ivy

 

Voilà cinquante ans qu’une guerre nucléaire a décimé la population mondiale. Un groupe de survivants d’une dizaine de milliers de personnes a fini par se former, et ce qui reste des États-Unis d’Amérique s’est choisi un président. Mais des deux familles qui se sont affrontées pour obtenir le pouvoir, la mienne a perdu. Aujourd’hui, les fils et les filles des adversaires d’autrefois sont contraints de s’épouser, chaque année, lors d’une cérémonie censée assurer l’unité du peuple.
J’ai seize ans cette année, et mon tour est venu.

Ivy a 16 ans et est une descendante des vaincus. L'heure est donc venue pour elle d'épouser un fils du clan adverse. Plus précisément, Ivy est la fille du leader de l'opposition, tandis que son jeune époux est le fils du président en personne. Au fil des ans, elle a été préparée, entraînée, conditionnée à détester ce jeune homme et tout ce qu'il représente. Façonnée, formatée par son père et sa soeur, elle se présente le jour de la cérémonie armée de la farouche résolution qu'ils lui ont inculquée : gagner la confiance de Bishop, pour le tuer et ainsi renverser son père. Mais le jeune homme qu'elle rencontre alors ne ressemble en rien à ce qu'elle avait imaginé. Et Ivy commence à remettre en cause le bien-fondé de sa mission : en quoi Bishop mériterait-il de mourir? Pourquoi devrait-il payer pour les actions des générations précédentes? Comment dépasser ses scrupules à l'idée d'ôter une vie, quand bien même ce sacrifice ne serait que le prix à payer pour renverser un gouvernement injuste? 

On retrouve dans cette sympathique dystopie les éléments habituels : un monde dévasté, une société qui s'est réorganisée sur des bases plutôt totalitaires, des clans qui s'opposent. On pourra y trouver des points communs plus précis avec Divergent ou Silo, par exemple (la présence de la barrière au-delà de laquelle règne l'inconnu, et l'exclusion des "criminels" qui équivaut à une peine de mort). La question du choix est naturellement centrale, s'opposant à l'obéissance qui est attendue de tous les membres de la société, et d'Ivy en particulier. Rapidement, la jeune fille se trouve en butte avec les failles de son histoire et de celle de son peuple, telle qu'elle lui a été présentée. Soumise à la pression familiale, elle doute et tente de concilier l'honneur de sa famille avec ce qu'elle croit juste et nécessaire. Bref, des éléments qui ont fait le succès du genre, quelques révélations bien placées et une héroïne rebelle, coincée dans une vie qui ne la satisfait pas, face à une mission qu'elle voudrait rejeter, tels sont les ingrédients à succès de ce récit. L'arrière-plan politique est également plutôt intéressant, de même que les règles imposées par cette société, qui ne pouvaient que m'interpeler. Les références au mythe des amants maudits n'est pas faite pour me déplaire non plus.

Pour autant, je ne suis pas ici face au coup de coeur auquel je m'attendais au vu des nombreux avis positifs. Trop d'attentes? Certainement. Mais pas seulement. On peut en effet imaginer ce qui va advenir, rien qu'en voyant la couverture, ce qui annihile tout suspense. La question pourrait être alors de comprendre comment les choses vont se dérouler, de suivre Ivy dans les méandres de ses réflexions, mais j'ai trouvé que cela restait un peu trop superficiel, que cela manquait de nuances, de précisions, d'explications parfois. Autant je ne rejette pas du tout la fin, autant je ne me satisfais pas de la façon dont elle est amenée, des motivations qui la sous-tendent. Il y a là un effacement qui ne m'a pas convaincue, dans sa durée. Enfin, il y a Bishop... On le sait, je suis une "midinette littéraire", je ne m'en suis jamais cachée. Je m'attendais donc à pousser des soupirs trois fois par page. Eh bien, non. Non, parce que Bishop est trop gentil, trop généreux, trop attentionné, trop respectueux, trop lisse, bref trop à l'inverse de l'image que s'en fait Ivy, trop comme on l'attend. Au point de se demander s'il est réellement ce qu'il semble être ou s'il cache des choses. Malheureusement, le doute ne tient pas face aux chapitres qui s'enchaînent.

Il manquait dans ce récit, un peu de "tortueux", un peu de nuances, un peu de gris, dans les comportements et les motivations, entre Bishop-le-blanc, sa mère froide comme un glaçon et les manipulateurs entourant Ivy. Ah si, il y a le père de Bishop, plus en nuances, effectivement, et qui a su m'émouvoir. La psychologie des personnages de même que l'intrigue manquaient pour moi d'épaisseur.

Cela dit, on sait combien l'exercice d'un premier tome peut être ardu, combien il peut être difficile de trouver un juste équilibre entre présentation du sujet et des personnages, et entrée dans l'action. Il y a indéniablement des aspects intéressants dans ce récit (ne serait-ce que la place d'Ivy, prise entre l'enclume et le marteau, ses réactions possibles face aux pressions et à l'endoctrinement dont elle a toujours fait l'objet, les réflexions qui naissent face à la société proposée, d'autant plus glaçante qu'elle est très réaliste). Je laisse donc le bénéfice du doute à l'auteure et j'attends de lire la suite avant de me prononcer définitivement. Parce que oui, je la lirai : j'ai passé malgré tout un bon moment de lecture (je l'ai lu très rapidement malgré les deux zouaves qui sont en vacances, ce qui est forcément bon signe), c'est bien écrit et plutôt rythmé, avec une tension qui va grandissant (malgré l'absence de réel suspense, que j'ai relevée plus haut), et je suis très curieuse de voir comment vont évoluer les personnages. 

 

Challenge "1 mois 1 consigne" - Juillet : Roman dont l'héroïne est une femme

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