lapin

Ma ville natale, c'est l'appartement de Papy Louis. Rien n'a vraiment changé, dans la ville d'enfance de Gabrielle. Ni les balançoires violettes du Jardin des Plantes ni le parfum Chèvrefeuille de sa mère ni les questions qu'elle n'ose poser qu'à sa grande soeur Clara. Un soleil tapageur à la sortie de la messe, un rassemblement autour d'un buffet campagnard, un enterrement est une fête de famille comme les autres. On cause peu et on ne s'enlace pas. Gabrielle préfère parler dans sa tête. Là, la route vers le cimetière ressemble à un départ en vacances, et l'ancien employé de son grand-père, à James Dean. Là, surgissent des moments de vie passée aux airs de rien un Noël, un croche-pied, un repas à la pizzeria, une photographie en noir et blanc, comme s'ils avaient quelque chose d'important à raconter ensemble ce jour-là. Rien n'a vraiment changé, sauf qu'aujourd'hui on enterre Papy Louis. Et un enterrement, c'est un jour idéal pour apprendre à crier. Ou pour tomber amoureuse.

C'est chez Argali, je pense, que j'avais remarqué ce roman. Je dois bien admettre que la couverture ne me plaît vraiment pas, et que je ne m'y serais sans doute pas arrêtée de moi-même. Merci à elle, donc, de m'avoir permis de découvrir ce très beau premier roman d'une jeune auteure franco-belge.

Le monde de Gabrielle, c'était papy Louis. Les vacances chez lui, les promenades au parc, la balançoire. Et puis la vieillesse, l'affaiblissement, les promenades moins nombreuses, elle poussant le fauteuil. 

Aujourd'hui, papy Louis n'est plus là. Ou plutôt, si, il est là, c'est lui qui justifie leur présence à tous : Gabrielle, sa soeur, ses parents, sa tante. Papy Louis n'est plus, et il faut lui dire au revoir. Alors les souvenirs affluent. Les souvenirs de papy, bien sûr, mais aussi tous les autres. Souvenirs d'enfance, d'adolescence, de ces jeux et ces temps heureux, de ces moments où on a l'impression que la grande soeur est favorisée, de ces instants où on pense que s'éloigner géographiquement de ses parents permettra de devenir une autre, de commencer une autre vie, et où on oublie que "partir implique d'arriver ailleurs"

Le roman s'organise en un va-et-vient entre les souvenirs de Gabrielle et le récit qu'elle fait de la journée de l'enterrement. Cette journée particulière, propre à faire déborder les coeurs, aborder les non-dits, éclater les secrets, à condition d'en parler. Cette journée qui est aussi propice à l'introspection, à dénouer les fils, à penser (panser?) le passé, lui qui détermine tellement notre présent. 

C'est un très beau, mais très court roman, une très belle écriture, pleine d'émotions. Un récit sur la difficulté et la nécessité de dire au revoir, aux autres, à ses souvenirs, à une partie de soi-même. J'ai aimé accompagner Gabrielle au long de cette journée. Certains, qui me connaissent, comprendront que ce roman me touche particulièrement. Il m'est arrivé à un moment particulier et, si j'ai eu un peu peur d'en aborder la lecture, il m'a finalement fait du bien. Je sais que je le relirai, ou du moins certains passages, le moment venu, quand j'en aurai besoin. 

Merci à la jeune et toute belle Mathilde Alet pour sa gentille dédicace lors de la Foire du livre de Bruxelles, et pour ces pages qui, sans qu'elle le sache, m'ont été droit au coeur. 

 

"Finalement, je ne connais pas grand chose de sa vie. Pour moi, il n'a jamais été que Papy Louis et, à trente ans, je le vois encore avec mes yeux d'enfant. C'est peut-être ça, perdre son grand-père : perdre un peu de son enfance."


14ème lecture de la rentrée littéraire

challengerl2014

 

 

Challenge Lecture 2015 - Catégorie "Livre écrit par une femme"