Comme des mouches - Frédéric Ernotte - Pierre Gaulon
Ca ne devait être qu'un jeu pour oublier la rupture. Une manière pour deux amies déçues par l'attitude des hommes de se venger en orchestrant le canular de leur vie : sélectionner huit candidats sur un site de rencontres, le Love Corner, et les mettre à l'épreuve pour une récompense en or : Regina.
Une petite ville de province, deux amies d'enfance, célibataires, qui aiment se retrouver pour boire des cocktails après le boulot; le décor est posé. Leila digère mal un coup de canif dans le contrat et la rupture qui a suivi. Pour lui changer les idées et se venger des hommes, Gwen lui propose de réactiver leur ancien faux profil sur un site de rencontres et de se jouer des hommes qui voudront la rencontrer. Elles imaginent une série d'épreuves, au fil desquelles les prétendants seront éliminés, l'un après l'autre. Sauf que... Le jeu leur échappe : les hommes sélectionnés sont réellement éliminés, et Leila se sent de plus en plus menacée.
Dès les premières pages, le lecteur est embarqué, happé par l'histoire de Leila, et il le reste jusqu'au bout grâce au rythme soutenu et à l'alternance entre les narrateurs. Le suspense est géré de main de maître(s) et les informations savamment distillées, de quoi maintenir en haleine jusqu'au dénouement... diabolique.
Le travail d'écriture à quatre mains m'interpelle depuis longtemps (je pense notamment au duo Diefnot-Dannemark) (et pour m'y être essayée dernièrement, le temps d'un exercice, je n'en suis que plus admirative), mais les deux auteurs ont encore compliqué la tâche en travaillant à distance, entre la Belgique et le sud de la France : chapeau ! Tout roule, sans accroc et avec des dialogues non dépourvus d'humour. Mention spéciale pour les discussions sur le site de rencontre, assez jouissives il faut bien l'avouer.
Naturellement, j'ai passé la moitié de ma lecture à me demander qui avait écrit quoi. Et naturellement, je n'en ai au final aucune idée. Tant mieux, en réalité : c'est le signe que le duo fonctionne bien.
Naturellement, j'ai cru un moment avoir une petite idée du qui et du pourquoi. Et naturellement, je me suis plantée. Tant mieux aussi : j'aurais détesté ne pas me faire avoir.
Bref, c'est une totale réussite. Pierre Gaulon et Frédéric Ernotte sont invités à réitérer dès qu'ils le veulent!













