eleanor

Certains jeux peuvent s’avérer dangereux…
Zach, Poppy et Alice partagent une passion : les jeux de rôle avec des figurines. Ils ont inventé un monde à eux, peuplé de pirates, de cruelles sirènes, de voleurs et de trésors. Ce monde est dirigé par la Sublime Reine, incarnée par une inquiétante poupée de porcelaine qui trône derrière une vitrine chez Poppy et qui semble… tout observer à travers ses paupières closes. Or, un jour, un incident pousse Zach à arrêter le jeu. La nuit suivante, la poupée se réveille et se confie à Poppy : elle a jadis été fabriquée avec les cendres d’une fillette nommée Eleanor, et elle exige d’être enterrée avec les siens, sinon les trois amis ne connaîtront jamais le repos…

Je le dis tout de suite : je savais que je sortirais déçue de cette lecture, j'en étais prévenue. Mais il me fallait un roman fantastique classé jeunesse, pour bosser, et après deux mauvaises pioches, celui-ci allait faire l'affaire.

Il est tout à fait décevant parce que très très très léger. Ça commence pourtant plutôt bien, cette histoire de poupée maléfique qui exige que Zach et ses amies l'enterrent. Mais c'est plat, désespérément plat. A aucun moment, je n'ai ressenti le moindre frisson de peur. Bien sûr, je ne fais pas partie de la catégorie d'âge visée, mais quand même... Cette absence de frisson, elle est liée, notamment, au fait que jamais on ne "voit" agir la poupée. C'est Zach qui raconte l'histoire, mais ce n'est pas à lui qu'Eleanor s'adresse, c'est à Poppy. Et encore... Lui parle-t-elle réellement? C'est plutôt de l'ordre du rêve, ce qui fait d'ailleurs que Zach n'y croit pas pendant les trois quarts du roman. Par la suite, il nous dit bien qu'elle a bougé ou changé de position, mais toujours après coup, sans la voir réellement, et sans exprimer beaucoup plus que de l'étonnement. Finalement, elle serait presque gentillette, cette poupée maléfique.

De ce fait, je me suis vraiment interrogée sur les intentions de l'auteur. Quel genre de roman voulait-elle réellement écrire? J'ai eu l'impression que, plutôt qu'un fantastique, elle nous livrait en fait une quête, un récit d'initiation centré sur le passage de l'enfance à l'adolescence, dans lequel le fantastique ne serait d'un prétexte, voire une carotte pour nous attirer. Et ce statut à cheval sur deux genres m'a vraiment gênée. J'aurais nettement préféré qu'Holly Black choisisse son camp et l'assume. Ou bien a-t-elle voulu proposer une première approche du fantastique à ses jeunes lecteurs, en les ménageant? De même, j'ai été dérangée par le manque de cohérence de ses personnages, qui se comportent tantôt comme des enfants, tantôt comme de vrais ados. Etait-ce parce qu'elle voulait montrer leur passage d'un âge à l'autre? Si c'est le cas, ça manquait beaucoup de cohérence et de finesse. En outre, ils m'ont paru manquer cruellement de profondeur. Toutes leurs réactions, tous leurs silences, m'ont semblé plats, à peine effleurés et manquant donc beaucoup de crédibilité.

En bref, j'éprouve l'impression désagréable d'avoir été trompée sur la marchandise, de m'être trouvée face à une publicité mensongère ("une terrifiante poupée de porcelaine", dit le bandeau : sincèrement, on repassera), un produit qui ne s'assume pas. Je ne le lisais heureusement que dans un but bien précis; en tant que lectrice, clairement, la déception est totale.