vie

C'est sous le pseudonyme d'Emile Ajar que Romain Gary publia ce roman, qui lui offrit au passage son second Goncourt. 

Momo (Mohammed, mais il préfère qu'on l'appelle Momo) a 10 ans, bientôt 14. Il vit depuis son plus jeune âge, avec d'autres enfants de prostituées, chez Madame Rosa, elle-même ancienne péripatéticienne et juive déportée à Auschwitz, qui tient depuis de nombreuses années une pension d'un genre particulier. Se croisent chez elle, à plus ou moins long terme, des enfants dont les mères se "défendent avec leur cul" et dont les pères sont le plus souvent inconnus au bataillon. Les temps sont durs, Madame Rosa n'est plus payée pour ses services, mais jamais il ne lui viendrait à l'esprit de se séparer de Momo, dont elle s'occupe depuis 10 ans, bientôt 14. A noter que ces derniers temps, c'est plutôt Momo qui s'occupe d'elle. C'est que Madame Rosa, qui dépasse allègrement les 70 ans, décline : elle peine à monter ses 6 étages sans ascenseur, perd la tête, cauchemarde, s'oublie, bref devient de plus en plus dépendante de son jeune pensionnaire. Car Madame Rosa refuse de finir ses jours dans un hôpital, maintenue en vie dans un état sans doute végétatif. Alors Momo jure : il s'opposera à son hospitalisation, dut-il l'avorter pour cela, au nom du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. On l'aura compris, le langage, le vocabulaire et le phrasé de Momo sont à la fois colorés, imagés, décalés. Les personnages qui l'entourent sont hauts en couleurs, truculents, très hétéroclites, de l'ancien vendeur de tapis ambulant, admirateur de Victor Hugo et qui perd un peu la tête, à Madame Lola, ex-champion de boxe reconverti en travesti au bois de Boulogne, en passant par la tribu africaine qui tente de chasser les mauvais esprits en dansant autour du fauteuil de Madame Rosa ou les déménageurs qui font monter les 6 étages, sur leur dos, au médecin (et oui, lui aussi se fait vieux). C'est tout un immeuble qui se mobilise autour de la vieille dame, toutes générations, nationalités et confessions confondues, petit monde en miniature rassemblé autour de sa clé de voûte qu'est Momo. 

Romain Gary réussit ici l'exploit de nous offrir un roman drôle, naïf et léger sur un thème difficile, n'occultant pas les côtés sombres et désespérés de son sujet. Il confronte son jeune héros et son lecteur à la fin de la vie (dont il avait lui-même peur), aux traces de l'holocauste, à la pauvreté financière et sociale, dans un récit parcouru de bout en bout par une bonne humeur contagieuse, beaucoup d'émotions et, à travers ce jeune garçon arabe parlant yiddish avec sa "grand-mère adoptive", par une jolie leçon de vie.

 

6ème et dernier but pour la Coupe du Monde des Livres

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