nosmères

"Enfant, quand je faisais référence à toi dans les histoires que j'inventais pour me tenir compagnie, je ne disais jamais maman, ni ma mère, mais bien plutôt Nos mères. Comme si j'étais plusieurs enfants et toi plusieurs mères à la fois, et comme si tout ce que je souhaitais finalement c'était ça : diluer nos souffrances en fragmentant nos vies."

Dans un Liban en guerre, une guerre qui lui a pris son père, Jean vit reclus dans un grenier. A l'étage inférieur, son grand-père, malade, dépérit. Un étage plus bas encore, sa mère ne se remet pas de la mort de son mari. Elle tente de faire vivre la famille comme elle le peut, et de protéger son fils des horreurs de la guerre. De temps en temps, elle lui rappelle maladroitement qu'elle l'aime, elle l'embrasse, puis l'enferme de nouveau pour rejoindre sa propre détresse. Pendant ce temps, Jean oublie sa solitude en s'inventant des amis et des frères. Plus tard, après un bref passage dans un orphelinat, à l'initiative de sa mère qui veut lui offrir un avenir différent, il est adopté par une jeune femme, célibataire, tout aussi torturée et dépressive que sa mère biologique. Une femme, Sophie, qui refuse de vivre avec l'homme qu'elle aime, qui reste cloîtrée chez elle avec Jean, qui n'ose pas le toucher mais voudrait qu'il l'appelle maman. Une nouvelle fois, Jean est entouré de silence et de solitude, se réfugiant dans son imaginaire. Peu à peu, il trouve sa place auprès d'elle, auprès d'Alice aussi, son amoureuse, et peu à peu il laisse partir ses amis imaginaires. Dans la dernière partie, enfin, on découvre l'histoire et l'enfance de Sophie, dont Jean l'aidera à s'affranchir.

C'est un très beau texte que ce roman, qui a permis à Antoine Wauters, un jeune auteur belge, de remporter le Prix Première. Un texte empli de douceur, de tendresse, de poésie, de musique. Un texte qui met l'accent sur l'importance des mots. Malgré tout, malgré sa brièveté, ce n'est pas un roman facile à lire, de par son sujet, son écriture parfois hachée, son utilisation (pari osé) du pluriel. Mais c'est un texte qui mérite -vraiment- que l'on fasse l'effort d'y entrer, parce que l'écriture autant que l'histoire sont très belles. Parce qu'il parle d'espoir et de lumière, de résilience, d'amour et de confiance, d'écriture et de liens. Parce que, tout en subtilité, il fait naître l'émotion, par petites touches, au détour d'une page. On est parfois déçu par une lecture que l'on a longtemps attendue; Nos mères a comblé toutes mes attentes et m'a touchée, vraiment.

 

2ème (magnifique) lecture pour le Challenge de Mira Tomique

Mira