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Lors de l'hiver 1911, l'asile d'aliénés de Sharston, dans le Yorkshire, accueille une nouvelle pensionnaire : Ella, qui a brisé une vitre de la filature dans laquelle elle travaillait depuis l'enfance. Si elle espère d'abord être rapidement libérée, elle finit par s'habituer à la routine de l'institution. Hommes et femmes travaillent et vivent chacun de leur côté : les hommes cultivent la terre tandis que les femmes accomplissent leurs tâches à l'intérieur. Ils sont néanmoins réunis chaque vendredi dans une somptueuse salle de bal. [...]

 

L'asile de Sharston se veut à la pointe du progrès, en ce début du 20ème siècle : encadrement par un personnel nombreux, vastes terrains et fermes lui permettant de vivre en auto-suffisance et de faire travailler ses nombreux pensionnaires, et même - incongruité notable - une somptueuse salle de bal. Cette salle, c'est l'endroit le plus grandiose de l'asile, au point qu'elle a, dès son arrivée dans l'établissement, tapé dans l'oeil de Charles, jeune médecin aux idées plutôt modernes, féru de musique et bien décidé à laisser son nom à la postérité. Il se propose d'étudier l'effet de la musique sur le comportement des aliénés, d'abord en jouant du piano dans la salle commune, puis en réunissant autour de lui d'autres membres du personnel, lors d'un bal hebdomadaire auquel ne sont conviés que les malades jugés irréprochables... ou sans danger. 

C'est à la faveur de ces bals qu'Ella rencontre John, Irlandais mélancolique dont elle se rapproche peu à peu. Parallèlement, elle se lie à Clem, dont l'appartenance sociale et la culture détonnent un peu dans cet asile.

Il est beaucoup question de médecine, de folie et de norme dans ce roman. De musique et de littérature. De rapport de force et de vulnérabilité. De la place de chacun aussi, notamment des femmes. Ah! cette hystérie à laquelle elles sont soumises par leur nature-même... Il est question de normalité et d'apparence. Celle qui permet de faire croire que l'on va mieux, pour espérer sortir; celle qui pousse à se laisser enfermer, pour trouver un peu de paix. Ella a bien compris ce qu'on attend d'elle. Elle est prête à jouer le jeu, si ça lui permet de revivre un peu, plus tard. 

Mais il en est qui jouent un jeu plus dangereux, et notre jeune psychiatre ne manie pas que les partitions. Dans une Angleterre en crise, en proie aux grèves, aux difficultés d'approvisionnement, et en butte aux préjugés, il se laisse séduire par l'eugénisme et se rapproche de plus en plus dangereusement du ravin. 

J'ai beaucoup aimé ce roman. J'ai trouvé passionnante sa trame de fond, et le mouvement de répulsion qu'il provoque. L'écriture rend bien l'atmosphère suffocante dans laquelle végètent ces malades, le manque de liberté, le sentiment d'être prisonnier d'un diagnostic à la lueur duquel leur comportement ne pourra qu'être interprété. On suit le basculement progressif d'un personnage de prime abord ouvert et tolérant, dont la folie supplante peu à peu celle des pauvres bougres qui lui sont confiés. J'ai aimé les démons et le calme de John, la fragilité apparente et la motivation d'Ella, Clem et ses livres (même si je l'ai un peu perdue en cours de route). 

Il est question de folie et de norme, disais-je. Mais qui peut dire où finit la normalité, où commence la folie?

En bref, j'ai apprécié le sujet très intéressant et interpellant de ce roman, ainsi que l'écriture de Anna Hope qui était une découverte pour moi. Seul bémol en ce qui me concerne : je n'ai pas été convaincue par tous les personnages, en tout cas pas jusqu'au bout.

 

Merci à Babelio et aux éditions Gallimard pour cette belle découverte. 

 

ChallengeRL2017

Challenge Rentrée Littéraire 2017 #1