josse impatience

Ce soir-là, Louis, seize ans, n’est pas rentré à la maison. Anne, sa mère, dans ce village de Bretagne, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, voit sa vie dévorée par l’attente, par l’absence qui questionne la vie du couple et redessine celle de toute la famille. Chaque jour, aux bords de la folie, aux limites de la douleur, Anne attend le bateau qui lui ramènera son fils. 

 

De Gaëlle Josse, j'avais lu Le dernier gardien d'Ellis Island, qui m'avait enchantée. Par son histoire, ses personnages et son écriture. J'étais impatiente, et presque inquiète, de la retrouver, tant les attentes étaient élevées. Mais toute inquiétude était inutile, parce que c'est un vrai petit bijou qu'elle nous propose cette fois. Un bijou de délicatesse, d'émotions et d'amour. Au fil de ce roman court - mais intense - elle égrène les heures, les jours, les semaines et les mois d'attente et d'espoir. Anne se souvient de l'enfance de Louis, de la disparition de son mari, de son remariage et de la relation conflictuelle entre le fils et le beau-père, entre lesquels elle peinait à s'imposer. Elle écrit à Louis des lettres dans lesquelles elle imagine leurs retrouvailles, qu'elle met en scène autour d'une table, recouverte de ses plats et desserts préférés, entourés de ceux qui voudront fêter avec eux le retour tant attendu du jeune homme. Et chaque jour, par tous les temps, elle l'attend; elle quitte la maison, et va voir si un bateau s'annonce. 

J'ai été bouleversée par ce roman, et ce n'est pas que parce que je suis la mère d'un Louis qui grandit trop vite qu'il m'a à ce point happée. Bouleversée par ce personnage qui vit notre (ma) plus grande peur. Par ce petit - puis grand - bonhomme qui accepte trop longtemps en silence avant de choisir la seule voie qu'il semble déceler. J'ai été touchée cette fois encore par la plume de Gaëlle Josse, en apparence si simple, mais délicate et travaillée, et qui dit tout. Avec retenue, avec subtilité, elle raconte tout de la fragilité, de l'angoisse, de l'espoir, de l'impuissance et de la culpabilité de cette mère qui nous représente toutes. Le vide au creux du ventre augmente au fil des pages, en même temps que le souhait d'accompagner Anne, de rester à ses côtés pendant qu'elle fixe l'horizon, de lui offrir juste le soutien d'une présence pour affronter l'absence. Entre tendresse et douleur, délicatesse et coup au coeur, Gaëlle Josse tisse un portrait de femme et de mère qui risque bien de me suivre longtemps. 

 

Merci à Babelio et aux éditions Noir sur Blanc pour cette petite merveille.