Un-loup-pour-lhomme_6227

Printemps 1960. Au moment même où Antoine apprend que Lila, sa toute jeune épouse, est enceinte, il est appelé pour l’Algérie. Engagé dans un conflit dont les enjeux d’emblée le dépassent, il demande à ne pas tenir une arme et se retrouve infirmier à l’hôpital militaire de Sidi-Bel-Abbès. 

 

Brigitte Giraud retourne avec ce roman sur les lieux de sa naissance, à Sidi-Bel-Abbès, lors de la guerre d'Algérie. 

Elle nous montre les appelés français, leur quotidien dans cette guerre dont on ne sait pas toujours si ce terme est bien choisi, s'il ne s'agit pas davantage d'une révolution ou d'un conflit, d'autant qu'on leur parle plutôt d'une mission de pacification. On suit Antoine qui, appelé alors qu'il espérait être réformé, demande à ne pas tenir une arme, à soigner plutôt que tuer. Après une courte formation, le voici donc infirmier - à l'abri, peut-être? Mais être infirmier n'empêche pas de voir et de sentir la guerre, la violence, la mort et la souffrance. Et Antoine, que son épouse Lila, enceinte, a tenu à rejoindre sur place, se retrouve à tenir une sorte de grand écart entre la mort qui s'impose et la vie qui se crée, entre l'hôpital et le campement d'un côté, et le petit appartement préservé de l'autre, où il a été autorisé à emménager avec sa femme. Un grand écart tel qu'il lui est parfois impossible de jeter des ponts, de raconter, ou d'oublier. 

Ses journées tournent souvent autour d'Oscar, un jeune soldat amputé d'une jambe, qui refuse de parler, et dont il se rapproche. La relation qu'il tisse avec le jeune homme va bien au-delà du lien qui unit un soignant à un soigné. Antoine donne en réalité l'impression de se raccrocher à Oscar, peut-être sa seule façon de se sentir utile dans ce bourbier. 

L'écriture de Brigitte Giraud laisse passer les émotions, la chaleur écrasante, la lourdeur et la pesanteur des journées et le sentiment d'abandon des Français sur place. Pourtant, je n'ai pas accroché, ni été touchée, autant que je l'aurais pensé, autant que j'avais envie de m'y plonger. Il faut dire que ce livre est arrivé tellement en retard, alors que d'autres engagements s'étaient greffés, que je n'ai pu prendre le temps de l'appréhender, d'en respecter le rythme, de pénétrer dans les motivations d'Antoine et de Lila. Ce n'est pas un livre qui se dévore, c'est un livre qui se déroule et qui se tisse, doucement, lentement.
Il m'aurait fallu, je pense, le temps de me pencher plus en détails sur le contexte historique dont je ne connais que très peu de choses. Je n'ai pu qu'effleurer les sentiments de Lila et d'Antoine, sans pouvoir tenter de les comprendre vraiment : j'ai par exemple été assez mal à l'aise avec l'idée que la jeune femme, enceinte, se jette en quelque sorte dans la gueule du loup en allant le rejoindre sur place; mais j'imagine que c'est parce que je me fais de la situation évoquée une image erronée ou du moins incomplète, occultant notamment le volet diplomatique et la façon dont les appelés eux-mêmes vivaient cette situation dans un premier temps.
C'est finalement le personnage d'Oscar qui m'a le plus intéressée et touchée, dans son désespoir de voir sa vie lui échapper : j'avais envie de comprendre ce qui lui était arrivé, ce qu'il cachait, ce qu'il craignait, et envie de savoir qu'il allait s'en sortir. 

Bref, j'ai malheureusement le sentiment d'être un peu passée à côté d'un roman qui aurait vraiment pu me plaire...

 

Lu pour les Matchs de la Rentrée Littéraire PriceMinister

 

Rentrée Littéraire 2017 #8