orangeraie

Quand Amed pleure, Aziz pleure aussi. Quand Aziz rit, Amed rit aussi. Ces frères jumeaux auraient pu vivre paisiblement à l’ombre des orangers. Mais un obus traverse le ciel, tuant leurs grands-parents. La guerre s’empare de leur enfance et sépare leurs destins. Des hommes viennent réclamer vengeance pour le sang versé. Amed, à moins que ce ne soit Aziz, devra consentir au plus grand des sacrifices. Et tous payeront le tribut des martyrs, les morts comme ceux qui restent.

Je me suis promis de lire des auteurs québécois, et je me suis retrouvée plongée dans la chaleur et la poussière du Proche-Orient...

Aziz et Amed sont jumeaux, copies conformes l'un de l'autre. Ils mènent une vie de jeux et d'insouciance sous le soleil, malgré la guerre autour de l'orangeraie familiale. Jusqu'à ce qu'un obus tombe et tue leurs grands-parents. Jusqu'à ce qu'un djihadiste vienne d'un village voisin et demande au père de choisir lequel de ses fils ira se faire exploser, de l'autre côté de la colline.

Qui choisir, et pourquoi? Comment convaincre leur mère qui, dès qu'elle a vu la voiture arriver, a compris que sa vie allait basculer? Comment vont vivre ces enfants, celui qui devra partir et celui qui restera, celui qui ne sera plus là pour affronter et celui qui se demandera toujours "pourquoi lui, pourquoi moi"? Comment se résoudre à sacrifier son enfant, même pour une cause que l'on croit juste? Comment vivent ceux qui restent, après?

C'est implacable, autant que les rayons du soleil frôlant les orangers. C'est absurde, autant que cette guerre dans laquelle on finit par ne plus savoir qui sont les gentils ou les méchants. C'est glaçant, autant que cette scène hallucinante qui voit deux gamins de 9 ans jouer à nouer autour de leur taille une ceinture d'explosifs. C'est interpellant, parce qu'on est face à ce père qui accepte calmement le sacrifice qui lui est demandé et qui réfléchit posément au choix qu'il devra (im)poser. 

J'ai trouvé ce roman extraordinaire, dans sa façon de mêler la douceur de l'enfance et la noirceur de la guerre, la sobriété de la plume et la violence de l'histoire. Je m'y suis totalement immergée, et je l'ai lu d'une traite, émue, touchée, révoltée et dégoûtée pour tous ces enfants qui n'ont pas eu la chance de naître au bon endroit, pour ces populations qui vivent dans des lieux magnifiques et irrémédiablement gâchés par la connerie, le goût de guerre, le désir de conquête.

L'orangeraie est un roman qui résonne tristement avec l'actualité de ces derniers mois, dans ce monde où on envoie maintenant des enfants se faire exploser, au nom d'un dieu ou de l'honneur. Difficile de parler de coup de coeur face à ce court roman. Un coup au coeur, plutôt. Et au creux de l'estomac. Bon sang que l'homme peut être détestable...

Challenge1mois