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" C'est l'heure du départ, la fin de l'été. Il faut rentrer. Dans la chambre, je reste transie, incapable de bouger. C'est l'angoisse et les regrets qui me paralysent. Je comprends que je n'ai pas pris le temps de défaire mes valises, ni même de regarder à la fenêtre. Maintenant que je réalise qu'on y voit la mer, il est temps de m'y arracher. Le séjour est passé sans moi. J'étais là, et je ne le savais pas. J'en conçois une tristesse et une culpabilité infinies, sans commune mesure avec les faits. Tu connais ce rêve étrange que je t'ai souvent décrit. Il m'a hantée chaque nuit pendant des années. Et puis un jour je ne l'ai plus fait.
Ce jour-là, j'ai compris que l'été avait duré vingt-six ans. "

 

Peut-être vous souvenez-vous de mon coup de coeur pour Un tout petit rien (et je m'aperçois que c'était il y a 2 ans, presque jour pour jour). Ce roman qui m'avait fait rire, sourire, qui m'avait émue, touchée, amusée. C'est avec plaisir que je retrouve parfois la jolie plume de Camille Anseaume sur son blog, et c'est avec impatience que j'attendais la sortie de ce second roman. 

J'ai eu, dès la première page, l'impression de ne pas l'avoir quittée. C'était, par rapport à Un tout petit rien, à la fois la même et pourtant totalement différent. J'ai beaucoup aimé retrouver ici cette écriture à la fois vive, fraîche et sensible, mais également plus mature. Il y a de la nostalgie dans ce texte, une alternance entre bonheur et tristesse. 

Et pourtant, je l'avoue, ce n'était pas forcément gagné. Parce qu'une fois passé le tout début, j'ai éprouvé un peu de mal pendant quelques chapitres. Surtout, j'ai eu l'impression de me perdre, de confondre les personnages, en raison d'un emploi particulier des pronoms : qui est "tu"? qui est "elle"? qui est "je"? Mais cette impression s'est rapidement dissipée, et de perturbante la narration ne fut plus qu'originale, même si elle a continué à demander une certaine concentration. Néanmoins, je me dis que cette narration risque peut-être d'en lasser certains, ou de gêner leur accès aux émotions dont le texte déborde pourtant.

Ta façon d'être au monde, c'est un roman sur l'amitié et le passage à l'âge adulte, sur l'insousciance et la réalité qui rattrape tôt ou tard. L'amitié d'abord entre deux petites filles montrant que les contraires s'attirent, puis entre jeunes actifs qui attendent le weekend ou les vacances pour se retrouver, se soutenir, s'amuser, avant que le sort ne les touche. J'y ai retrouvé mes débuts de soirée devant Friends, le côté collocation en moins. J'y aimé y retrouver tous ces petits riens qui font ou ont fait notre quotidien : la comparaison discrète des plumiers à la rentrée, Fido Dido, les courses chez Ikea et les étagères Billy pour meubler son premier chez soi. Je me suis reconnue dans ce rapport au temps qui passe, cette impression de toujours vivre pour plus tard, cette peur de décevoir et de se faire remarquer.

Je me suis demandé, plusieurs fois, comment une femme qui semble si jeune, si douce, a pu écrire des choses aussi graves, mais avec toujours beaucoup de douceur et cette pointe d'humour noir qui, comme les rires presque nerveux de ses personnages, ne fait que souligner la gravité du propos. 

Tout comme pour son précédent roman, j'ai eu envie de noter plein de phrases, pour leur justesse, pour leur délicatesse, pour leur tendresse. Pour ses mots qui font mouche, qui semblent toujours si bien choisis, à leur place, irremplaçables. Comme cette tendresse qui ressort pour la soeur handicapée d'une des deux héroïnes. Comme cette admiration pour le courage de ceux qui restent. Parce qu'après le choc, il faut continuer à avancer, malgré le manque, l'absence, le vide. J'ai eu l'impression, parfois, d'être au milieu d'eux, de ressentir leur tristesse mais aussi leur envie de rire, pour tenir, pour survivre.

Il y a deux ans, j'envisageais de secouer Camille Anseaume pour savoir quand viendrait son deuxième roman. Je vais dès à présent attendre le troisième, parce que décidément retrouver sa plume fut un réel bonheur.