Je vous parlais dernièrement de romans qui coiffaient les autres au poteau, parce que je devais obligatoirement les lire dans les (courts) délais impartis. Je trouve enfin un moment pour vous en toucher un mot.
Voici quelques mois, ma bibliothécaire m'a proposé d'intégrer un groupe de lecture qu'elle souhaitait former, au sein de la bibliothèque, dans le cadre du Prix Horizon du 2ème roman de Marche-en-Famenne, présidé par Armel Job. Six romans ont été sélectionnés, qui lui sont parvenus le mois passé. Ne disposant que d'un exemplaire de chacun d'eux, il importe donc de les lire rapidement afin de les faire circuler sans traîner. Je vais commencer par vous parler aujourd'hui du troisième et dernier titre lu (le quatrième est en cours), celui qui m'a le plus convaincue jusqu'à présent. 

 

lapartdesflammes

4 mai 1897. Autour de l'épisode méconnu du tragique incendie du Bazar de la Charité, La Part des flammes mêle les destins de trois figures féminines rebelles de la fin du XIXe siècle : Sophie d'Alençon, duchesse charismatique qui officie dans les hôpitaux dédiés aux tuberculeux, Violaine de Raezal, comtesse devenue veuve trop tôt dans un monde d'une politesse exquise qui vous assassine sur l'autel des convenances, et Constance d'Estingel, jeune femme tourmentée, prête à se sacrifier au nom de la foi. 

 

C'est celui qui m'a le plus convaincue jusqu'à présent, disais-je. Parce qu'il avait, dès le départ, tout pour me plaire. Paris, fin du 19ème siècle. Des longues robes et des chapeaux. Des jeunes femmes décidées, attachées à leur indépendance tout autant qu'elles doivent tenir compte des convenances. Une écriture à la fois fluide, bien documentée et précise. Peut-être un peu de longueurs, parfois, sur certains points plutôt que sur d'autres, mais franchement rien qui risque de vraiment gâcher mon plaisir au fil de ces presque 500 pages. 

Dans cette fin de 19ème siècle, la tuberculose fait des ravages. Les plus pauvres paient, comme souvent, le plus lourd tribu : la promiscuité, le manque de moyens financiers permettant d'accéder aux cures, la crainte de perdre son emploi les empêchent de se soigner à temps. Beaucoup ne doivent leur salut, ou celui de leur famille, qu'à ces dames de la noblesse qui, aidées de religieuses, accueillent, visitent, nourrissent et soignent, autant que faire se peut. Certaines cherchent à donner ainsi un sens à leur vie, d'autres à s'attirer les bonnes grâces du seigneur par leurs bonnes actions. 

Gaëlle Nohant a accompli me semble-t-il un excellent travail de documentation, qu'elle est ensuite parvenue à mêler aux éléments fictionnels de son récit d'une manière tout à fait réussie. Ses héroïnes croisent ainsi des personnages historiques, telle la Duchesse d'Alençon qui a effectivement trouvé la mort dans cet incendie en même temps que d'autres dames patronnesses. Leur vie privée est par contre réécrite en fonction de l'intrigue imaginée par l'auteure. Si le personnage de Laszlo de Nérac (jeune homme issu de la bonne société, journaliste débutant) est fictif, de même que ses textes particulièrement mordants, les articles auxquels il réagit sont par contre d'époque. L'auteur nous plonge, pour une courte période, dans le quotidien de ces dames de la noblesse, soucieuses (avaient-elles le choix?) de leur image, de leur réputation, et de celle de leur famille. Je regrette peut-être qu'elle ne se soit pas davantage encore penchée sur les atermoiements de Constance d'Estingel et de ses parents. On sent bien les doutes dans lesquels la jeune fille se trouve plongée, sa volonté de faire ses propres choix et de les assumer malgré les souhaits, voire les pressions de ses parents, mais j'aurais aimé qu'elle le creuse davantage, parce que c'est, à mon sens, ce personnage et cette famille qui étaient le plus à même de cristalliser les enjeux de cette classe sociale à cette époque. 

Quant à l'incendie lui-même, ses descriptions sont tellement réalistes qu'on a l'impression d'y être, de sentir la chaleur insoutenable, d'entendre les cris de panique, d'être pris à la gorge par la fumée et les odeurs.

Et puis, j'ai beaucoup aimé le personnage de Laszlo, amoureux éconduit, homme décidé à la plume acérée, et sa relation avec son ami Maurice, qui apporte au roman une pointe d'humour vraiment agréable. J'ai, à chaque fois, été ravie de les retrouver tous les deux, pour leur franchise et leur franc-parler.

En bref, La part des flammes est un roman que j'ai vraiment apprécié. Pour cette très belle plume que j'ai pris plaisir à découvrir, cet événement dont l'existence m'était encore inconnue voici quelques mois seulement et à propos duquel j'ai aimé en apprendre davantage, et ces beaux portraits de femmes s'insérant parfaitement dans ce récit à la fois romanesque et historique.

 

PrixHorizon