Chose promise, chose due. Même si le blog tourne un peu au ralenti en ce moment, je vous avais annoncé que nous discuterions un peu auto-édition avec Solène Bakowski, après la lecture de son roman Chaînes (un clic pour accéder à mon avis). C'est à présent chose faite. 

chaînes

Solène bakowski, pour la petite histoire, possède une licence de chinois et une maîtrise de français langue étrangère (héhé! copine - enfin, presque Emoji ) et a été professeur des écoles.

Elle est l'auteur de "Parfois on tombe", publié en 2014 aux éditions Favre et lauréat du prix de la Chapelle-Montreuil 2015. Sans éditeur pour la suite, elle a décidé de passer par l'autoédition pour publier dans un premier temps un manuscrit antérieur, "Un sac" (qui s'est vendu à 3000 exemplaires), ainsi que "Chaînes", et pour lesquels elle est passée par la plateforme d'Amazon. "Un sac" fait d'ailleurs partie des 10 finalistes du "Prix Amazon de l'autoédition" qui sera décerné le 5 octobre prochain.

C'est avec beaucoup de curiosité que je lui ai demandé de nous expliquer comment cela se passe, pour l'impression notamment, imaginant - peut-être naïvement - un auteur croulant sous les piles d'ouvrages payés de sa poche et qu'il doit ensuite vendre lui-même. En réalité, cela ne se passe pas vraiment comme cela, et les risques financiers sont (du moins dans le cadre de cette plateforme) nettement moindres, comme nous l'explique Solène :

Je n'y connaissais rien et ai de ce fait décidé d'aller au plus simple en passant par le biais de la plateforme de publication d'Amazon, Kindle Direct Publishing. Cela ne porte que sur la publication électronique, qui représente le plus gros de mes lecteurs. Pour la version papier, là encore j'ai fait confiance à Amazon. Leur service Createspace offre la possibilité d'imprimer des ouvrages. Il suffit de créer une couverture selon les critères de format qu'ils vous indiquent ainsi qu'un fichier word conforme, là encore, à un cahier des charges clair. Rien de bien difficile à vrai dire. [Note : moi qui peine bêtement à mettre en page et en images mes cours, ça me laisse quand même rêveuse] Ensuite, l'ouvrage est imprimé à la demande par Createspace. En règle générale, le lecteur le reçoit 3 à 4 jours après avoir passé commande sur le site. Du côté de l'auteur, plus aucune action n'est nécessaire et aucun frais n'est avancé : il se « contente » de toucher les droits d'auteur d'après le prix qu'il aura lui-même fixé. 

Autre élément qui me turlupine quand je pense "autoédition" : l'entourage professionnel et le suivi du manuscrit. Dans le circuit habituel, je me le représente en effet passant entre différentes mains, pour être lu, relu, modifié, coupé, corrigé, afin de présenter quelque chose d'impeccable à la fois sur le fond et sur la forme (Du moins, c'est ce que le lecteur espère, parce qu'en réalité, même dans les plus grandes maisons d'édition, nous ne sommes pas à l'abri de coquilles parfois nombreuses. Et ce n'est pas Nathalie, armée de son crayon, qui me contredira). Si je n'en sais pas forcément beaucoup plus sur la façon dont ça se passe dans le circuit "classique", Solène confirme qu'un auteur autoédité ne compte souvent que sur lui-même :

[C'est] une des difficultés de l'autoédition car ici tout repose sur l'auteur et, éventuellement, sur son petit cercle de connaissances s'il a la chance d'être entouré de personnes pour lesquelles l'orthographe ou la syntaxe n'ont plus aucun secret. C'est évidemment un des points négatifs du système. De nombreuses sociétés ont d'ailleurs flairé le bon filon en proposant leur service pour des relectures de manuscrit ou des « conseils littéraires ». Dans l'autoédition, il faut comprendre que l'auteur est seul responsable de ce qu'il publie : rien ne l'oblige à avoir recours à des correcteurs qualifiés, personne ne l'empêche de mettre en vente un premier jet qui n'aura pas été relu du tout. Mais alors les commentaires laissés par les lecteurs peuvent être cinglants. De mon côté, certaines coquilles qui subsistaient malgré des relectures multiples, m'ont été signalées, gentiment et de façon bienveillante par des lecteurs. Je leur en suis très reconnaissante.

