétaire d'une librairie rue des Saints-Pères, n'aurait nulle raison de se mêler de ces affaires s'il n'était intrigué par le comportement de son père adoptif et associé, Kenji Mori. Il décide d'enquêter, au risque de voir basculer toutes ses certitudes... 

J'aime Paris. Vous l'ai-je déjà dit? J'aime ses grands boulevards, ses parcs, ses entrées du métropolitain, son musée du Louvre, ses bouquinistes en bord de Seine et surtout sa butte Montmartre. Mais j'aime aussi -et peut-être plus encore- le vieux Paris. Celui que Robert Sabatier m'a fait découvrir à 12 ans avec ses Allumettes suédoises. Je ne pourrais certainement pas y vivre, mais je suis littérairement amoureuse de Paris.

C'est donc avec beaucoup d'enthousiasme que j'ai profité de ce mois du policier pour découvrir une série encore inconnue, celle des enquêtes de Victor Legris de Claude Izner, du moins ce premier tome. Celui-ci nous emmène en 1889, lors de l'exposition universelle se déroulant au pied de la toute nouvelle Tour Eiffel. Hélons donc un fiacre qui nous emmènera tour à tour au Champ-de-Mars, à la rue de Rivoli ou à la rue des Saints-Pères, dans la librairie de Victor Legris et de Kenji Mori, rapidement confrontés à plusieurs morts étranges, semble-t-il dues à des piqûres d'abeilles. Des libraires parisiens? Ce livre avait, sur le papier, tout pour me plaire. A l'arrivée, l'impression est mitigée.

Si j'ai trouvé l'atmosphère du Paris de la fin du 19ème siècle bien rendue et ai aimé m'y plonger, et s'il est plaisant de sortir des désormais traditionnelles investigations high-tech, l'enquête souffre selon moi d'un côté un peu poussif et répétitif. Victor soupçonne tour à tour les deux ou trois mêmes personnes, jusqu'au dénouement, qui donne un peu l'impression de sortir d'une pochette surprise. Le tout noyé dans les histoires de coeur dudit Victor qui prennent énormément de place, faisant passer l'enquête au second plan. Cela dit, il s'agit ici du premier tome d'une série, consacré sans doute à la présentation des personnages? J'imagine que l'aspect policier prend le dessus dans les épisodes suivants (dites-moi oui, j'aimerais quand même bien m'y replonger...). Parlant des personnages, on en découvre un assez grand nombre, et je me réjouis surtout de retrouver Joseph, le commis de la librairie, dont j'espère voir le rôle s'étoffer dans les tomes suivants (dites-moi oui, bis).

Le roman est par contre particulièrement bien documenté et foisonne d'anecdotes. Il est ainsi amusant ou passionnant d'entendre parler de Van Gogh -qui ne rencontre alors aucun succès-, d'Edison, du premier appareil photo portable, des débuts de l'électricité, de la colonisation, ou encore de divers auteurs dont parlent Victor et ses associés, bref de tous ces détails qui rendent le récit très réel et donnent au lecteur l'impression de déambuler lui-même dans les allées de l'Exposition, au milieu des dames en corset et chapeau fleuri et des hommes portant costume malgré la canicule.

Le point fort de ce roman est donc bien son versant historique, sa description du Paris de la fin du 19ème, bruits et odeurs compris; on s'y croirait. Le tout assaisonné d'une incursion dans le monde des livres, grâce aux personnages principaux. On dira que mon intérêt principal en ouvrant ce titre se trouvait là, et que pour le volet "enquête", on attendra le tome 2.

Deuxième participation au Challenge Un genre par mois de mai d'Iluze.

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