Après une semaine éprouvante sur le plan émotionnel, je tente de me poser un peu et de reprendre doucement le cours de mes lectures de vacances, en déchiffrant les quelques notes prises sur le vif. Hasard en consultant ma liste, me voici de retour dans un cimetière...

Avant mon départ, Solène Bakowski m'avait proposé de lire un de ses romans. S'agissant d'une auteure auto-éditée, nous avions également convenu de prolonger la lecture par une petite discussion concernant son travail et ses choix. Je vous propose aujourd'hui ma avis sur son roman, et reviendrai d'ici quelques jours avec le résultat du petit interrogatoire auquel je l'aurai soumise ;)

 

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Héloïse est une jeune femme fascinée par la mort. Peu sociable, elle trouve dans la proximité des défunts la sérénité qui lui manque au contact des vivants. Quand, un jour, au hasard d'une de ses déambulations dans les allées d'un cimetière qu'elle connaît parfaitement, elle découvre sur une tombe la photographie d'une adolescente éclatante en maillot de bain, elle s'étonne. Lorsque, le lendemain, c'est un cliché de la même femme pris plusieurs années plus tard qu'elle ramasse, elle est terrifiée. Ce qu'elle ne sait pas encore, c'est à quel point ces photographies vont changer sa vie.

 

C'est un roman fantastique de bonne facture que nous propose Solène Bakowski, suivant tout à fait (vous m'excuserez cette déformation professionnelle) la grille d'écriture d'un récit de ce genre. 

Lors d'une de ses nombreuses pérégrinations dans le cimetière jouxtant son appartement, Héloïse, jeune femme solitaire et à l'humeur plutôt sombre, est mal à l'aise face à des photos d'une même femme prises à des époques différentes, avant d'être interpellée par une vieille dame qui lui demande son aide en lui racontant une histoire invraisemblable. Refusant tout d'abord de la croire, persuadée que cette vieille dame débloque, elle finit par négliger les craintes qu'elle ressent, et sa vie bascule. Chaque nuit, dès qu'elle ferme les yeux, elle voit la vie d'une personne, un jeune homme, dont elle sait qu'il va mourir, puisqu'elle a vu sa tombe. Peu à peu, Héloïse perd pied, s'attachant à cet homme qu'elle voudrait sauver - mais comment? puisque tout s'est déjà produit-, luttant contre le sommeil pour ne pas vivre ses souvenirs, sa chute, sa déchéance. 

Le roman se construit donc en un va-et-vient entre présent (la vie d'Héloïse, ses relations conflictuelles avec sa mère, ses tentatives pour se débarrasser de ce don auquel elle voudrait bien échapper) et passé (la vie de Pascal, dont Héloïse découvre des brides, nuit après nuit). Le fait d'avoir accès dès le début aux moments suivant la mort de Pascal, avant de rembobiner le film pour retracer sa vie d'adulte, nous attache directement à lui, donnant l'envie de comprendre ce qui s'est passé, comment il en est arrivé là, alors que tout lui semblait possible. C'est vraiment à lui que je me suis attachée (bien plus qu'à Héloïse), le voyant dégringoler, tomber dans la solitude et le manque. Une fois embarquée dans la vie de Pascal, les pages se sont tournées très vite, car je voulais savoir, et l'écriture de Solène m'a littéralement plongée dans ces souvenirs.

J'ai eu plus de mal à "accrocher" à Héloïse, à qui j'ai trouvé une impression d'inachevé : j'aurais voulu en savoir davantage sur elle dans le début du roman, et j'ai estimé que, la concernant, l'auteur allait un peu vite en besogne, passant trop rapidement de "Je ne crois pas à ces histoires, il est hors de question que je me laisse manipuler" à "Oh et puis zut, allons-y, je vais me prouver que rien ne va se passer" (oui, je résume, j'ai la flemme d'aller à la recherche de l'extrait exact). J'aurais préféré qu'elle prenne davantage de temps pour titiller la curiosité de son personnage, pour la faire hésiter, revenir, repartir, pour suivre les turpitudes agitant ses pensées. De la même manière, la façon dont Héloïse pense s'en sortir, vers la fin du roman, arrive un peu rapidement à mon goût, sans que je comprenne par quel biais elle y est parvenue. 

Enfin, j'ai regretté la présence de plusieurs coquilles (ce qui a le don de m'horripiler - déformation professionnelle, encore). Cependant, j'ai lu ce roman en version électronique (à la fois pour éviter à son auteur un envoi vers l'étranger, et pour me faciliter les choses puisque je comptais le lire pendant mes vacances), et j'ignore si celles-ci sont également présentes dans la version papier. Néanmoins, cela renvoie en partie aux questions que je me pose concernant l'auto-édition, j'y reviendrai donc sans doute lors d'un prochain billet, après discussion avec Solène Bakowski, que je remercie non seulement pour son envoi mais également pour sa patience, la reprise post-vacances ayant été particulièrement longue...