Dans-la-brume-ecarlate_Lebel

Une femme se présente au commissariat du XIIe et demande à voir le capitaine Mehrlicht en personne.. Sa fille Lucie, étudiante, majeure, n'est pas rentrée de la nuit. Rien ne justifie une enquête à ce stade mais sait-on jamais... Le groupe de Mehrlicht est alors appelé au cimetière du Père Lachaise où des gardiens ont découvert une large mare de sang. Ils ne trouvent cependant ni corps, ni trace alentour. Lorsque, quelques heures plus tard, deux pêcheurs remontent le corps nu d'une jeune femme des profondeurs de la Seine, les enquêteurs craignent d'avoir retrouvé Lucie. Mais il s'agit d'une autre femme dont le corps exsangue a été jeté dans le fleuve. Exsangue ? Serait-ce donc le sang de cette femme que l'on a retrouvé plus tôt au Père Lachaise? La police scientifique répond bientôt à cette question : le sang trouvé au cimetière n'est pas celui de cette jeune femme, mais celui de Lucie...


Nicolas Lebel a écrit un roman d'amour. Ne partez pas trop vite! c'est bien d'un polar qu'il s'agit ici. Mais il n'empêche que c'est aussi un roman d'amour(s). Celui d'un frère pour sa soeur. Celui qui pousse un homme à braver les lois pour aider le fiancé de la femme qu'il aime. Celui qui rend fou. Celui qui met en danger. Celui qui survit à l'absence et mouille d'un coup les yeux de votre serviteuse.

Après les opus précédents, j'ai retrouvé avec grand plaisir Mehrlicht, son vocabulaire fleuri, son caractère de merde, et ses acolytes (ah! Dossantos, ses muscles, ses articles de loi débités par coeur, mais sa - légère - tendance à s'en écarter quand ça peut servir une cause qu'il estime juste).

Paris est une fois encore un cadre important, partie prenante de l'histoire, entre la Seine (et une scène de crime hallucinante) et le Père Lachaise, le tout baigné d'une brume qui semble ne jamais vouloir se dissiper. Une brume écarlate, parce que cette histoire est baignée dans le sang; du sang qui s'écoule inexorablement, au fil de cette enquête menée tambour battant. Le récit est rythmé, on pourrait presque dire minuté, les chapitres étant regroupés selon un découpage horaire.

Un peu perplexe d'abord face à la thématique qui se dessinait, je me suis finalement laissée prendre au jeu de cette idée originale et plutôt maîtrisée. Petit bémol pour un manque de suspense, à mon goût : même si on se doute que les disparues ne vont pas réapparaître comme par enchantement, malheureusement le mobile et surtout sa "chute" me sont apparus trop rapidement. Par contre, l'alternance entre l'écriture moderne et plus ancienne (la prose d'un personnage adressée à sa bien-aimée) est intéressante, de même que le jeu très réussi avec les codes du gothique et du roman fantastique.

MeToo est passé par là, mais sans lourdeur, la crise des migrants aussi, développant de petites histoires parallèles, qui finissent par rejoindre l'intrigue principale.

 

Enfin, l'humour de cet auteur est toujours un régal. Là où Norek enterrait ses collègues, c'est un chanteur populaire encore bien vivant que Lebel transforme en nouveau locataire du Père Lachaise (et j'ai bien sûr ricané bêtement à chacune de ses évocations). Quand aux sonneries installées sur le gsm de Mehrlicht par son fils, elles sont toutes plus kitsch les unes que les autres et ça m'éclate, naturellement 🤣

 

Si vous avez aimé les romans précédents, nul doute que vous apprécierez également celui-ci.

Merci à Babelio et aux éditions Marabout.