Bosch

2013 : Madrid. Le Prado. Le Jardin des délices, célèbre triptyque du peintre flamand Jérôme Bosch, a été vandalisé par un prêtre dominicain. Le religieux, convaincu que l’œuvre dissimule un dangereux secret susceptible de nuire à l’Église, a lancé du vitriol sur le tableau avant d’être maîtrisé par les gardiens du musée.
1510 : Petronius Oris arrive à Bois-le-Duc dans les Flandres pour travailler aux côtés de Jerôme Bosch. Alors que la cité est envahie par les sbires de l’Inquisition, Petronius découvre que Bosch, initié à un secret hérétique, travaille en secret à un mystérieux triptyque.

 

En art - et en peinture notamment - je ne connais pas grand chose. Je ne dis pas que ça ne m'intéresse pas, que ça ne me plait pas. Vous pouvez me déposer devant le Louvre à l'ouverture et me reprendre le soir, je ne suis pas sûre que j'aurai pris le temps de manger à midi. J'aime me poser devant les tableaux et les laisser me parler. Mais ne me parlez pas de courants, de techniques, d'époques, j'oublie tout aussitôt. Il y a quelques exceptions : des tableaux que je reconnais, de Vinci qui me fascine et Bosch... qui aurait plutôt tendance à me faire grimacer. Je me suis toujours demandé quel esprit avait pu donner naissance à de tels tableaux. Cet été, nous avons eu l'occasion, en passant par les Baux-de-Provence, de visiter les Carrières de Lumières dont le thème était justement Bosch, Brueghel et Arcimboldo (bon, sur le coup, j'ai ralé d'avoir raté Michel-ange, de Vinci et Raphaël). La sensation d'être projeté au coeur des tableaux est assez impressionnante, et Le jardin des délices m'a semblé encore plus foisonnant. [3615 ma vie] Vous savez déjà (ou pas) que j'aime me pencher par dessus l'épaule des écrivains. Cette fois, c'est dans l'atelier du peintre que j'ai eu envie de me glisser.

Ce sont deux histoires que l'auteur nous invite à suivre, en parallèle. 

En 2013, Le jardin des délices est vandalisé par un prêtre, au discours misogyne, persuadé que le tableau renferme un secret qui menace l'Eglise. Le restaurateur et l'historien d'art en charge de l'oeuvre vont tenter de découvrir des indices de ce secret, tout en faisant parler le religieux, pour comprendre ses motivations. Ce dernier semble avoir eu accès à un manuscrit datant de l'époque même de la naissance du tableau.

1510 : Petronius Oris fait son entrée comme compagnon dans l'atelier du grand Jérôme Bosch. En pleine Inquisition, les peintres sont sur la sellette... surtout lorsqu'ils appartiennent à un culte dissident. C'est l'histoire de Petronius, confronté à l'Inquisiteur et observant la naissance et l'évolution du triptyque, que le prêtre transmet, cinq siècles plus tard.

J'avais beaucoup aimé, il y a une dizaine d'années, les romans de Iain Pears, proposant des enquêtes dans le monde de l'art, dans lesquels on se penche sur des oeuvres de Raphaël et Titien, ente Rome et Venise. J'ai donc apprécié de retrouver ce genre historico-policier ici, auquel s'ajoute l'immersion dans l'atelier du peintre, au plus près de la création de son triptyque. La somme de connaissances, à la fois sur l'époque, sur l'Inquisition et sur Bosch (autant sa vie que son oeuvre) est impressionnante. L'alternance entre passé et présent donne un rythme, maintient l'attention du lecteur, et permet à l'auteur de dévoiler une foule d'informations sans donner pour autant l'impression d'étaler sa science.

Malgré tout, j'ai trouvé que le roman péchait par quelques longueurs. Si j'ai - la plupart du temps - enchaîné les pages pour en savoir plus, il m'a semblé que certaines scènes étaient un peu répétitives et mon intérêt s'est quelque peu émoussé sur la fin.

Par contre, quelle excellente idée que cette magnifique couverture ! Elle représente en effet le tableau, dont seuls quelques détails sont dévoilés par des découpes dans la jaquette. On est donc constamment tenté de soulever cette dernière pour regarder le tableau, à la recherche de tel ou tel détail mentionné par Oris ou les restaurateurs.

 

Merci à Masse Critique et aux éditions du Cherche Midi pour cette très belle découverte !  

 

Rentrée Littéraire 2017 #7