soupçon zweig

Un soupçon légitime est l'histoire d'un homme dont les passions vont causer le malheur de son entourage. John Limpley s'installe à la campagne avec son épouse et adopte un chien, Ponto. Adulé par son maître, l'animal se transforme en tyran... jusqu'au jour où il est délaissé, lorsque la jeune femme tombe enceinte. Le drame qui va suivre est d'autant plus tragique qu'il reste inexpliqué. 

C'est totalement par hasard que j'ai acheté cette édition, comprenant la nouvelle originale, en allemand. N'y voyez aucune velléité d'études linguistiques de ma part (ne parlant pas le moindre mot d'allemand, on en aurait vite fait le tour). J'ai simplement voulu profiter d'une offre d'occasion sur internet (ce qui m'a d'ailleurs valu un moment d'inquiétude quand, à la réception, j'ai feuilleté le bouquin et que mes yeux se sont écarquillés devant la langue de Goethe). Pour ceux qui maîtrise ledit idiome, il doit par contre être intéressant de pouvoir se référer au texte d'origine, sachant combien la langue de Stefan Zweig est -déjà- belle lorsqu'elle est traduite.

Bref...

Stefan Zweig, je l'ai découvert trop récemment, avec Vingt-quatre heure de la vie d'une femme, et la superbe Lettre d'une inconnue. Je suis plus ou moins tombée amoureuse de sa plume. Il se glissait alors dans la peau de personnage féminin avec un talent incroyable, tout en finesse, en psychologie, et avec une telle maîtrise qu'on oublie immédiatement que c'est un homme qui se trouve aux commandes. Si l'on est ici encore face à une narratrice, on pourrait dire que Zweig se glisse cette fois dans la peau... d'un chien. Un tyran à quatre pattes, mal éduqué et gâté, qui, du jour au lendemain, passe au second plan lorsque sa maîtresse se découvre (enfin) enceinte. Disons-le franchement, je n'ai pas trouvé l'histoire passionnante et il n'y a guère de suspense (même si le drame ne fut pas exactement celui que j'imaginais). L'écriture est cependant toujours aussi plaisante, et l'auteur arrive à créer, à partir de trois fois rien, une atmosphère très pesante, presque hitchcockienne. Et si je n'ai personnellement pas adhéré à la personnification de Ponto, ni d'ailleurs au fait que la narratrice arrive à décrire certaines scènes -y compris les sentiments du chien, par ailleurs très bien rendus- sans avoir assisté à la scène en question, je dois bien admettre que j'ai été, une fois de plus, séduite par la plume, embarquée, l'espace de ces quelques dizaines de pages, dans l'univers de ce fabuleux conteur qu'est Stefan Zweig. Un cran en dessous des autres titres donc, mais superbe écriture, toujours.

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Et hop ! 2 buts pour mon équipe !