fortune cookies

 

Bretagne, demain : Une coupure d'électricité plonge la petite vie de Blanche et Hadrien dans le noir, ainsi que toute l'Europe. Un mystérieux appel résonne sur les ondes : le gouvernement cache qu'il se passe quelque chose au sud... la guerre ? Leur fille est loin, en vacances au-delà des Pyrénées. Hadrien décide de partir immédiatement à sa recherche, mais Blanche a peur.

Paris, après-demain : État d'urgence, peuple bâillonné. Blanche est devenue Bianca, résistante. Les opposants à la dictature médiatique utilisent les réseaux de consommation pour faire passer leurs messages, sur les barquettes de poulet, les barils de lessive ou dans les fortune cookies, mais, bientôt, il faudra aller plus loin. Bianca trouve de la force entre les bras de Joshua, et jamais elle ne parle ni d'Hadrien, ni d'Élisabeth.

Quelque chose a basculé sur la route.

 

C'est à la faveur d'un "pioche-PAL" organisé par un de nos groupes de lecture que Sophie m'a proposé de découvrir ce court roman. Je n'en ressors pas totalement convaincue, ce qui, je dois bien l'avouer, me déçoit vraiment.

Commençons par les points positifs.
J'ai, dès le début, été franchement emballée par le fait que Fortune Cookies se trouve être un roman d'anticipation (très) proche et très plausible, au vu de certains événements ayant secoué la France et le reste de l'Europe ces derniers mois et années. A l'heure où les JT parlent régulièrement d'émeutes, de black out, de pays entiers au bord de la faillite, de liberté de la presse, d'état d'urgence, de situation qui risque de basculer d'un jour à l'autre en plusieurs endroits du globe..., ce récit prend des airs de réflexion proposée au lecteur. Que ferait-il, quelle décision prendrait-il si ... ? Ferait-il le choix de la résistance ou celui de la mise à l'abri? Le récit a des allures de Ravage, avec sa panne d'électricité générale et ce couple qui décide de traverser la France, malgré l'incertitude, le rationnement et la violence ambiante, pour aller chercher sa fille, en vacances en Espagne. Il a des allures de lutte et d'engagement, aussi, avec l'entrée de Bianca dans la résistance. 
L'alternance entre les deux époques (séparées de 4 mois à peine mais qui semblent pourtant tellement plus éloignées, tant la situation a basculé) m'a entraînée : je voulais savoir pourquoi Bianca semblait ne plus avoir de passé. Qu'avait-il bien pu se produire, durant ces 4 mois, pour que jamais plus elle n'aborde son mari, sa fille, sa vie d'avant? 

Malheureusement, quelques bémols sont venus ternir mon plaisir.
Alors que le personnage principal (une mère brusquement séparée de sa fille, quand dehors le monde semble basculer) aurait dû m'appeler, me supplier de m'inquiéter avec elle, de m'apitoyer sur son sort, ce ne fut absolument pas le cas. Certes, Blanche est inquiète. Certes, je fus inquiète pour sa fille, moi aussi. Mais je n'ai pas ressenti d'empathie, je ne me suis pas sentie proche de cet homme et de cette femme, dont les rapports difficiles m'ont laissée plus ou moins de glace. Je n'ai pas compris certaines de ses réactions (sa façon d'aller au travail, l'air de rien, plutôt que de foncer vers Espagne, dès le rétablissement de l'électricité, par exemple). Je me suis finalement bien plus rapprochée de Bianca, et ce fut sans doute en grande partie par curiosité. Là, elle m'a touchée. En tant que personnage, en tant de femme, en tant que mère. Parce que là, quelque chose apparaissait derrière, causant une fêlure qui me la faisait paraître touchante. Il fut donc très perturbant, pour moi, de passer constamment de Blanche à Bianca, d'un personnage qui ne me parlait pas vraiment à une facette qui m'intéressait. Et ce d'autant plus que la narration est différente, passant de la troisième à la première personne. D'ailleurs, c'est Bianca qui parle à la première personne; ce n'est peut-être pas un hasard si c'est par elle que je me suis sentie davantage concernée.
En outre, on passe très vite d'une époque à l'autre : quelques lignes suffisent à couvrir l'intervalle, ce qui m'a semblé fort peu. En fait, je disais plus haut que j'étais déçue, et je pense que c'est principalement lié à la brièveté du roman, qui empêche les développements que j'attendais, qu'il s'agisse des personnages ou des événements. J'étais vraiment alléchée par le thème, par les premiers événements, par les explications qui semblaient se dessiner, et puis j'ai eu l'impression de devoir me contenter d'une salade au lieu du repas que j'attendais (ok, pour la comparaison, on repassera...). Tout ça pour dire que cette brièveté m'a semblé porter préjudice au roman, lui octroyant un côté un peu incomplet, me laissant une impression d'inachevé.
Enfin, j'ai trouvé que la fin souffrait d'un problème de construction, qui m'a fait lever les yeux au ciel et dont je n'arrive pas à me défaire. A moins que la signification soit toute autre et qu'une suite soit en préparation? Avis à ceux qui l'ont lu : on en discute ?

En bref, Fortune Cookies est un récit qui, bien que son traitement m'ait déçue, m'a vraiment emballée par son thème et sa construction. C'est en effet un thème marquant, qui ne peut que laisser des traces parce qu'il pousse à réfléchir. De ce fait, ça m'énerve d'autant plus d'être ainsi restée sur ma faim.

 

Challenge Lecture 2015 - Catégorie "Un livre recommandé par un(e) ami(e)"