filletrain

Vous ne voyagerez plus jamais comme avant... Depuis la banlieue où elle habite, Rachel prend le train deux fois par jour pour aller et revenir de Londres. Chaque jour elle est assise à la même place et chaque jour elle observe une jolie maison. Cette maison, elle la connaît par cœur, elle a même donné un nom à ses occupants qu'elle aperçoit derrière la vitre : Jason et Jess. Un couple qu'elle imagine parfait, heureux, comme Rachel a pu l'être par le passé avec son mari, avant qu'il ne la trompe, avant qu'il ne la quitte. Mais un matin, elle découvre un autre homme que Jason à la fenêtre. Que se passe-t-il ? Jess tromperait-elle son mari ? Quelques jours plus tard, c'est avec stupeur qu'elle découvre la photo de Jess à la une des journaux. La jeune femme, de son vrai nom Megan Hipwell, a mystérieusement disparu...

Vais-je me faire des ennemis, à l'heure où ce roman est encensé de tous côtés? 

Peut-être en attendais-je trop, à cause de tous ces avis justement? Peut-être deviens-je trop critique, à force de lire des thrillers? Toujours est-il que ce roman me laisse une impression mitigée. C'est un très bon page turner, je ne le nie pas, mais avec plusieurs (gros) bémols pour ma part.

J'ai trouvé le début hyper laborieux, jusqu'à la disparition de Jess/Megan. On comprend bien que Rachel est complètement barrée, mais c'est long et lent, et cette impression est renforcée par la forme "journal intime qui n'en est pas un" (le récit étant rythmé par les dates et indications matin/soir) dans lequel Rachel ressasse -déjà- beaucoup. Sans les avis enthousiastes autour de moi, je pense que j'aurais sans doute stoppé là ma lecture. Mais ouf, les choses bougent enfin. L'impression se confirme : les deux nanas ont un sérieux problème, et la troisième voix qui apparaît, Anna, également. Cette narration à trois voix est intéressante, d'autant plus que les chapitres racontés par Megan sont antérieurs à l'histoire principale, qu'ils rattrapent petit à petit, entretenant la tension. Et l'alternance de matin/soir crée également une narration originale, via les ellipses qu'elle permet. Oui mais...

Dès le milieu du roman, j'avais les réponses à toutes mes questions ou presque : qui, quand, pourquoi et (presque) comment. Sans compter des aspects annexes qui, sincèrement, n'avaient plus rien de mystérieux pour moi quand est venue l'heure de la pseudo-révélation. Les ficelles étaient trop grosses, les sabots faisaient trop de bruit, ne manquaient que des enseignes clignotantes en forme de flèches. Vraiment, aucune surprise. Alors oui, les pages se tournent toutes seules, ne serait-ce que pour vérifier que je ne m'étais pas trompée (il restait un espoir d'avoir été promenée pendant ces quelques dizaines de pages, mais en fait non). Oui, la paranoïa monte, on cherche avec Rachel à décrypter ses souvenirs, ces blancs laissés par l'alcool. Mais je l'ai trouvée un peu trop caricaturale, trop loin dans sa façon d'inventer totalement la vie de parfaits inconnus pour s'y immiscer ensuite (et je ne vous parle même pas de l'envie dévorante de la secouer comme un pommier : elle est finalement trop pathétique pour que j'apprécie ce personnage). Enfin, il y a, je me répète, des moments où la narration en "je" ne fonctionne tout simplement pas pour moi, je suis désolée d'avoir à insister, et où elle me provoque une sorte de bruit de ballon qui se dégonfle (pfiuuuut) dans mon petit crâne, à mon grand énervement. Terminer une lecture sur cette impression n'aide pas à émettre un avis positif, malheureusement.

Du bon et du moins bon, donc, dans ce roman. Une histoire prenante (une fois passées les 60 premières pages bien trop lentes à mon goût), des héroïnes tellement jetées qu'elles en deviennent horripilantes (et là réside une partie de l'intérêt de la chose), Un petit côté "Les apparences" dans l'idée qu'on ne connaît jamais vraiment une personne et que les masques finissent toujours par tomber (mais en moins bon et moins maîtrisé, nettement). Un petit côté dérangeant pointant nos tendances au voyeurisme (qui n'a jamais imaginé ce qui se passe de l'autre côté de ces fenêtres éclairées, en rentrant du travail, le soir?). Mais une intrigue bien trop prévisible pour justifier, selon moi, ce titre de thriller exceptionnel que nous vend la quatrième de couverture. Un bon moment, sans plus.