coquelicots

À la croisée des chemins, le récit sensible et drôle de femmes à la recherche de l’amour

Olena, qui vient d’Ukraine, a vingt-sept ans et le rêve d’une vie meilleure. En 1992, sans papiers, elle travaille à La Moisson, une maison de retraite du Nord-Pas-de-Calais où règne une douce fantaisie. Ce que l’on sait d’elle, c’est qu’elle est pleine d’espoir, de courage – et qu’elle sourit. Parmi les pensionnaires de La Moisson, nous rencontrons des personnages hauts en couleur : la tendre Lydie, l’altière Flora, autrefois danseuse, et l’intransigeante Henriette, sans oublier Charles le sage et Théo le séducteur, ancien coiffeur.

 

Si vous avez l'habitude de traîner par ici, vous vous doutez que je n'ai pu résister à l'équation "Dannemark+coquelicots", agrémentée de la présence de Véronique Biefnot, que j'ai découverte il y a quelques mois. Sitôt sa sortie annoncée, ce roman écrit à 4 mains a filé sur ma liste d'envies. Et lorsque ses auteurs ont signalé qu'ils seraient présents à la Foire du livre, et que leur roman y serait disponible en avant-première, c'est autour de cette dédicace que s'est organisé tout mon programme ce samedi. Entendant mon amour pour Alice, ils m'ont promis que je trouverais ici d'aussi beaux personnages (m'apprenant au passage que c'est en retravaillant Alice qu'ils ont commencé la rédaction de ce dernier roman), et ils ne m'ont pas menti. Je l'ai ouvert le soir même, terminé le lendemain, et je trouve enfin un moment pour vous en parler. 

Ce roman, qui aurait dû s'intituler La ballade d'Olena, nous emmène à la rencontre de cette jeune Ukrainienne de 27 ans, en situation irrégulière dans le nord de la France. Face au manque de moyens, pour survivre, son mari Vassili a trouvé du travail au Portugal, et elle, après avoir fait des ménages, occupe à présent un emploi dans une maison de repos pas tout à fait comme les autres, laissant sa petite fille en Ukraine, sous la garde de sa grand-mère. Sa petite Milena qui lui demande, au téléphone, quand elles pourront se revoir et qui lui dit sa peur d'oublier le visage de son père, absent depuis si longtemps. Sans papiers, sans existence légale, Olena se fait discrète, évite les transports en commun, trouvant auprès des occupants de La Moisson ce qui s'avère être pour elle un foyer. Des liens se tissent, entre soutien, réconfort et souvenirs racontés. 

Parmi ces pensionnaires, se trouvent Henriette et Flora. Deux femmes au fort caractère, à la vie très différente, et qui passent leurs journées à s'envoyer des regards assassins, quand elles ne se disputent pas franchement, empêchant leurs voisins de dormir. La rupture de leurs petits-enfants respectifs va les secouer, au point de les lancer sur les routes d'Europe, en compagnie d'Olena et de Lydie, une autre pensionnaire...

Voici le lecteur embarqué dans un road-book (ça se dit?), dans lequel Olena, craignant toujours un contrôle d'identité, emmène trois vénérables vieilles dames au Portugal, après un détour par l'Allemagne. Les souvenirs affluent, les problèmes moteurs également, quelques doutes naissent, mais la motivation reste. Petit à petit, chacune se dévoile, aux autres mais aussi à elle-même.

Durant les premières pages, je n'ai pu m'empêcher d'essayer de deviner qui avait écrit quoi. Mais les deux auteurs n'en font qu'un, et très vite, je me suis laissé emporter. Emporter par la tendresse et la bonne humeur d'Olena. Par la générosité de Lydie. Par les aventures rocambolesques de nos octogénaires en vadrouille. Alors oui, il y a de l'invraisemblance dans ce récit de trois vieilles dames qui décident de parcourir en voiture des milliers de kilomètres (rien que d'imaginer mes grands-mères dans la même situation, le fou-rire n'était pas loin); il y a de l'optimisme et des bons sentiments, diront les esprits chagrins. Mais que cela fait du bien de faire le pari du rose (ou du rouge?) au lieu du gris! C'est aussi bourré de tendresse et de sagesse. De tendresse pour ces personnages, qui restent parfois tellement marqués par leur passé et les difficultés affrontées. Pour ceux qui voient se profiler la fin de leur existence mais qui se disent qu'il n'est jamais trop tard pour vivre, découvrir et aimer. Pour eux qui savent concilier fidélité à leurs convictions, à leur caractère, et efforts accomplis pour aller vers les autres. Et si ce roman est résolument optimiste, il n'empêche aucunement la réflexion sur certains sujets toujours d'actualité, tels que la problématique des sans-papiers à la merci des passeurs ou la solitude des aînés.   

La route des coquelicots est un roman léger, pétillant et tendre, qui donne envie de savourer chaque moment, quel que soit notre âge, quelle que soit notre vie. Un voyage à la rencontre de personnages auxquels je me suis rapidement attachée, le tout servi par une très jolie plume et émaillé de quelques clins d'oeil que le lecteur s'amusera à repérer ainsi que d'illustrations réalisées par Véronique Biefnot elle-même.
N'hésitez pas à suivre cette route : parsemée de jolies citations, elle vous offrira quelques heures de plaisir, de vie et de sourire, hors du temps.

 

Ce roman sortira demain, 5 mars. 

Sur le site officiel du livre, vous trouverez des extraits (y compris audio, lus par les auteurs), des illustrations, ainsi que des scènes coupés ou modifiées, mais également des extraits et illustrations d'un recueil de poésie que Francis Dannemark et Véronique Biefnot publient également ensemble.