lapertot

Quand la souffrance dépasse l'entendement, ne reste qu'une solution : tuer pour exister. Charlotte a tenu le choc. Elle a gardé le silence, jusqu'au jour... Voici l'histoire d'une inhumanité honteuse, intime, impossible à dire. Dans une lettre adressée au juge devant lequel elle répondra de ses actes, Charlotte, Antigone moderne et fragile, pousse le cri qui la libérera... peut-être.

 

Charlotte a 17 ans. Dans une pièce du tribunal, elle attend que le juge la reçoive pour statuer sur son sort. Charlotte ne veut pas parler, elle ne peut s'y résoudre, alors elle écrit. Page après page, elle raconte ce qui, dix années durant, l'aura menée, petit à petit, vers ce geste qui l'a conduite ici, dans cette petite salle à l'écart des autres prévenus. Elle raconte ce qui, alors qu'elle avait passé les premières années de sa vie dans la certitude d'être la princesse de ses parents, l'aura convaincue de tuer son père, d'en assumer le geste et de ne pas le regretter. Elle nous raconte le regard vide et soumis de sa mère, son absence de réaction. Ces moments où elle aurait voulu attirer l'attention des autres, grands-parents, psychologue scolaire, mais où elle n'a pas réussi à faire parler ses yeux. Elle raconte ce sentiment que le destin s'est trompé, que ce n'était pas cette vie qui était prévue pour elle. 

On l'aura compris, c'est un roman sur la violence familiale que nous propose Céline Lapertot. Mais de cette violence insidieuse, celle qui, aux coups, préfère l'isolement, les pressions, la privation de liens sociaux et de ces petits bonheurs qui aident à supporter l'insupportable. 

Elle est touchante, cette petite Charlotte qui fait visiter sa jolie chambre à sa copine de classe. Elle l'est toujours dix ans plus tard lorsqu'elle tombe amoureuse. De la petite fille fragile à la jeune fille forte et désireuse de vivre, elle nous fait entrer, avec toute sa lucidité, dans l'esprit de ces enfants victimes qui n'arrivent pas à briser le silence, parce qu'ils doutent, hésitent, espèrent, puis attendent. 

C'est un roman tout en émotion. Le coeur se serre en pensant à cette enfance volée; les poings en pensant au père, manipulateur et pervers; les mâchoires face à la résignation et à la lâcheté de la mère. On a envie de claquer des doigts devant le nez de certaines personnes, pour leur ouvrir les yeux. On a envie d'embarquer Charlotte, on ne sait où exactement, mais loin de chez elle, dans un endroit plein de douceur et de chaleur. Ça peut sembler déprimant, voire glauque, dit comme ça, mais ce n'est pas du tout le cas. Émotions, disais-je, mais aussi sensibilité et douceur.

C'est aussi un roman qui parle de littérature, du soutien que Charlotte peut y trouver (et vous vous doutez que j'ai été particulièrement touchée par ces pages). C'est une très belle découverte que l'écriture de cette jeune auteure. Une écriture pleine de justesse, de tension et de retenue.

C'est un roman percutant et bouleversant que j'ai lu presque d'une traite, presqu'en apnée, presqu'au côté de Charlotte, prenant les feuilles qu'elle me tendait pour y découvrir, page après page, année après année, son histoire... et celle de tant d'autres, sans doute... Une claque, assurément.

 

Challenge Lecture 2015 - Catégorie "Un livre écrit par quelqu'un de moins de 30 ans"