profession père

« Mon père a été chanteur, footballeur, professeur de judo, parachutiste, espion, pasteur d’une Eglise pentecôtiste américaine et conseiller personnel du général de Gaulle jusqu’en 1958. Un jour, il m’a dit que le Général l’avait trahi. Son meilleur ami était devenu son pire ennemi. Alors mon père m’a annoncé qu’il allait tuer de Gaulle. Et il m’a demandé de l’aider. 
Je n’avais pas le choix. 
C’était un ordre. 
J’étais fier. 
Mais j’avais peur aussi…
À 13 ans, c’est drôlement lourd un pistolet. » 

 

Ce billet attend son heure depuis un moment... C'était ma deuxième lecture de cette rentrée littéraire, et elle n'arrive finalement que maintenant, en cinquième place. Pas parce que je n'ai pas aimé. Au contraire. Parce que j'ai eu du mal à démêler les fils de ce que je voulais en dire. 

Je voulais vous dire que j'ai souri, parfois. Que j'ai eu le coeur serré, souvent.

Je voulais vous dire que j'ai détesté ce père, tyrannique et violent, mythomane et pathétique, qui tente d'entraîner son fils dans sa folie et ses délires.

Je voulais vous dire que j'ai eu envie de secouer violemment cette mère soumise et effacée. Cette mère qui aime (sans doute), qui console (régulièrement), mais qui excuse trop souvent et qui protège si peu, que ce soit physiquement ou moralement.

Je voulais vous dire que j'ai ressenti une infinie tendresse pour Émile, ce gamin naïf qui fait confiance à son père, le croit, le protège, et tente de gagner son estime. Ce gamin qui a peur de ramener son bulletin, mais pas de traverser la ville à la nuit tombée pour remplir une mission, malgré les espions qu'il pense à ses trousses. 

Je voulais vous dire que j'ai eu envie de prendre cet enfant asthmatique par les épaules, ou dans mes bras, et de lui dire que Picasso signifierait bientôt beaucoup plus qu'un surnom moqueur donné par un pauvre type incapable de reconnaître son talent. Lui souffler à l'oreille que les gens ne sont pas toujours ce qu'ils disent être (ce qu'ils croient être?) et qu'il avait le droit, lui aussi, de respirer et de vivre par et pour lui-même, envers et contre son père.

Je voulais vous dire que ce roman est empreint de simplicité et de folie, de sincérité et de mensonges, de résilience et d'amour.

Je voulais vous dire que j'ai apprécié que l'auteur fasse de cette enfance détruite un récit amusé plutôt que désespéré.

Je voulais vous dire que c'est la seconde fois que je croise la route de Sorj Chalandon, qu'il m'a pour la seconde fois énormément touchée, et que j'admire l'homme autant que j'aime l'auteur.

Je voulais vous dire bien plus que tout cela en fait. Je vous dirai enfin, simplement, que Sorj Chalandon est un grand auteur, que ce roman est un coup de coeur en cette rentrée littéraire et que je vous le conseille vivement.

 

Challenge Rentrée Littéraire 2015

challengerl2015
5/6