Quatrième étage

Bruxelles, ma [pas très] belle. Dans ce qui semble être un futur relativement proche, Thomas et Marie vivent dans un immeuble tellement défraîchi que les deux derniers étages, insalubres, ont été condamnés. Le manque de ressources a obligé Thomas à vendre peu à peu tous leurs biens pour payer de honteux loyers à un propriétaire véreux. Il n'y a plus dans l'appartement ni livres ni meubles superflus. Ne reste que la chambre, inviolable et inviolée, dans laquelle se repose Marie. Marie qui est malade, qui ne guérira sans doute pas, qui a besoin de manger et de dormir, et pour qui Thomas s'efforce de préserver l'illusion de la normalité. Hors de question qu'elle voie le gris du dehors et le dénuement du dedans. Hors de question qu'elle sache qu'ils risquent encore l'expulsion. Alors Thomas lui ment. Il invente un voisin, des travaux, pour expliquer le bruit des pas et des voix des Albanais que leur propriétaire leur a imposés contre un loyer impayé, et qui squattent alternativement la cuisine et la salle de bain. Il invente des histoires pour l'endormir, des prétextes pour justifier ses rares absences et des lendemains plus souriants, quand elle se sera suffisamment reposée. 

Bruxelles, l'embouteillée, un peu plus loin. Serge assiste à un accident qui le laisse dans ce qui ressemble bien à un état de choc, mais qui lui permet quelques heures plus tard de rencontrer la jolie Louise. Serge qui s'improvise plombier et pour qui une petite réparation finit par durer une journée complète. Serge qui offre des fleurs, mais n'arrive pas à expliquer clairement pourquoi. Serge qui pense trop, qui se laisse emporter par ses digressions, qui oublie pour quelle raison il est là, et nous avec lui.

Quelle belle découverte que ce roman!
J'ai adoré suivre Nicolas Ancion, sans trop savoir où il m'emmenait dans un premier temps. J'ai aimé ces amoureux, jeunes et vieux. J'ai aimé le sourire qui surgit à la lecture des pensées de Serge, la poésie qui se dégage de certaines pages, la nostalgie qui déborde des autres. J'ai aimé la tendresse de Thomas, la maladresse de Serge et la justesse de l'auteur. J'ai aimé le jeu sur le rythme et la ponctuation. J'ai aimé l'écriture, si belle, et les personnages, si beaux. J'ai aimé commencer cette lecture en souriant, beaucoup, avant d'être cueillie au détour d'une phrase par un coup à l'estomac. J'ai aimé comprendre alors que ce roman allait être beaucoup plus costaud que je ne le croyais. J'ai aimé la légèreté apportée par le plombier du dimanche. J'ai aimé cette impression d'urgence et ce sentiment d'être hors du temps. J'ai aimé être profondément touchée et me dire qu'elle a vraiment beaucoup de chance d'être aimée ainsi, Marie...

 

Merci à Babelio et aux éditions Espace Nord pour ce magnifique roman