bonheur

«Sur le quai de la gare, un chat noir croise obliquement leur chemin. Elle déteste les chats. Plus encore les chats noirs. Mais elle ne dit rien et réprime un frisson. Comme pour récompenser cette retenue, il annonce qu'il fera le voyage avec elle jusqu'à Cannes, si elle le veut bien. C'est à peine si elle peut répondre tant elle éprouve de gratitude.»

Les personnages d'Alice Munro courent après le bonheur. Quête vaine, éperdue, étourdissante, mais qu'ils poursuivent sans relâche. Dans ce recueil de nouvelles, on croise une étudiante qui accepte les propositions indécentes d'un vieillard, une mère en deuil qui change d'identité ou une femme affrontant enfin sa part de cruauté. D'une écriture précise et sensible, Alice Munro met en évidence les lignes de force invisibles guidant chaque destin.

"Trop de bonheur"? Ma foi, si elle le dit... Mais que voila un titre qui me semble mal choisi... Il trouve certes sa justification dans la dernière nouvelle, mais si les personnages, pour citer le résumé, "courent après le bonheur", on ne peut pas dire que ce dernier les étouffe. Il se dégage de ces nouvelles beaucoup de tristesse, de malheur, de nostalgie, de regret, de culpabilité, de mort -parfois pas très naturelle, qui plus est. Ne les lisez pas si la dépression vous guette, elle risquerait de vous rattraper. La séparation, la solitude, la mort voire la cruauté en sont des thèmes récurrents. J'ai eu beaucoup de mal à m'attacher aux personnages, à les comprendre, à les soutenir. Ils ont pourtant eu leur lot de malheurs et mériteraient notre compassion, mais non, vous m'en voyez désolée, ils ne m'ont, pour la plupart, inspiré que de la pitié au mieux, de l'exaspération au pire, avec une profonde envie de les secouer ou de leur donner un coup de pied où vous savez. Allez, une exception pour la vieille dame (veuve et malade; on a dit "bonheur") qui reçoit une visite (pas très amicale, vous vous en doutez), et pour la première nouvelle qui, par son thème, est assez bouleversante. Quant à la dernière, j'avoue être passée totalement à côté : j'ai totalement décroché entre les va-et-vient dans le passé et les différents personnages.

Et pourtant... Pourtant, j'ai continué ma lecture, jusqu'à la dernière page. Peut-être parce que je guettais une lueur d'espoir, me disant qu'il finirait bien par arriver, ce fameux bonheur. Mais non. En vain ai-je attendu. 

Cela dit, pour ne pas noircir gratuitement le tableau, si les histoires et les personnages m'ont plus ou moins laissée de glace, l'écriture m'a quant à elle beaucoup plu. Elle m'a fait penser à celle de Joyce Carol Oates (tiens, n'était-elle pas en lice pour ce fameux Nobel?), avec ses plongées dans le passé, dans les pensées des personnages, dans les rapports familiaux, dans la recherche de ce moment qui fait basculer un destin. L'écriture, bien qu'un peu sèche, est fort agréable et c'est cela, en réalité, qui m'a fait continuer.

Je ne resterai pas sur cette impression en demi-teinte car je suis persuadée que cette auteure et son écriture peuvent me plaire, mais que je n'ai pas choisi le bon recueil pour la découvrir.

Finalement, bonheur il y eut : j'ai trouvé un sac, soldé Emoji

 

5ème but pour la Coupe du Monde des Livres

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