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Un samedi soir, une librairie de quartier. Comme toutes les nuits, sitôt le rideau tombé, les livres s’éveillent et se racontent leurs histoires… Mais ce soir, l’heure est grave : les nouveautés viennent d’arriver, et les romans du fond de la librairie n’ont plus que quelques jours pour trouver un lecteur!
Pour sortir par la grande porte, il leur faudra s’unir et prendre la place des best-sellers solidement empilés près de la caisse. Autant dire qu’ils n’ont pratiquement aucune chance…

Un roman qui parle de romans, à la jolie couverture colorée. Comment passer à côté de ce titre, proposé par PriceMinister pour ses Matchs de la rentrée littéraire? 

La fan de Toy Story que je suis ne pouvait qu'être intriguée par cette histoire de livres qui prennent vie sitôt fermée la porte de la librairie. Tout comme Woody craignait de se faire voler la vedette par Buzz, les romans du Boudoir, peu connus, peu vendus, ne faisant pas le poids face aux best-sellers et autres gagnants de prix littéraires, voient d'un mauvais oeil l'arrivée d'une nouvelle caisse de romans à succès, annonciatrice de mise au pilon pour eux, les invendus de l'arrière-boutique. Pour une petite poignée d'entre-eux, le salut viendra de la révolte, de la lutte quasi-armée, pour bouter les best-sellers hors de la table d'honneur. 

Parallèlement, le roman nous offre une réflexion sur le monde de l'édition actuel, en cette époque où l'on dit parfois que "les gens ne lisent plus : ils écrivent". De plus en plus de livres publiés, de moins en moins de livres vendus. Moins de lecteurs? Pas forcément. Mais de nouvelles habitudes de lecture, certainement. En cette période où on télécharge, emprunte, échange ou occasionne au lieu d'acheter neuf, quel avenir pour les livres et les librairies? 

Si le premier volet du roman, voyant les livres prendre vie, établissant des parallèles entre le personnage-livre et son auteur dont il est le reflet, original et bien amené bien qu'un peu trop fantaisiste, risque finalement de tourner à l'exercice de style s'il se trouve trop exploité, l'auteur a l'intelligence de sortir régulièrement des rayons et d'alterner avec des personnages de chair et de sang. On plonge alors dans les doutes d'un vieux libraire, naguère passionné, aujourd'hui fatigué, dépassé par les sites de vente en ligne (pour lesquels travaille son propre fils) autant que par la masse d'ouvrages qu'il lui faudrait lire, désabusé face aux demandes de la clientèle, adepte de lectures faciles et prescrites plus que recherchées et réfléchies (et qui lui reproche en outre de n'avoir pas tout lu mais se tourne dans le même temps vers les libraires en ligne qui, par définition, ne lisent rien et ne donnent aucun conseil), obligé, par les maisons d'édition elles-mêmes, de "se mettre au numérique". Face à lui, une jeune vendeuse, rappelant ce qu'il fut des années auparavant, une de ces libraires encore passionnés et la tête débordant de rêves et d'idées pour faire vivre la boutique, personnaliser les lieux, mettre en valeur auteurs, histoires et contenus, 

Non exempt de faiblesses (trop longue et difficile à visualiser, la bataille perd en intérêt), il reste néanmoins intéressant en tant que piste de réflexions, qui ne pourra que questionner les amateurs de livres et de littérature que nous sommes. Qu'est-ce que la Littérature? Qu'est-ce qui fait qu'un roman est un bon roman? D'où vient le succès? Comment ramener les gens vers les livres et lutter contre la disparition des librairies? D'un point de vue personnel, je l'aurais encore davantage apprécié si l'auteur avait diminué la part de la révolte au profit de la réflexion concernant le monde éditorial. C'est aussi -et surtout?- à une prise conscience du rôle que nous -consomm'acteurs de la vie culturelle et littéraire- avons à y jouer que nous invite Bertrand Guillot.

Merci à PriceMinister et aux éditions Rue Fromentin pour cet envoi, 10ème lecture de la rentrée littéraire, et 23ème auteur découvert dans le cadre du challenge de Mira Tomique.

challengerl2014

Mira