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ellisisland

New York, 3 novembre 1954. Dans cinq jours, le centre d'Ellis Island, passage obligé depuis 1892 pour les immigrants venus d'Europe, va fermer. John Mitchell, son directeur, officier du Bureau fédéral de l'immigration, resté seul dans ce lieu déserté, remonte le cours de sa vie en écrivant dans un journal les souvenirs qui le hantent : Liz, l'épouse aimée, et Nella, l'immigrante sarde porteuse d'un étrange passé.
Un moment de vérité où il fait l'expérience de ses défaillances et se sent coupable à la suite d'événements tragiques. Même s'il sait que l'homme n'est pas maître de son destin, il tente d'en saisir le sens jusqu'au vertige.

 

Dans quelques jours, Ellis Island fermera définitivement ses portes. Dans quelques jours, celui qui fut son directeur regagnera la terre ferme. Depuis quelques semaines, il ne reste déjà plus que lui, dans ces bâtiments déserts, qui ont vu autrefois débarquer des milliers d'exilés, venus chercher aux États-Unis un nouveau départ, un nouvel espoir, une nouvelle vie. En novembre 1954, les candidats à la nationalité américaine n'arrivent plus ici depuis longtemps, les employés de l'immigration ont été peu à peu réaffectés dans d'autres services. Seul, arpentant ces couloirs déserts qui ont vu passer tant de gens, serrant contre eux leurs maigres biens, serrant autour d'eux leurs pauvres vêtements, tremblant autant de froid que d'espoir et de crainte, il se souvient. Des espoirs qui se sont brisés à la descente du bateau. Des jours passés dans l'incertitude dans ce lieu à part, plus tout à fait le pays natal, pas encore l'Amérique rêvée. De ses collègues, de la bienveillance de certains, de l'absence d'humanité de quelques autres. De sa femme et des quelques années de leur mariage et de leur vie sur l'île. De l'arrivée d'une jeune femme qui l'a bouleversé et dont le souvenir le hante encore aujourd'hui. Alors il écrit. Il raconte, remonte le temps, cherche la façon dont il pourra se libérer de ces lourds souvenirs, s'en affranchir, se pardonner peut-être? Il écrit, parce qu'il sait que les jours sur l'île lui sont comptés, que dans une semaine il lui faudra partir.

C'est la petite histoire dans la grande, et les deux sont touchantes et prenantes. Comment ne pas être touché par toutes ces vies, déracinées, quittant pays et famille pour l'inconnu, sans certitude de trouver là-bas un avenir meilleur... La plume de Gaëlle Josse est délicate, toute en finesse et en émotion. Elle dit, avec sensibilité et sobriété, la fatigue, les renoncements, la résignation. Le soulagement et la joie, aussi. Elle mêle le passé et le présent, l'histoire et la fiction. Elle confronte son personnage à ses obligations et à ses valeurs, à sa solitude, à ses émotions et à ses passions. 

Ellis Island est à présent un musée, et c'est suite à sa visite que Gaëlle Josse a éprouvé le désir, le besoin d'écrire ce roman. Les photos que j'ai pu en voir sont tellement fortes, j'imagine à quel point cette visite doit être marquante et bouleversante. 

Je n'arrive pas à rendre justice à ce roman comme je le voudrais. J'ai été touchée, vraiment, autant par l'histoire que par l'écriture de cette auteure que je découvrais pour la première fois. Mais certainement pas la dernière, tant sa plume m'a séduite. En quelques trop courtes pages, elle nous dévoile une page d'histoire, et elle le fait d'une façon remarquable.

13ème lecture de la Rentrée littéraire

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