canada

«D'abord, je vais vous raconter le hold-up que nos parents ont commis. Ensuite les meurtres, qui se sont produits plus tard.»

 

Great Falls, Montana, dans les années 60. Dell Parsons et sa soeur Berner ont 15 ans quand leurs parents décident, pour rembourser une dette, de braquer une banque. Bonnie et Clyde sont rapidement arrêtés et les enfants plus ou moins livrés à eux-mêmes. Pour éviter l'orphelinat, Berner prend la fuite, tandis que Dell suit les quelques consignes laissées par sa mère et passe la frontière canadienne, pris en charge par le charismatique propriétaire -américain- d'un hôtel situé dans le Saskatchewan. Canada raconte les semaines qui ont précédé le hold-up (entrecoupées de quelques souvenirs d'enfance) ainsi que les mois qui ont suivi, la dernière partie étant quant à elle située dans le présent, au moment où Dell se prépare à prendre sa retraite. 

Vous me voyez assez mitigée sur ce roman, que j'ai trouvé fort long. Il faut, me disait Denis, le prendre comme une réflexion, et certainement pas comme un récit d'action, mais même dans cette optique... ce fut long. A titre d'exemple, il faut une bonne centaine de pages avant d'en arriver au fameux braquage, pages durant lesquelles le narrateur fait déjà plusieurs fois référence à ce qui se passera, à ce que sa mère en dira, etc. Il nous répète aussi à l'envi que sa mère n'a pas eu la vie qu'elle voulait, qu'elle aurait dû partir, que lui est censé passer plus de temps avec son père et sa soeur avec leur mère... Les mêmes idées reviennent plusieurs fois et, même si je comprends bien qu'on est dans la réflexion du personnage, dans sa (re)construction et son explication des faits, il en résulte une impression de remâchage qui m'a donné le sentiment de tirer cette lecture en longueur. A ma décharge, j'ai commencé ce roman alors que nous nous apprêtions à changer de lieu de vacances et j'ai eu assez peu de temps à y consacrer pendant plusieurs jours, d'où sans doute une accentuation de cette impression de longueur et de surplace.

Malgré tout, la plume est maîtrisée et réaliste, et elle m'a plongée d'entrée de jeu dans cette petite ville du Montana, auprès d'une mère enseignante et d'un père ancien membre de l'armée qui tente difficilement d'arrondir les fins de mois via des petites combines foireuses. Il plane sur ces quelques centaines de pages une brume de nostalgie, accentuée sans doute par les retours dans "l'avant" et par les références aux écrits de la mère. De nostalgie, il est aussi question à travers la description de Partreau, nouveau lieu de résidence de Dell, petite ville désertée et abandonnée dont l'auteur nous décrit avec brio toute la désolation.
Richard Ford nous pose la question du bonheur, du pardon, de la reconstruction après avoir vu sa vie détruite en quelques jours. Comment trouver son chemin et construire son avenir quand, à 15 ans, on se trouve dans un pays étranger, sans famille, sans réelle existence légale, déscolarisé et devant composer avec le méfait commis par ses parents? Le narrateur nous raconte les événements avec 50 ans d'écart, et donc avec un certain recul, ce qui lui rend possible la réflexion. Le revers de la médaille, c'est une impression, parfois, de trop grande distance.

Canada est un roman que je n'ai pas pleinement apprécié, donc. Ou plutôt, dont j'ai apprécié certaines parties plus que d'autres. En cause, une certaine longueur que je n'ai pas pu dépasser, me donnant parfois l'impression de ne pas avancer. J'en garde cependant des images évoquant les tableaux de Hopper et le souvenir d'une dernière partie très émouvante.

 

rentréelittéraire

 

14/12