gourmet

On ne sait presque rien de lui. Il travaille dans le commerce, mais ce n'est pas un homme pressé ; il aime les femmes, mais préfère vivre seul ; c'est un gastronome, mais il apprécie par-dessus tout la cuisine simple des quartiers populaires... Cet homme, c'est le gourmet solitaire. Chaque histoire l'amène à goûter un plat typiquement japonais, faisant renaître en lui des souvenirs enfouis, émerger des pensées neuves, ou suscitant de furtives rencontres. Imaginé par Masayuki Kusumi, ce personnage hors du commun prend vie sous la plume de Jirô Taniguchi. Le Gourmet solitaire est un mets de choix dans la collection Sakka.

Je le dis d'entrée de jeu : le manga n'est pas vraiment ma tasse de thé. Or Iluze nous propose en juin de nous pencher sur ce genre. Vous me direz que je n'avais qu'à opter pour la BD. Mais... hem... j'en suis restée à Astérix... J'ai donc fait appel à l'équipe (une copine bibliothécaire en charge des mangas, ça peut toujours servir ^^ Coucou à toi si tu passes par ici! Emoji ) en demandant de me conseiller un manga facile pour trentenaire débutante et fatiguée (et je vous passe l'air hilare de ma bibliothécaire habituelle quand je suis allée, avec mon copion, lui demander où je pouvais trouver ce monsieur Taniguchi "parce que je m'étais engagée à lire un manga")

Première découverte de ce genre, donc, et je tiens à préciser que j'ai géré comme une grande la lecture inversée Emoji On est ici (et c'est pourquoi il m'avait été conseillé) face à un manga très accessible au novice adulte : les dessins sont à la fois clairs et détaillés, très "ancrés dans la réalité et dans le sol". Oui, je sais, je m'exprime bizarrement, mais j'avais en tête les images à la Sailor Moon, jupettes et cheveux au vent, raison pour laquelle le genre ne m'attirait pas des masses... Je ne suis pas vraiment fan du Japon (raison pour laquelle... -bis), et je n'y connais pas grand chose en gastronomie japonaise (n'ayant toujours pas réussi à convaincre l'homme de la maison d'aller manger des sushis, et encore doit-il s'agir de nourriture occidentalisée...), mais ce voyage ne m'a pas déplu. 

On suit le personnage, dont on ne sait pas grand chose, si ce n'est qu'il bosse dans le commerce et voyage fréquemment pour rencontrer des clients, dans plusieurs villes ou quartiers. Toujours, l'histoire débute au moment où il se sent le ventre vide (tiens, ça me rappelle quelqu'un...), lorsqu'il part à la recherche d'un repas, à travers des lieux rappelant nos restaurants de quartier, sandwicheries et autres baraques à frites nationales. On passe d'un grill coréen à un restaurant de sushis tournants, du resto bio-bobo au food-truck japonais, de la cafétéria du centre commercial au bento à emporter (que tout le monde connaît maintenant, c'est très à la mode, certes; mais tentez donc le bento-à-languette-qui-libère-de-la-vapeur, surtout dans le train, c'est tout de suite plus original... et olfactivement moins sympa pour les voisins de banquette). On découvre des soupes ou des bouillons, des beignets, des légumes salés, des sandwichs au porc pané, et le quasi inévitable riz blanc.

Chaque "chapitre" concerne non seulement un plat, mais aussi un type d'établissement et un lieu bien précis, le tout accompagné de quelques explications culinaires, historiques ou sociologiques, ce que j'ai trouvé particulièrement intéressant. On apprend ainsi que les repas comportent du riz, mais pas les en-cas qui n'ont pour but que d'accompagner un verre d'alcool (ce qui vaut quelques regards en coin à notre héros, lorsqu'il est le seul à réclamer du riz, le petit joueur!). Les dialogues sont peu nombreux, limités aux restaurateurs et parfois aux autres clients. L'essentiel tient en monologues intérieurs, concernant la nourriture principalement, mais également, dans une moindre mesure, les relations, le temps qui passe, des souvenirs qui affluent au détour d'un plat ou d'une rue. Il en ressort pas mal de nostalgie, lorsqu'il pense à d'anciennes amours ou constate des changements opérés depuis son dernier séjour dans une ville.

D'intrigue, point. De suspense non plus. On est là pour se poser et prendre son temps, comme notre gourmet. J'imagine qu'on est bien loin des mangas habituels (mais, encore une fois, je n'y connais rien, peut-être me fais-je des idées?). J'étais prévenue que je risquais d'être un peu déstabilisée, et effectivement on n'a pas l'habitude de lire un récit dans lequel il ne se passe "rien", où l'on quitte à peine la table. Je ne cache pas que j'ai ressenti, à certains moments, une légère indigestion, me disant que le titre aurait dû être "Le gourmand solitaire", plutôt que le gourmet. Je pense par exemple au repas pris au bureau, durant lequel il ne fait preuve d'aucune mesure et accumule la nourriture, à la limite de la boulimie. 

Néanmoins, j'ai trouvé la démarche originale et, sous un aspect effectivement très répétitif et banal, le contenu est assez intéressant et instructif pour constituer un bon moment de lecture. Il n'aurait pas fallu, cependant, que cela soit plus long, notamment parce que la structure de chaque histoire est toujours identique. Pour une découverte en douceur, je pense que c'est exactement ce qu'il me fallait Emoji

 

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