Enfin, j'étais curieuse des avantages et inconvénients de l'autoédition, de ses points positifs et négatifs. J'imagine que certains peuvent apprécier la grande liberté qu'elle offre, mais d'un autre côté la pression et la charge de travail doivent être assez importantes, non ?

Pour Solène, l'autoédition présente de nombreux avantages : tout d'abord, l'auteur jouit d'une liberté totale puisqu'il peut allègrement changer de genre littéraire, sans craindre le courroux ou la frilosité de l'éditeur. Il a aussi le choix de la couverture et du titre, ce qui n'est pas forcément le cas dans l'édition traditionnelle. Et puis, il peut écrire sur ce qu'il veut avec les mots qui lui conviennent. Pour autant, ces avantages peuvent aussi devenir des inconvénients : dans l'édition traditionnelle, le choix de l'éditeur de publier ou non tel ou tel texte tient lieu de garde-fou. Dans l'autoédition, il n'y a pas cette barrière et on peut trouver des textes de qualité très variables. De la même façon, le texte autoédité ne bénéficie a priori d'aucun travail éditorial. Pour ma part, je crois que celui-ci est important et qu'il permet, la plupart du temps, de faire d'une belle histoire un chef d’œuvre, si tant est que l'éditeur soit bon et qu'il ait l’œil.

Un autre aspect, et non des moindres, est celui de la promotion. Pour qu'un livre soit lu, il faut qu'il soit vu et, pour ce faire, l'auteur autoédité ne dispose ni d'attachés de presse ni d'un réseau de libraires. C'est à l'auteur de prendre contact avec des blogs, des rendez-vous avec les libraires, … Il est aussi nécessaire de faire vivre ses pages Facebook, son compte Twitter, ... C'est une occupation à temps plein qui a tendance à empiéter sérieusement sur celui de l'écriture. C'est un problème. C'est d'autant plus problématique pour les auteurs qui, comme Solène, gardent un travail à temps plein à côté de l'écriture : dégager du temps pour écrire demande déjà de s'astreindre à une certaine discipline et de profiter du moindre temps libre. A ce temps, il faut donc encore ajouter tout ce qui concerne la promotion, ce qui, pour un auteur professionnel (si on me permet l'expression), fait partie intégrante du travail rémunéré. D'autre part, même si c'est un problème qu'elle ne rencontre pas étant donné la plateforme d'édition qu'elle a choisie, un risque financier peut également exister, lorsque l'auteur décider de faire imprimer, à ses frais, un certain nombre d'ouvrages avant de les vendre par lui-même.

J'imaginais également que les contacts avec les lecteurs pouvaient s'avérer plus difficiles que dans l'édition classique, mais c'était sans compter sur le fait qu'une grande partie des liens se nouent aujourd'hui hors des salons. En effet, même si trop peu de salons sont ouverts aux auto-édités (Sans doute pâtissons-nous encore d'une trop mauvaise presse. Pourtant, le talent ne manque pas (je ne parle évidemment pas de moi mais d'auteurs que j'ai eu l'occasion de lire) et les maisons d'édition l'ont bien compris en démarchant des auteurs dont les livres ont bien marché en numérique), le contact avec les lecteurs s'avère très bon : Les autoédités comptent sur les lecteurs curieux, avides de connaître de nouveaux auteurs ; ils sont nombreux et c'est une excellente chose pour le paysage littéraire.

Encore un tout grand merci à Solène Bakowski pour sa confiance et son temps. Je lui souhaite un beau succès avec ses ouvrages parus et à venir ( et donc du courage, de l'énergie et du temps pour concilier envies, idées, relectures et vie familiale et professionnelle).