condition

La condition pavillonnaire nous plonge dans la vie parfaite de M.-A., avec son mari et ses enfants, sa petite maison. Tout va bien et, cependant, il lui manque quelque chose. L’insatisfaction la ronge, la pousse à multiplier les exutoires: l’adultère, l’humanitaire, le yoga, ou quelques autres loisirs proposés par notre société, tous vite abandonnés. Le temps passe, rien ne change dans le ciel bleu du confort. 

Sophie Divry mélange ici le banal et l'original. Le banal de la vie quotidienne à l'originalité d'une narration à la deuxième personne du singulier, qui donne l'impression de s'adresser à personne et à tout le monde à la fois. Elle nous raconte la vie de son héroïne, M.-A. (Marie-Adeline? Marguerite-Agnès? ou Emma... comme l'Emma de Flaubert?) depuis l'enfance, en passant par les études universitaires, le mariage, la maternité, la vie active. Une héroïne qui, après chaque période de changement et donc d'occupation, replonge dans l'ennui et dans une impression de manque et d'insatisfaction. Une fois son idéal atteint : un mari, des enfants, un pavillon dans un clos calme, un boulot, que reste-t-il à espérer? Son mari devient trop gentil, trop absent, trop silencieux, trop plan-plan. Ses enfants trop bruyants et trop bavards. Sa vie trop répétitive. Son emploi trop "sans perspectives d'évolution". Bref, pour elle, tout est trop et pas assez à la fois. Elle vit dans l'attente, dans l'espoir que quelque chose se passe, pourquoi pas qu'un enfant se blesse. On assiste à ses manies, sa fatigue, ses colères, ses emballements pour un collègue ou un nouveau hobby. Mais rien, jamais, ne la comble durablement.

C'est presque un roman sociologique que nous offre Sophie Divry, disséquant la société française depuis les années 50 jusqu'à nos jours. On découvre, en arrière-plan de la vie de M.-A., l'évolution des moeurs concernant le travail des femmes, le mariage, la diminution du niveau de vie, l'augmentation du chômage. C'est un roman qui, par là, n'est pas inintéressant, et dont l'écriture reflète très bien l'état d'esprit de son héroïne : on pourrait dire qu'il transpire l'ennui tant il le décrit parfaitement. Oui mais... J'ai envie de dire que trop, c'est trop. Et ce trop, pour moi, ce sont notamment ces pages entières de descriptions concernant des détails (la conduite, la lessive, le frigo...). Cela participe à l'ambiance, au rendu de l'état d'esprit de M.-A., certes, mais j'ai trouvé cela exagéré. D'autre part, M.-A. a une fâcheuse tendance à nous entraîner avec elle dans la déprime. Alors que j'avais envie de la secouer dans un premier temps, j'ai vite baissé les bras et me suis contentée d'assister, d'une façon tout à fait extérieure (alors que l'usage du "tu" aurais dû m'impliquer, sans doute), à ses éternels motifs d'insatisfaction. 

Une impression en demi-teinte donc, me concernant : un roman intéressant, à l'effet de style certain, mais qui m'a, malheureusement, un peu laissée sur la touche en raison justement de ces caractéristiques ainsi que de son côté déprimant : est-ce vraiment là tout ce que pouvaient attendre les femmes de la génération précédente? 

 

3ème lecture de la Rentrée Littéraire, et 8ème auteur découvert dans le cadre du challenge de Mira Tomique

challengerl2014

3/6

Mira