Soren disparu - Francis Dannemark, Véronique Biefnot
Une nuit, traversant un pont, Soren disparaît. Accident, fuite, suicide ?
Pour percer le mystère, une centaine de témoins racontent Soren tel qu’ils le connaissaient. Homme multiple, tour à tour producteur, musicien, organisateur de festivals, il n’avait guère cessé, depuis la fin des années 1970, d’arpenter avec passion le monde de la musique. Mais que sait-on vraiment de ses proches ?
J'aurais voulu publier ce billet avant la Foire du livre de Bruxelles, où les deux auteurs vous attendaient, mais prise par les formations et les évaluations, il est malheureusement resté à l'état de notes et de brouillon jusqu'à ce soir. Et j'en suis désolée...
Véronique Biefnot et Francis Dannemark nous ont habitués depuis quelques années aux romans à 4 mains. Voici qu'ils nous surprennent avec une histoire à 100 voix.
Ces voix sont celles des proches - et moins proches - de Soren, qui a disparu un soir, sur un pont surplombant la Garonne. Les voix de ses amis d'enfance, sa famille, son ex, ainsi que tous ceux qui l'ont côtoyé dans sa longue carrière. Dans ses multiples vies, devrais-je dire. C'est que ces 100 voix couvrent presqu'autant de facettes de son parcours, aussi bien personnel que professionnel (musicien, producteur, amateur de musiques...), mais aussi de sa personnalité. On le découvre admiré ou envié, énervant ou touchant, attendu ou décevant, espéré ou délaissé. On y vit des existences qui se rejoignent, se séparent, s'influencent, se découvrent, bref se tissent autour de ce personnage dont on se demande si on entendra finalement la voix, ce Soren que l'on découvre par petites touches, ni tout à fait le même ni tout à fait différent. Au fil de ces voix qui s'enchaînent, se suivent, se croisent et se contredisent, on apprend à le connaître - si peu - avec ses qualités et ses défauts, ni tout blanc ni tout noir; en bref : humain, et vivant, toujours.
J'ai trouvé le travail sur les voix (combien de fois déjà ai-je écrit ce mot?) absolument remarquable. Chaque personnage (et je rappelle à quel point ils sont nombreux!) possède la sienne. On a l'impression de les entendre, tantôt murmurant, tantôt grondant, chacun avec son timbre, son phrasé, sa sensibilité, et les souvenirs de Soren qui affleurent à la surface des mots. Entendre Véronique et Francis interpréter (plus que lire) certains de ces personnages lors de la présentation du roman m'a confirmé qu'ils avaient pensé, créé, élaboré ces différentes voix comme des personnages ayant leurs mots et leurs émotions à dire sur Soren et sur sa vie, et non pas simplement comme de simples miroirs en montrant le reflet au moment de sa disparition. Je craignais de me perdre dans les nombreux personnages, de perdre le fil en raison de la chronologie bouleversée; mais ça n'a pas du tout été le cas (et ça doit tenir du prodige, vu ma petite mémoire!)
Ç'aurait pu être un roman sur la disparition ou sur l'absence. Ou l'histoire d'une recherche. C'est en fait le récit d'une vie, vue à travers de multiples prismes. Un roman sur ce qu'on laisse de nous, sur ces petites choses parfois insignifiantes qui restent chez les uns et chez les autres une fois que l'on s'est quitté. Sur la façon dont on (et certains plus que d'autres, sans doute) laisse, chez ceux que l'on a côtoyés, une trace. Légère ou profonde, positive ou négative, mais une trace. Toujours.
Chère Véronique, cher Francis, merci pour votre petite musique au creux de l'hiver... et votre patience.













