j'envisagedetevendre

Vous allez reconnaître les papiers peints, les rues pavillonnaires et les temples d'achat, la campagne bucolique et votre quotidien. Votre femme, votre mari, votre mère ne sont pas loin ; tout vous semblera familier. Oui, ça se passe près de chez vous. Mais les choses ont mal tourné. 
De quoi demain sera-t-il fait ? En déréglant les curseurs de notre société, Frédérique Martin convoque le règne des indignités ordinaires et flanque nos libertés au vestiaire. Voici venir le grand show des luttes de classes et de sexe, des dominations ou de la logique marchande. On peut désormais nous séquestrer, nous forcer à jouer, orienter nos choix ou décider à notre place. On peut aussi envisager de nous vendre. Mais pas que. 
Vous aimez vous faire peur pourvu qu'à la fin tout se termine bien ? Vous verrez, on en a tenu compte. 

 

Avouez que ce titre est interpellant &#X1f60a C'est en partie pour lui que j'ai eu envie de lire ce recueil de nouvelles, mais aussi et surtout parce que j'étais tombée sous le charme de la plume de Frédérique Martin il y a un peu plus d'un an, avec Sauf quand on les aime, un de mes coups de cœur de la rentrée littéraire 2014. J'en gardais le souvenir d'une écriture mêlant hargne et douceur, douleur et délicatesse, à la fois dure et drôle. Et j'ai beaucoup aimé retrouver ici cette plume, que j'ai reconnue malgré un registre très différent : on pourrait en effet se croire dans un roman d'anticipation.

Ces nouvelles ont pour point commun de nous proposer une vision de la société peut-être pas si éloignée qu'on pourrait le croire. Les personnages sont tous différents, leurs histoires également, mais toutes ont en commun de nous transporter dans un futur (proche?), dans une société un peu décalée, un peu étrange, un peu effrayante... justement parce qu'elle n'est qu'un peu différente. Chacune met l'accent sur un comportement, un abus de pouvoir, une évolution qui interpellent, tant ils pourraient nous paraître naturels. Par petites touches, Frédérique Martin nous amène à réfléchir, à nous indigner, à nous révolter contre ce que notre monde pourrait être en train de devenir, sous nos yeux, sous les effets de l'argent, du pouvoir ou de la consommation. Si certains textes vont un peu loin et m'ont de ce fait moins touchée, si l'un d'entre eux m'a moins étonnée, j'ai trouvé que d'autres étaient particulièrement d'actualité (je pense notamment au Pompon de Mickey et à La prophétie de la goutte d'eau, sans doute ma préférée), ce qui ne les rend que plus remuants. 

Comme souvent lorsqu'il s'agit d'un recueil de nouvelles, il est donc difficile d'attribuer une appréciation globale, certains textes étant plus à mon goût que d'autres. Quelques-uns peuvent paraître plus légers, mais ce n'est finalement qu'une impression (c'est le cas de la première nouvelle, Le désespoir des roses, dont est tiré le titre du recueil). Mais dans tous les cas, c'est remuant et très bien écrit. J'ai retrouvé ce talent qui fait se dessiner devant mes yeux des personnages et leur situation, même alors que les textes n'excèdent jamais la vingtaine de pages. On reste parfois sur sa faim, de ce point de vue, lorsqu'on lit des nouvelles; ce n'est pas le cas ici. C'est condensé, certes, mais sans qu'il y manque quoi que ce soit d'essentiel, et c'est mordant à souhait. 

Et puis, parce que j'ai trouvé l'idée géniale, je ne résiste pas à vous inciter à regarder ce court-métrage, tiré de la première nouvelle du recueil, dans lequel Frédérique Martin interprète elle-même les rôles de ses deux personnages, tout en lisant son texte en voix off. Ce court-métrage, visant à promouvoir son ouvrage, est une vraie réussite à mes yeux. Je vous renvoie au site de l'auteure pour y découvrir ses explications.

  

 

Entre cynisme et finesse, des nouvelles qui font parfois froid dans le dos, superbement écrites. 

 

Merci à Babelio et aux éditions Belfond pour ce recueil très réussi !

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