hannah

Paris, février 1992. Pierre Descarrières, 11 ans, est malheureux coincé entre une vie terne et des parents qui se déchirent quotidiennement. Seul dans sa chambre, il rêve d'un frère ou d'une soeur qui viendrait rompre sa solitude. Paris, février 1942. Hannah Klezmer, 11 ans, étouffe dans l'espace confiné de son appartement, mise à l'écart parce qu'elle est juive. Leurs routes n'auraient jamais dû se croiser. Et pourtant, c'est arrivé. Car il existe entre eux un lien plus fort que le temps et la folie des hommes.

 

Ceci est le roman choisi par ma bino Sophie pour le pioche PAL du mois de... février. Non, je ne suis pas en retard, c'est juste une impression... (J'ai au moins 6 billets à rédiger, j'ai arrêté de compter...)

La chambre d'Hannah était resté pas mal de temps sur ma liste d'envies, avant de rejoindre ma pal il y a déjà quelques mois à la faveur d'un craquage assez indécent, si je me souviens bien. Voici enfin venu le moment de découvrir ce roman dont j'avais lu tant de bien.

Pour être tout à fait franche, c'est d'abord la couverture -un peu nostalgique- qui m'avait attirée, et il faut bien admettre qu'elle n'a pas grand chose à voir avec l'histoire. Ce n'est que dans un second temps que j'en avais lu le résumé accrocheur, ainsi que des avis très positifs. 

Sous des airs de ne pas y toucher et après un début que j'ai trouvé personnellement assez laborieux (mais c'est vraiment personnel : vous savez que j'ai souvent beaucoup de mal avec les (très) jeunes narrateurs), La chambre d'Hannah est un roman très prenant et presque envoûtant. Il est marqué par l'originalité, puisqu'il prend le parti de faire se rencontrer le passé et le présent : Pierre et Hannah, qui occupent la même chambre à 50 ans d'intervalle. Original également parce que le narrateur est âgé de 11 ans et que c'est donc à travers lui que le lecteur accède à la vie d'Hannah. Et c'est une très bonne idée, parce que contrairement à un adulte, Pierre ne comprend pas tout ce qui se passe. Il est bien conscient qu'Hannah vit dans les années 40, il sait vaguement qu'une guerre s'y déroule, mais il ne connaît rien de la vie quotidienne sous l'occupation. Là où un adulte comprendrait directement ce que sous-entend Hannah quand elle dit qu'elle n'a plus mangé de chocolat depuis longtemps ou qu'on lui a confisqué son vélo, par exemple, Pierre se montre dans un premier temps très "égocentré" et ne va pas plus loin que le sens premier de ces paroles, ce qui donne lieu à certains quiproquos. Plutôt que de nous plonger d'un seul coup dans l'horreur de la guerre, Stéphane Bellat esquisse ainsi la réalité par petites touches, Pierre découvrant peu à peu la vérité et comprenant, horrifié, qu'Hannah est vouée rapidement à la déportation.

Dès lors, nous sommes nous aussi catapultés dans les pages les plus sombres de notre Histoire, nous retenons notre souffle et nous croisons les doigts pour que Pierre arrive à changer le passé. Je me suis aperçue que je lisais, le coeur battant, avec des mouvements saccadés, stressant réellement pour cette petite fille et pour sa famille. L'atmosphère de peur, de haine, d'angoisse était réellement palpable autour de moi. J'ai particulièrement apprécié cette construction, cette découverte basée sur les recherches que Pierre et son meilleur ami effectuent eux-mêmes afin de mieux comprendre ce qui se passe et d'aider Hannah. Ça donne une toute autre dynamique qu'un récit mettant en scène un adulte qui connaît déjà presque tout du sujet ou qu'une histoire vécue directement par le personnage principal, fût-il du même âge que Pierre.

Si j'ai été moins convaincue par la fin (je ne serai pas plus précise, afin de ne pas spoiler, mais disons qu'un élément m'a gênée, parce que je le voyais venir comme le nez au milieu de la figure, et que j'ai regretté cette facilité qui m'a semblé détonner par rapport à tout ce qui précédait), je salue par contre l'énorme travail effectué par Stéphane Bellat, qui fait suivre son roman de toute une série d'informations historiques, rappelant les lois antijuives qui furent votées en France. Et c'est une chape de plomb qui est alors tombée sur mes épaules, me rappelant (comme s'il était possible de l'avoir oublié...) le sort enduré, jour après jour, par ces milliers de personnes, hommes, femmes et enfants, par la volonté de quelques autres. Comment est-il possible de décider froidement que d'autres doivent disparaître? Que ces gens, nos voisins, ont moins de droits que nous. Que leur vie vaut moins que la nôtre. Que, parce qu'ils sont différents (et quelle différence!), nous leur sommes supérieurs. Vraiment, la lecture de ces lois m'a fait froid dans le dos, parce qu'elle montre qu'il n'était pas question de folie mais de décisions froidement calculées, et que nous n'en sommes pas à l'abri, plus de 70 ans plus tard. C'est avec le coeur lourd et serré, à la pensée de toutes les brimades subies par ces petites Hannah, de toutes ces vies détruites, que j'ai refermé ce livre. 

J'ai hésité quant à la catégorie dans laquelle ranger ce roman (jeunesse? fantastique?). J'ai finalement opté pour "historique", pour sa capacité à nous immerger dans l'époque décrite, et pour le dossier informatif qui suit le récit : j'ai eu l'impression, tout comme Pierre, je vivre un vrai cours d'histoire, passionnant et immersif.

En bref, c'est un roman plein d'émotions et de sensibilité qui, malgré le bémol cité plus haut, est extrêmement important; un de ces romans qui doivent être partagés avec nos enfants, avec nos élèves, et je n'hésiterai pas à le faire circuler. 

 

compulsifs

 

 

Challenge Lecture 2015 - Catégorie "Un livre qui vous a fait pleurer"  (bon, qui m'a bien mis les larmes aux yeux, ça compte?)