mirage

Robyn le sait, son mari Paul est loin d'être parfait. Artiste fantasque, insouciant, dépensier, ce jouisseur invétéré a du mal avec les limites du quotidien. Le couple s'aime encore mais la crise couve. Sans compter la question des enfants. Robyn en veut un, Paul est d'accord. Mais le temps presse, et rien ne se passe... Pourquoi pas un voyage au Maroc ? Changer d'air, prendre le temps de vivre, se redécouvrir, et faire enfin ce bébé qui leur manque tant. Sur place, la magie opère : Paul se remet à peindre et Robyn à espérer. C'est alors qu'une nouvelle tombe, un secret révélé, si lourd, si explosif qu'il dévaste tout. Et Paul disparaît. Folle de douleur, terrifiée à l'idée de perdre celui qu'elle ne peut s'empêcher d'aimer, Robyn va se lancer à sa recherche. Une quête qui la conduira au bout d'elle-même...


Douglas Kennedy fait partie de ces auteurs qui, sans en être spécialement "fan", occupent pas mal de place sur les étagères de mes bibliothèques. Rien de bien original d'une fois à l'autre, disons-le franchement, une marque de fabrique suffisante, même, pour que je me retrouve une fois ou deux à hésiter dans les rayons d'une librairie ("L'ai-je déjà lu ou pas?"), mais une plume qui constitue généralement la promesse d'un bon moment. Des romans dans lesquels "tout roule", qui m'embarquent dès le premier chapitre et dont les pages se tournent toutes seules. Des personnages bien décrits, bien ancrés dans l'histoire, au point qu'on a l'impression de les connaître depuis bien plus longtemps que les quelques dizaines de pages que l'on vient d'avaler. 

Je n'ai pas lu Cinq jours, ni Murmurer à l'oreille des femmes, son recueil de nouvelles, je ne peux donc pas m'exprimer sur ses derniers ouvrages, mais je dois reconnaître avoir été déçue par celui-ci. Certes, la plume est toujours là, avec son pouvoir d'évocation, sa faculté à créer une ambiance, un décor, à faire ressentir au lecteur, en quelques phrases, la chaleur du désert marocain. Mais que cette intrigue est bourrée de clichés! Et comme Robyn est exaspérante, coincée dans son incapacité congénitale à admettre qu'elle s'est plantée et qu'elle ne pourra pas changer son mari. Il arrive un moment où la dévotion conjugale tourne davantage à la parodie qu'à la volonté de prendre sur soi. Et en ce qui me concerne, il n'aura pas fallu attendre les derniers chapitres pour atteindre ce point-là. Qu'elle m'a semblé énervante et peu crédible, cette femme qui, se découvrant trahie par un homme qui l'avait déjà tant déçue, se lance sur ses traces dans un pays inconnu, seule, au péril de sa vie, en se répétant qu'elle va de toute façon certainement le quitter ("Mais quitte-le et rentre chez toi, bon sang!"). Qu'elle est pénible, à s'obstiner à remettre son sort entre les mains d'un bandit notoire au lieu de se rendre à l'ambassade américaine (il est vrai que, dans ce cas, on perd la moitié du roman...). Je pense que, de toutes les décisions qu'il ne fallait pas prendre, elle n'en a pas ratée une seule. Tout comme elle n'a pas loupé une occasion d'arriver toujours 5 minutes trop tard, juste après le passage de son mari (en plus de mal choisir son mec, elle n'a décidément pas de chance). Bref, j'ai eu l'impression d'assister à un enchaînement de clichés, d'idées reçues et de caricatures, entre vilains pas beaux, arnaqueurs ordinaires, honnêtes Berbères et Américains pleins aux as (coups de pub au passage pour Rolex et Tiffany). 

Les seuls vrais "plus" pour moi : les quelques chapitres passés dans le désert en compagnie d'une adorable gamine (scènes de solidarité féminine, non dépourvues de douceur, mais qui n'évitent pas non plus quelques facilités), et l'amour que Kennedy porte à la langue française et qui transparaît à plusieurs reprises. 

En ce qui me concerne, il est loin, le temps de La poursuite du bonheur et des Charmes discrets de la vie conjugale. Rendez-moi "mon" Kennedy !

 

Merci, cependant, à Babelio et aux éditions Belfond, pour ce titre qui aurait pu, qui aurait dû, mais qui n'a pas pu... 

 

masse_critique

 

challengeus1