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A New York, dans les années 1950 « Le complet gris », c'est l'uniforme de l'Américain moyen, celui qui arrive tous les jours de sa banlieue pour travailler dans un quelconque gratte-ciel. Il est jeune encore, il a une femme et trois enfants, son travail ne l'intéresse pas beaucoup et la grande aventure de sa vie a été la guerre. Il a de l'ambition pourtant et en Amérique ambition égale argent ; il faut gagner beaucoup d'argent pour être un homme.

Depuis 2 ans, Belfond réédite, via sa collection Vintage, des livres devenus introuvables, classiques oubliés ou auteurs méconnus. Si l'idée en soi est déjà bien intéressante, que dire de l'emballage! J'adoooOooOore leurs couvertures. Allez jeter un oeil ici, et dites-moi ce que vous en pensez ! Dernier titre en date, cet Homme au complet gris, paru initialement en 1955, est présenté comme étant à la fois dans la lignée de La fenêtre panoramique (excellent roman de Richard Yates, adapté au cinéma sous le titre Les noces rebelles avec L. DiCaprio et K. Winslet... soupir...) et source d'inspiration de la série Mad Men. Plutôt alléchant, n'est-ce pas?

Au début des années 50, quelques années après la guerre, Tom et Betsy constituent l'archétype de la classe moyenne américaine. Betsy est mère au foyer, Tom travaille pour une fondation, dans laquelle il est entré grâce au soutien de sa grand-mère, veuve désargentée d'un riche député, dont la propriété n'est pas loin de tomber en ruine. Ils vivent avec leurs trois enfants, dans la banlieue de New York. Une banlieue -et un pavillon- qu'ils ont fini par prendre en grippe, mais qu'ils ne pourront quitter que si leurs revenus augmentent. Lorsqu'on lui offre la possibilité de quitter son emploi, insuffisamment payé et peu motivant, pour un poste possiblement mieux rémunéré, il accepte, malgré les doutes et les hésitations. Quel poste? Il ne le sait pas exactement (est-ce qu'on parlait de chargés de com', à l'époque?). Pour combien de temps et pour quel salaire? Il ne le sait guère plus, c'est un pari peut-être risqué. Mais son ambition, son amour pour sa femme, les espoirs qu'il nourrit pour ses enfants le poussent à accepter. Au risque de ne plus voir sa famille autant qu'il le voudrait? Au risque de devenir quelqu'un qu'il ne reconnaîtrait pas, et son épouse encore moins?

Entre rêve américain et désenchantement, entre trains de banlieue et apéro, entre doutes professionnels et crise conjugale, c'est aussi un roman sur le stress post-traumatique des vétérans de la Seconde Guerre mondiale. Si ces passages m'ont dans un premier temps ennuyée, j'ai ensuite compris où nous emmenait l'auteur, quels liens ils entretenaient avec l'histoire "actuelle", ce qui a rendu le tout nettement plus intéressant. Tom doit vivre avec ses souvenirs, ses traumatismes, ses pertes et ses regrets. Il doit s'interroger sur ses valeurs et ses priorités, et croire aussi, un peu, à sa bonne étoile.

C'est un peu daté, bien sûr et c'est normal, mais ça reste une lecture agréable et qui trouvera peut-être un écho en nous. Parce que c'est un roman sur les choix de vie, au thème très actuel, dont le personnage (si l'on fait abstraction de son passé de parachutiste) est confronté, avec 60 ans d'avance, aux mêmes questions que celles qui nous taraudent actuellement : comment concilier vie professionnelle et familiale, valeurs individuelles et pression sociale, bon salaire et travail intéressant? Comment offrir le meilleur à nos enfants? Comment ne pas vivre dans la crainte du lendemain? Comment se retrouver, après des années de mariage, comme aux premiers jours de celui-ci? Malgré la distance, autant géographique que temporelle, les réflexions sont donc terriblement d'actualité.

Merci à Babelio et aux éditions Belfond pour cette très jolie découverte !

 

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Challenge Lecture 2015 - Catégorie "Un livre avec une couleur dans le titre"