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Voici quelques mois, Frédéric Ernotte, l’auteur du génial C’est dans la boîte, nous conviait à un rendez-vous virtuel autour des livres. L’idée ? Se réunir, une fois par mois environ, autour d’un thème, d’un auteur, d’un intervenant, pour discuter entre passionnés, amateurs ou simplement curieux.

Les premières sessions nous avaient amenés à échanger sur la question de « comment faire apprécier la lecture aux jeunes ? » puis, Noël oblige, sur nos coups de cœur de l’année écoulée et sur les livres à offrir absolument.

Par la suite, Fred a usé de ses relations et nous a permis de discuter notamment avec l’auteur Pierre Gaulon, ainsi qu’avec Richard Migneault qui nous a emmenés à la découverte de la littérature québécoise (et à alourdir quelque peu la wish list…).

Dernièrement, il nous a fait une proposition qui ne se refuse pas : revenir, via le blog de l’un des participants, sur le dernier salon en date, afin de prolonger la discussion ou de revenir sur l’une ou l’autre question abordée.

Ce jeudi 25 juin, c’est Charline Quarré qui subissait le feu de nos questions, enfermée avec nous dans La Boîte (en vrai, on est sympa et on ne mord pas). Et c’est moi qui fus chargée de ce premier compte-rendu (quelle pression !). Bon, entre la fin de l’année scolaire et le début -caniculaire- des vacances des enfants, il a fallu s’armer de patience, et je présente mes plus plates excuses à mes compagnons de jeu qui attendent donc depuis une semaine.

Mais nous y voici enfin ! Alors, que s’est-il donc raconté, dans cette Boîte ?

 

Commençons par une petite présentation de notre invitée.
Romancière et scénariste, Charline Quarré œuvre également en tant qu’ « écrivain fantôme » et dirige ponctuellement des ateliers d’écriture. Ses deux premiers romans, « A contre-jour » et « Pas ce soir», sont sortis en 2011 et 2012. « Pas ce soir » a été sélectionné pour le prix littéraire Françoise Sagan en 2013.

Son troisième ouvrage « Train fantôme, et autres nouvelles d’épouvante » est sorti le 10 juin.

Il y a le moment où l’on s’apprête à partir en voyage, à quitter une boîte de nuit ou à rejoindre l’hôtel qu’on a réservé. Le moment où l’on va chercher ses enfants à l’école, et celui où on les emmène à la fête foraine.
Celui où l’on va rencontrer ses beaux-parents, ou décrocher le téléphone qui sonne au milieu de la nuit.
Il y a cet instant d’ordinaire, fluide et banal.
Celui au cours duquel on ne s’attendait pas à basculer dans l’horreur.

 

Ce recueil présente la double particularité d’être auto-édité et de ne paraître qu’au format numérique.

Il va sans dire que nos questions ont principalement porté sur les raisons d’un choix aussi audacieux ainsi que sur les difficultés qu’il peut amener. Nous avons ainsi pu nous apercevoir que Charline semble dotée d’un sacré caractère : elle sait ce qu’elle veut et elle a fait le pari d’y arriver par elle-même, à la force de son travail, sans plus rien devoir aux maisons d’édition. Jugez plutôt : « […] le milieu de l'édition est trop cloisonné. Je ne les ai jamais intéressés. Je me suis toujours débrouillée seule et en quelque sorte j'ai fait mes preuves et j'ai acquis mon lectorat. Donc, les éditeurs, j'ai appris à faire sans », ajoutant qu’un éditeur aurait d’ailleurs du mal à la convaincre, à présent.

