mots excuse

Après les perles d'élèves, voici celles des parents.
Ou comment les parents tentent, parfois avec maladresse, ironie ou mauvaise foi, de justifier les retards, absences et autres comportements déplacés de leurs chères têtes blondes. J'adore les perles scolaires, j'ai donc postulé avec plaisir quand les Éditions Michel Lafon ont proposé ce recueil de mots d'excuse, reçus au fil des ans par les instituteurs et compilés par Patrice Romain, lui-même instituteur et directeur d'école.

Ce n'est bien sûr pas un ouvrage à lire d'une traite, sous peine d'overdose (et de désespoir orthographique, Patrice Romain ayant fait le choix -justifié- de ne pas corriger les écrits parentaux). Par contre, quelques pages le soir, après une longue journée, après une lecture sérieuse, une fois le travail achevé et les enfants couchés, ce fut un vrai moment de détente. Un moment d'amusement, voire de fou rire, souvent. Un moment de désespoir orthographique (je l'ai dit) parfois. Un moment de réflexion également. Parce que certains parents manquent cruellement de retenue, ou de tout sens des convenances. Qu'ils exposent ainsi l'intimité de leur famille devant l'enseignant de leur enfant me laisse pantoise. Ne se soucient-ils pas de l'image qu'ils donnent d'eux-mêmes mais aussi de leur fils ou fille? 

Il est aussi intéressant d'avoir proposé des mots d'excuse datant de plusieurs époques. On voit bien que les parents ont maintenant une forte tendance à excuser le comportement -même problématique- de leur enfant, à s'immiscer dans les affaires de l'école, à ne pas accepter les punitions -pourtant justifiées- voire à expliquer à l'instit comment faire son boulot, allant jusqu'à le menacer de lui envoyer l'inspection. C'est tout le (manque de) respect de la profession qui ressort de ces extraits. Transparaît également la violence de la société, dont l'école n'est pas épargnée. Et les parents de menacer alors de venir faire justice eux-mêmes, si l'enseignant ne règle pas son compte à celui qui a cherché noise à leur enfant.

C'est aussi toute une partie de la population qui dit son désarroi. Ces parents, ne maîtrisant pas la langue française ou dépourvus de tout bagage scolaire, incapables de suivre leur enfant dans ses apprentissages. Ceux qui voudraient se décharger sur l'école de l'entièreté de l'éducation de leurs rejetons. Ceux qui ne sont pas là pour surveiller les devoirs, ni même s'assurer que leur enfant se rend bien à l'école le matin. Ceux qui, famille très nombreuse oblige, se révèlent totalement débordés même s'ils aimeraient "bien faire". Bref, toute une misère sociale et/ou financière à laquelle nous sommes de plus en plus confrontés au quotidien, dans nos classes. Comment, dans ces conditions, les relations entre parents, enfants et enseignants pourraient-elles ne pas changer... 

Mais ne boudons pas notre plaisir. Ce livre est là avant tout pour nous faire rire, et il y arrive fort bien. Certains mots d'excuses sont très drôles, volontairement ou non, et parfois tellement gros qu'on peine à croire à leur réalité (ce dont nous assure cependant Patrice Romain, et je pense effectivement qu'on doit voir de tout, absolument de tout, y compris du pire, lorsque l'on se penche sur de tels écrits).

Je remercie les éditions Michel Lafon pour cet envoi qui donne le sourire.