bird box

Malorie élève ses enfants de la seule façon possible : barricadés chez eux. Dehors, il y a un danger terrible, sans nom. S’ils s’aventurent à l’extérieur, ce sera les yeux bandés pour rester en vie. S’ils ôtent leurs bandeaux, ils se donneront la mort avec une violence inouïe [...]

Nom de dieu ! (oui, je sais, je suis vulgaire, mais j'assume totalement, et je vais tenter d'expliquer pourquoi).

J'aime avoir peur, trembler, sentir mon coeur et mon estomac faire des sauts périlleux, oublier de respirer, hurler quand on vient me demander l'heure. J'aime avoir peur, mais je n'aime pas voir ce qui fait peur. Je n'aime pas les films de zombies ou autres monstres, je n'aime pas voir le résultat du "travail" d'un serial-killer. Autant vous le dire tout de suite : avec Bird box, j'ai été ravie. J'ai passé quelques heures avec Malorie, angoissant avec elle, le coeur sautant quelques battements. Quelques heures, pas plus, parce qu'il m'aurait été impossible de ne pas le lire d'une traite. Dès les premières pages, ce roman s'est révélé totalement addictif et je n'ai pu le poser que contrainte et forcée.

Alors que Malorie se découvre enceinte, un mal étrange frappe la planète. Quelque chose rôde dehors, et ceux qui "le" voient s'entretuent. Nul ne sait de quoi il s'agit : phénomène surnaturel, être venu d'ailleurs, création humaine? Aucun survivant pour expliquer ce qu'il aurait vu. Seule solution pour survivre : ne pas regarder. Rester enfermé, fenêtres occultées, portes fermées, et ne sortir qu'avec les yeux bandés. C'est de cette façon que Malorie vivra pendant plus de 4 ans, réfugiée dans une maison, en compagnie d'autres survivants. Ils n'en sortent que pour puiser de l'eau, ou s'aventurer dans les maisons voisines, abandonnées, pour y chercher quelques boîtes de conserve. Les yeux bandés, toujours. 4 ans plus tard (et c'est à ce moment que débute le roman), Malorie estime que ses enfants sont assez grands pour qu'elle puisse prendre le risque de les faire sortir, pour rejoindre -on ne sait trop où- un endroit jugé plus sûr. On suit en parallèle le récit des événements écoulés depuis l'apparition de "la chose" (appelons-la comme cela) et celui de leur périple. Les yeux bandés, toujours. Les yeux bandés et l'oreille aux aguets. C'est que, lorsque l'on ne peut voir, il faut entendre. Il faut détecter et isoler chaque bruit, même infime, pour être prêt à tout affronter. Et c'est à cela que Malorie a préparé ses enfants, 4 années durant.

L'angoisse est palpable. Tellement, que je l'ai très vite ressentie moi-même. J'avais moi-même l'impression que tout bruissait autour de moi. J'étais dans cette maison, isolée, délabrée, aux côtés de Malorie et de ses enfants. Une Malorie sèche, dure, dont les ordres claquent. Une mère qui, dès leur naissance, a dû "dresser" ses enfants, les entraîner, malgré leur jeune âge, à écouter et à ne pas regarder. Une mère qui a dû leur transmettre suffisamment de peur pour leur éviter la tentation de transgresser ses directives, tout en leur laissant la possibilité d'être des enfants innocents. Une jeune femme qui s'est découvert de la force, du courage, de la détermination, pour survivre et protéger ceux qu'elle aime. J'ai vécu quelques scènes en apnée, me rappelant au bout d'un moment que je pouvais respirer. 

Difficile de ne pas faire le lien avec La route : récit d'un voyage dans un monde post-apocalyptique sans que le lecteur sache ce qui est arrivé, au cours duquel il suit un parent et son/ses enfant(s), même dépersonnalisation des personnages (si Malorie a un prénom, elle appelle par contre ses enfants Fille et Garçon : comment nommer son enfant, c'est-à-dire poser son existence, dans un monde qui n'existe plus lui-même, dans lequel la vie, l'avenir, l'existence deviennent des concepts quasi abstraits?). Certains reprocheront peut-être à l'auteur ces similitudes. Je trouve personnellement que, bien qu'apparentés, les deux ouvrages diffèrent suffisamment pour pouvoir être tous deux appréciés à leur juste valeur.

Bird box est un roman haletant, oppressant, rythmé et maîtrisé : ses personnages -avec leurs peurs, leurs failles, leur mode de fonctionnement-, son univers, l'alternance entre passé et présent. Les 2/3 du roman peut-être se passent dans le noir absolu et ça fonctionne vraiment parfaitement. Personnellement, j'applaudis des 2 mains et j'en redemande. Et, sachant qu'il s'agit là d'un premier roman, je le redis : Nom de dieu, quelle réussite !

 

4ème lecture pour le Challenge Rentrée Littéraire, et 15ème auteur découvert dans le cadre du challenge de Mira Tomique

challengerl2014

 

4/6

Mira