Pour les lecteurs curieux et passionnés que nous sommes, Charline est une mine. Ok, je parle avant tout en mon nom en disant cela, mais nous avons quasi tous été intrigués par ce recueil et par son processus d’édition. Outre ces deux caractéristiques déjà citées (et pas les moindres !), il s’agit également d’un premier recueil de nouvelles (les deux titres précédents étant des « longs formats ») et d’une première incursion dans le registre de l’épouvante. Alors que je lui demandais si elle avait sondé ses lecteurs avant de sauter le pas de l'auto-édition : « Non, je n'ai sondé personne car je n'en fais toujours qu'à ma tête. Mes lecteurs n'étaient pas chauds du tout pour l'horreur. Je l'ai fait quand même. »

Dire qu’elle aime prendre des risques serait en-deçà de la vérité, non ?

C’est à une rencontre très enrichissante que nous ont conviés Frédéric et Charline, abordant tous (ou une bonne partie) des aspects du métier d’écrivain. Pourquoi ce genre-là et pas un autre ? (« C'était expérimental », d’où peut-être, en partie, le choix de rédiger des nouvelles plutôt qu’un roman : « Je voulais exploiter plusieurs idées et n'étais pas certaine de pouvoir tenir la route sur une seule. C'était ma première fois avec l'horreur. Je n'étais pas sûre de moi »). En quoi le travail sur la nouvelle est-il (ou pas) différent ? Quelles sont les difficultés, les avantages et inconvénients de l’édition classique et de l'auto-édition ? Quel travail revient à l’auteur, dans les deux cas ? (et visiblement, la gestion du format epub… c’est pas de la tarte !)

 

La question qui nous a sans doute le plus fait réagir fut celle du « juste » prix d’un livre, selon son format numérique ou non, et de qui devrait en prendre la décision. Le recueil est en vente (au format numérique donc) au prix de 0.99€. Certains craignaient que le livre soit perçu comme étant « bradé », que le public établisse une relation systématique entre prix et qualité. D’autres (dont je suis, pour avoir notamment profité d’opérations promotionnelles menées par des éditeurs) estimaient au contraire que les deux éléments sont indépendants, et qu’un tarif attractif permet en outre de découvrir de jeunes ou nouveaux auteurs, là où on ne prendrait pas forcément le « risque » de dépenser une vingtaine d’euros (même s’il faut bien reconnaître que le prix est, dans le cas présent, extrêmement bas). Là encore, Charline savait ce qu’elle voulait, de manière à  « faire fléchir les curieux hésitants ».

Un des participants a alors soulevé la question d’un prix minimum, permettant à l’auteur de vivre de son travail. Dans le cas présent, c’est l’auteure elle-même qui a fixé son prix en toute connaissance de cause ; la situation est me semble-t-il différente lorsque c’est la maison d’édition qui prend la décision de « brader » le travail de ses auteurs. Ce à quoi Charline m’a répondu avec humour « [qu’] en effet, [elle s'] auto exploite. Du coup, ça ne [la] dérange pas ». Cela soulève naturellement la question que beaucoup d’entre nous se posent : à partir de quand un auteur peut-il espérer vivre de sa plume ?

Comme souvent quand on réunit des lecteurs passionnés, et plus encore vu le thème du jour, les avantages et inconvénients des livres et des liseuses ont bien entendu été abordés, mais vous vous doutez bien que nous avions déjà dépassé l’heure impartie et que Frédéric a été obligé de nous couper la connexion (mais non… on n’est pas comme ça, on a dit « au revoir », poliment).

 

Moi qui adore me pencher par-dessus l’épaule des écrivains, j’ai une fois de plus passé un très bon (mais trop court) moment, aux premières loges.

Si l’aventure vous tente, si vous voulez être des nôtres lors d’une prochaine rencontre (et vous auriez tort de ne pas en être !), rendez-vous sur le site de Frédéric Ernotte, qui vous tiendra au courant de la prochaine date du salon !

 

Et puisque nous en sommes restés là jeudi et que votre avis, mes amis, nous/m’intéresse, pensez-vous que le livre numérique signe la mort de l’édition traditionnelle, ou peut-il au contraire constituer un tremplin, notamment pour les jeunes auteurs ? 

 

Merci à Charline Quarré pour sa participation, et à Fred pour sa patience !