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Octave Mouret affole les femmes de désir. Son grand magasin parisien, Au Bonheur des Dames, est un paradis pour les sens. Les tissus s'amoncellent, éblouissants, délicats, de faille ou de soie. Tout ce qu'une femme peut acheter en 1883, Octave Mouret le vend, avec des techniques révolutionnaires. Le succès est immense. Mais ce bazar est une catastrophe pour le quartier, les petits commerces meurent, les spéculations immobilières se multiplient. Et le personnel connaît une vie d'enfer. Denise échoue de Valognes dans cette fournaise, démunie mais tenace. 

J'ai essayé. Je vous jure que j'ai essayé. Mais je n'ai pas tenu jusqu'au bout : j'ai bâclé la fin...

Zoom arrière.
Voici quelques années (si peu...), au collège, L'assommoir était au programme de mon année de 5ème. Moi qui étais déjà, à l'époque, une lectrice compulsive, j'avoue avec regret que c'est le seul roman que je n'ai pas terminé (autrement qu'en diagonale) de toutes mes études. Rarement un livre aura, pour moi, aussi bien porté son titre. Ne me jetez pas tout de suite les boîtes de concentré de tomates. Oui, je sais que c'est un classique. Un grand auteur. Un Auteur, même, avec un grand A. Je n'ai jamais nié son talent, mais je me suis, je l'avoue, énormément ennuyée devant cette histoire, dont je ne voyais pas le bout. Bref, Zola, j'en étais vaccinée. (A ma décharge, ma prof de français elle-même avait ponctué son interrogation de lecture par un "Pfff je ne le donnerai plus, j'en ai marre de devoir le relire"... Pourquoi diable n'y avait-elle pas pensé avant?)
Deuxième épisode. Il y a quelques mois (plutôt un an, en fait), j'ai, dans un moment d'égarement sans doute, promis à une grande fan de Zola, rencontrée sur Babelio, de lui donner une seconde chance. Elle me conseillait vivement Au bonheur des dames, nettement plus accessible selon elle (et d'autres lectrices de confirmer). J'avais donc inscrit cette lecture sur ma liste-des-romans-à-sortir-impérativement-de-la-PAL-en-2014 (je n'ose même pas aller la voir, cette liste, je suis sûre que je n'ai pas rempli la moitié du contrat). Mi-novembre, je me suis dit qu'il était quand même grand temps de s'y mettre (surtout s'il devait être aussi long que L'assommoir...), d'autant plus qu'Iluze nous avait proposé de lire des classiques.

Donc, disais-je, j'ai essayé. Pendant une grosse semaine. Avec l'impression qu'un lutin farceur ajoutait des pages au fur et à mesure que je les avalais. Attendez encore un peu avant de me lancer des tomates... 

Il avait quand même de quoi me plaire, ce bouquin. L'époque, les belles tenues, les longues robes et les chapeaux, les tissus. Paris. Aaaaah Paris (soupir et message subliminal visant l'Homme, qui ne passera de toute façon pas par ici...). C'est un roman très actuel, au vu de l'écho qu'il trouve encore à notre époque. Un roman précurseur concernant la société de consommation telle qu'elle allait se développer par la suite, la main-mise des grandes enseignes au détriment des petits commerçants, ces derniers disparaissant peu à peu. Un roman qui offre l'un de ses rôles, et non le moindre, à un "personnage" atypique : le magasin lui-même, sorte d'hydre engloutissant tout ce qui passe à sa portée, concurrents ruinés, employés exploités et clients s'y engouffrant en un flux ininterrompu pour y dépenser un argent dont ils ne disposent pas toujours. Face au monstre, Denise, petite provinciale débarquant sans le sou à Paris, subjuguée par cet étalage de marchandises et de richesses, romantique, à la fois faible et forte, courageuse, décidée à prendre sa vie en main, en s'opposant s'il le faut à sa famille de commerçants.

Si le contexte et l'intrigue m'ont plu, si le récit n'est pas dénué d'humour (ah! la folie de ces dames devant un étalage ou un morceau de dentelle), je reste sur une impression de longueurs, encore et toujours. L'impression de vivre plusieurs fois les mêmes scènes. L'envie de couper dans quelques descriptions (bien qu'elles plantent superbement le décor, je ne le nie pas). La tentation de dire aux personnages "Tu l'aimes. Il te plaît. Qu'attendez-vous? Avez-vous vraiment l'intention de me faire poireauter pendant encore 100 pages?"

Ce récit, empreint de nostalgie, sombre certes mais non dépourvu de légèreté, au thème actuel et donc intéressant, aurait pu me plaire. Il avait les bases pour me plaire. Il m'aurait plu s'il avait été plus court. Zola et moi ne serons faits l'un pour l'autre qu'en version abrégée. Voila, c'est dit, vous pouvez balancer les tomates. 

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